L'automobile hypocrite

Au Québec, l’automobiliste est pris pour cible. Par les autorités, les villes, le Gouvernement, par ceux qui les vendent et les assurent.

Une véritable vache à lait sur laquelle on aime se défouler, puisqu’en dépit qu’il s’agisse d’une rivière d’or en matière de revenus, on aime lui taper sur la tête. On critique son empreinte écologique, son aspect individualiste et tous ceux qui la chérissent, comme s’il s’agissait d’un cancer. Et on ne s’interroge jamais sur ce qu’elle a permis d’accomplir, parce qu’elle est ennemie, pointée du doigt. Ces jours-ci, par une mairesse aux lunettes roses, qui rêve de rues gazonnées et d’autoroutes cyclables, et trop souvent par ces Baby-Boomers qui en ont profité toute leur vie et qui souhaiteraient aujourd’hui critiquer les plus jeunes qui s’y attachent.

Vous l’aurez compris, cette chronique s’annonce un brin cynique. À ne pas lire si vous êtes dans un grand élan de positivisme, sauf peut-être si l’automobiliste que vous êtes a la chance de vivre à l’extérieur des frontières de celle que nos plaques d’immatriculation baptisaient jadis la Belle Province. Alors voici.

Tout pour l'image

Au Québec, on prêche par l’exemple. En octroyant de généreux crédits gouvernementaux à ceux qui osent prendre un virage électrique. Une idée qui, politiquement, est très noble, mais qui permet aussi au Gouvernement lui-même de se procurer des centaines de véhicules hybrides rechargeables en s’octroyant des rabais, alors que ces derniers ne sont que très rarement rechargés.

Et si on vous disait que le Gouvernement du Québec possède des véhicules à hydrogène achetés à gros frais, mais qui sont stationnés depuis des mois, faute de pouvoir en faire usage? Si on vous disait que des dizaines de Mitsubishi Outlander PHEV blanc et bleu ne sont jamais rechargés, parce que les installations pour le faire n’existent même pas? Et si on vous disait qu’on a octroyé des millions de dollars de subvention à des entreprises et des municipalités qui se sont procuré de tels véhicules, parce que ces dernières souhaitent simplement illustrer leur apport en matière d’environnement? Évidemment, sans que ces derniers ne soient rechargés ne serait-ce qu’une seule fois…

Au Québec, on infantilise. En rendant obligatoire des cours de conduite offerts dans des contextes très variables, et où l’apprentissage tient davantage de l’appréhension de la lecture des panneaux routiers que de la réelle conduite d’une automobile. Où l’examen théorique ne tient pas compte de l’état de la chaussée, de la voiture que vous conduisez, des conditions climatiques, et de cette Corolla beige collée à 86 km/h dans la voie de gauche. Où l’important n’est pas de comprendre la réaction physique d’un véhicule à l’accélération et au freinage, d’expliquer l’impact de bons pneumatiques ou d’une voiture mal déneigée, mais plutôt de déchiffrer ces innombrables panneaux orange qui se multiplient, nous faisant croire à une Halloween perpétuelle. 

Au Québec, on encourage l’endettement. En permettant le financement de véhicules neufs et d’occasion sur des termes pouvant atteindre neuf ans, souvent à des taux quasi usuraires. Faillite, divorce, perte d’emploi, PCU? Pas de problème…on a une belle voiture pour toi! Suffit d’ajouter au prêt un festival d’assurances et de garanties, et le tour est joué. Sans compter que les institutions financières autorisent le surfinancement automobile, parfois à hauteur de plus de 200%, en ajoutant au prêt une dette octroyée parfois par plusieurs anciens véhicules. Et si je vous disais m’être retrouvé devant un cas où une dette d’un peu plus de 91 000 $ a été contractée sur une Kia Sedona LX 2018 (valeur à l’état de neuf de 34 000 $), vous me croiriez?  Pourtant, c’est arrivé. Dans ce cas, le client est aussi en cause, mais combien d’acheteurs naïfs sont tombés dans ce piège tendu par les marchands, les banques et les compagnies d’assurance?

Au Québec, on encourage le trafic d’odomètre. En refusant de tenir un registre sévère et efficace des véhicules qui circulent chez nous, en acceptant sans question les véhicules provenant d’autres provinces et en conservant une loi désuète qu’aucun corps policier, pour une simple question de juridiction, ne peut réellement appliquer. Pourquoi cela? Parce qu’un véhicule à l’odomètre trafiqué se revend plus cher. Qui dit prix plus élevé dit plus de taxes. Et vous voudriez que les autorités collaborent avec la SAAQ en mettant sur pied un programme qui, au final, ferait perdre de l’argent à l’État?

Des taxes partout

Au Québec, on taxe. On taxe à l’immatriculation pour les fortes cylindrées alors que la taille d’un moteur n’a aujourd’hui pratiquement rien à voir avec son impact sur l’environnement. On taxe à l’immatriculation tout véhicule dont le prix excède 40 000 $, considérant qu’il s’agit d’un véhicule de luxe. Quel était l’an dernier le prix moyen d’un véhicule vendu au pays? 40 490 $. On taxe même les véhicules d’occasion vendus entre particuliers, ce qu’on ne fait avec aucun autre bien que vous pourriez vous procurer de seconde main. Une génératrice, une remorque, un piano, une souffleuse à neige? Non. Mais une voiture? Évidemment.

Au Québec, on taxe à la vitesse. Avec une hypocrisie telle qu’on instaure des limites parfois même dangereuses dans le seul but de collecter davantage. Manque de fonds dans les coffres? Pas de problème. On baisse les limites de vitesse, afin de pouvoir émettre des constats plus élevés, ce qui aura aussi un impact financier lors du renouvellement des assurances et de l’immatriculation. Et si ce n’est toujours pas assez payant, on simule des zones de construction toujours vides de travailleurs, ce qui par la présence de panneaux orangés, permet de doubler l’amende. Des exemples? Vous en avez tous un en tête. Mais pensez seulement à l’autoroute 720 à Montréal, où la moyenne des gens roule entre 80 et 90 km/h, et où la limite est fixée à 50 km/h depuis des années. Je vous mets d’ailleurs au défi de rouler à cette limite sur ce tronçon. Vous causerez un accident. Garanti.

Au Québec, chaque fois qu’un automobiliste délinquant se fait prendre pour grand excès de vitesse, on se fait un devoir d’en faire une manchette. Par contre, on fait aussi tout en notre pouvoir pour fermer les différents circuits de course automobile, lesquels permettraient à ces personnes de lâcher leur fou en toute sécurité. Pourquoi? Parce qu’on se construit à proximité d’une piste dont le début des activités remonte à plusieurs décennies, pour ensuite faire des plaintes à la Ville, qui préfère entendre un payeur de taxes d’une belle maison neuve qu’un propriétaire de circuit, probablement responsable d’immenses retombées économiques dans cette même ville.

Et le plus triste, c’est que cette courte liste aurait pu être allongée à l’infini (essence, état des routes, zones de construction, etc…), en constatant le nombre d’arnaques et de décisions stupides souvent prises par des gens qui n’ont aucune conscience que l’automobile demeure toujours l’un des plus grands vecteurs de notre société. Alors oui, j’ai mal à mon automobile. Parce que cette passion m’habitera toujours et parce que tous ces vols qu’on effectue légalement auprès des automobilistes n’ont aucun comparable en d’autres sphères d’activité.

Alors, à tous ceux qui contribuent à l’enlaidir, je dis ceci. L’automobile n’est pas une arme à feu. Elle n’est pas une drogue dure, encore moins une industrie illégale. Elle n’est pas méchante, impolie ou adultère. Et elle n’est pas une pandémie. Au contraire, elle représente la liberté, l’émancipation et le plaisir pour des millions d’entre nous, qui en avons rêvé et qui la côtoyons chaque jour. Et surtout, elle fait travailler des dizaines de milliers de Québécois dans différents domaines, de la vente en passant par l’ingénierie, l’électrification, la mécanique, les pièces, le recyclage, le marketing et j’en passe.

Souvenez-vous-en. Surtout vous, madame la mairesse.

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