Péter la balloune

L’histoire que je vous raconte cette semaine est tirée d’une conversation que j’ai récemment eue dans un restaurant. Un homme s’est approché de moi pour discuter voitures, et m’a raconté sa situation. Une situation comme il en existe hélas beaucoup trop…

Je me trouve donc installé au bar de ce restaurant alors qu’un homme dans la quarantaine m’accoste en me demandant conseil. « Que penses-tu de la nouvelle Kia Forte5 2020? ». Je lui réponds alors que la voiture est intéressante, plus solide sur la route que sa devancière, mais que j’éviterais personnellement le moteur turbo s’il considère un achat à long terme. Ayant expérimenté le bris d’un turbocompresseur sur une Kia Soul turbo aux États-Unis (équipée du moteur), et sachant que ce moteur a aussi connu des ratés dans le passé, je lui recommande davantage le moteur 2,0 litres, même s’il est moins performant.

Le type, prénommé Sylvain, me parle alors de mon métier et de la chance que j’ai de pouvoir essayer toutes ces voitures, me lançant ensuite cette phrase : « En tout cas mon Antoine, moi j’peux te parler de Kia en masse ! ». C’est alors que Sylvain m’explique pourquoi il souhaite se procurer une Forte5. Il faut revenir quatre ans en arrière pour une première mise en contexte. Sylvain se procure en 2015 une Kia Optima SX qu’il finance au coût de 41 000 $ (taxes incluses). À cette époque, il était propriétaire d’une Mazda3 pour laquelle il contractait à ce moment une dette de 9 000 $. Le concessionnaire Kia chez qui il se procurait ladite Optima ne lui en offrait cependant que 5 000 $, ce qui allait ajouter 4 000 $ au financement de sa nouvelle voiture. Autrement dit, il allait financer une somme de 41 000 $ pour une voiture qui ne lui coûtait que 37 000 $.

Jusque-là, la situation n’était pas trop grave, puisqu’il arrive fréquemment qu’on transfère la dette d’un ancien véhicule sur un nouvel achat, dans la mesure où le pourcentage du surfinancement demeure raisonnable. Bien sûr, la situation n’est pas idéale, mais il s’agit hélas d’une pratique très courante.

À peine deux ans plus tard, Sylvain tombe amoureux d’une dame avec qui il se découvre une passion pour le camping. Cette dernière a trois enfants, ce qui l’incite donc à retourner chez son concessionnaire pour jeter un œil au niveau Kia Sorento. Ce dernier pourra facilement remorquer la roulotte de 2 200 livres qu’il vient aussi d’acheter à crédit, et sera évidemment plus confortable que l’Optima pour les trois enfants. Le problème, c’est que l’Optima était alors financée sur un terme de 84 mois, et qu’il n’avait jusque-là versé que 30 mensualités. Restaient donc toujours 54 paiements de 520 $ à effectuer pour acquitter sa dette, totalisant une somme approximative de 28 000 $. Et combien est-ce que le concessionnaire était en mesure d’offrir pour la voiture? À peine 15 000 $, taxes incluses !

Sylvain décide néanmoins de plonger dans cette aventure, conscient qu’il devra ajouter une dette de 13 000 $ au financement (sur 84 mois) d’un Kia Sorento SXL flambant neuf, coûtant 48 000 $ avant taxes. Coût total du financement? 72 000 $, incluant une assurance prêt. Mince consolation, il profitera cette fois d’un taux de financement à 0%.

Toujours installé au bar, Sylvain me mentionne adorer son Sorento qui affiche maintenant 58 000 km au compteur, après deux ans de possession. Et soudainement, je me remémore sa question du début. Sylvain souhaite donc remplacer son Sorento SXL pour une Forte5 2020. Pour quelle raison? Parce que sa conjointe l’a quitté, qu’il n’a plus besoin d’un tel véhicule et que la consommation d’essence lui coûte désormais trop cher!

Il me faut mentionner que jamais au cours de la conversation, Sylvain n’a eu de mauvais mots pour les produits Kia ou son concessionnaire. Et même s’il est au bord du gouffre, il se dit toujours très satisfait. J’effectue donc rapidement un calcul pour lui faire réaliser que même si le Sorento consommait 30 L/100 km, il serait pour lui plus rentable de le conserver que de passer une à une Forte5 neuve. Parce que la dette restante de son Sorento avoisine toujours les 50 000 $, et que le concessionnaire ne risque pas de lui offrir plus de 25 000 $. Cela signifierait donc qu’en achetant une Forte5 de 30 000 $, Sylvain accepterait de la surfinancer pour un montant total de 55 000 $. Sans compter bien sûr les protections et les gadgets vendus par le directeur financier, qui feraient grimper la dette encore davantage. Mais vous savez quoi? Le concessionnaire aurait réussi à approuver cette transaction, puisqu’à défaut d’être moral, ce genre de transaction est légal.

Il faut donc réaliser que dans le monde du financement, on vous décrochera la lune afin que vous puissiez réaliser votre « rêve ». Or, avant que ce rêve ne devienne un cauchemar, prenez le temps d’analyser le tout, et si vous n’êtes pas trop d’affaire, demandez conseil. Parce qu’imaginez, ce cher Sylvain a aussi contracté une dette importante pour une tente-roulotte qui ne vaut pas la moitié de ce qu’il lui reste à payer pour en être réellement propriétaire.

En terminant, à qui la faute dans ce genre de situation? Aux directeurs financiers sans scrupule, aux institutions financières qui acceptent de telles transactions, mais d’abord et avant tout aux clients, qui signent un contrat sans réaliser le poids du stylo qu’ils ont entre les mains.

En vidéo : la face cachée des concessionnaires

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