Une pénurie qui fait du bien

De passage la semaine dernière chez un concessionnaire GM, j’ai été en mesure de constater à quel point la pénurie de véhicules frappe fort. Non seulement le concessionnaire n’avait que trois camionnettes pleine grandeur en stock, mais la salle d’exposition habituellement bondée était vide, ou presque. On n’y retrouvait en fait qu’une Spark, un Trailblazer et un Acadia, dans un environnement où l’on pourrait normalement en trouver une douzaine.

Cette situation donne évidemment l’impression que l’industrie automobile souffre. Les inventaires sont à peine à 20 ou 25% de leur capacité habituelle, alors que la réponse des vendeurs est de plus en plus souvent la même. « Vous pouvez faire un dépôt, mais on ne peut vous garantir une date de livraison ».

Puces électroniques

Cette situation s’explique partiellement par la pénurie mondiale de semi-conducteurs, ces puces électroniques si précieuses que l’on ne parvient plus à fournir. Et pour cause, l’incendie d’une des plus grandes usines fabriquant ces dernières au Japon, et la restriction/l’incapacité des usines chinoises à fournir le marché nord-américain. Or, en survolant quelques articles sur le sujet, j’ai eu l’impression que l’on ne voyait pas la véritable source du problème. Parce qu’en ce qui me concerne, il est trop facile de mettre la faute sur un incendie ou sur les stratégies des usines asiatiques.

En vérité, l’industrie nord-américaine paie le prix de ne pas avoir ses propres usines qui, en fin de compte, pourraient certainement être financièrement viables. D’une part, d’un point de vue écologique, dans la mesure où on limite le transport de la marchandise, mais aussi parce que la flambée des prix du transport, des conteneurs et de tout ce qui est nécessaire pour acheminer un produit à bon port impacte sur le prix que paie le consommateur.

Mettre tous ses œufs dans le même panier n’est donc pas la solution idéale, bien que l’industrie s’y contraigne de plus en plus. À preuve, souvenez-vous de ces multiples campagnes de rappel de sacs gonflables Takata, qui équipaient une majorité de véhicules vendus chez nous. Une situation qui a coûté des milliards de dollars à l’industrie, laquelle ne s’était pas diversifiée. Bien que le problème des puces électroniques soit aujourd’hui d’un tout autre ordre, on en revient à cette même constatation.

Un faux problème?

Maintenant, est-ce que cette faible disponibilité des véhicules constitue un vrai problème pour l’industrie? En épluchant les rapports biannuels d’une majorité de concessionnaires, on ne peut que constater qu’une très forte augmentation de profitabilité. Cela s’explique par des prix de vente plus élevés, mais aussi et surtout par un lourd inventaire que les concessionnaires n’ont plus à supporter. Voilà ce qui fait toute la différence.

On vend donc aujourd’hui une camionnette, un VUS ou une voiture sans devoir offrir d’importants rabais, à des prix nettement plus élevés que l’an dernier, et souvent via un carnet de commandes. Le véhicule arrive en concession et repart aussitôt, venant ainsi abaisser drastiquement « l’âge » de l’inventaire. Pour un concessionnaire, cela constitue une véritable mine d’or.

De ce fait, vous aurez compris que la rareté impacte également sur la valeur du véhicule que vous achetez. Un véhicule que vous paierez plus cher, mais qui en pourcentage, conservera de façon générale une bien meilleure valeur que par le passé. Un véhicule qui vaut donc la peine d’être entretenu plus adéquatement, considérant que sa dépréciation sera moindre que ce que laissent entendre les firmes spécialisées dans le domaine.

Soyez-en certains, l’industrie automobile tirera une leçon de cette situation qui, au final, aura eu quelques répercussions positives. Jadis habitués à se faire imposer l’achat d’une trop grande quantité de véhicules parce que l’industrie fabriquait à outrance et sans compter, les concessionnaires préféreront vendre moins et faire davantage de profits, leur permettant ainsi d’offrir un meilleur service à leur clientèle. Alors oui, dans cette optique, on peut considérer que la pénurie fait du bien, sans oublier qu’une baisse des ventes de véhicules impacte positivement sur l’environnement.

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