Ma première auto : Chrysler Newport Custom 1972

Les membres de l’équipe du Guide de l’auto fouillent dans leur mémoire et vous parlent de la première voiture qu'ils ont achetée. Voici celle de Germain Goyer, une Chrysler Newport Custom 1972.

J’ai 24 ans, je demeure à Montréal et j’ai un gros char brun de 48 ans. 

Pour bien des millénariaux urbains, l’auto est un encombrement. Pour moi, c’est tout le contraire. À 17 ans, j’étais fier comme un paon de m’acheter, avec mes modestes moyens d’adolescent, ma première voiture ancienne. À ce moment-là, je n’avais même pas mon permis de conduire. Quelqu’un devait m’accompagner pour que je puisse conduire mon vieux bateau légalement. 

Instinctivement, vous vous dites que c’est tout sauf un achat rationnel. Et pourtant à 17 ans, j’avais de l’argent de poche et pas beaucoup plus que ça. Je voulais m’acheter une auto, mais elle ne devait pas être trop chère. Aussi, je dois préciser que je suis loin d'être un mécanicien. Il fallait donc que le véhicule soit fonctionnel et en bon état. 

Ah, et en plus, je voulais absolument une voiture ancienne. Pourquoi? Un ami de mon père avait acheté quelques années auparavant une Plymouth Fury 1970 et elle me faisait carrément triper. Il l’avait payée quelques milliers de dollars et elle roulait sans trop broncher. Et puis, faire comme tout le monde et m’acheter une Civic ou une Accent, ça ne m’intéressait pas. 

Ce qui devait arriver, arriva. 

Sans trop chercher, un soir d’automne, je suis bêtement tombé sur ma grosse Brownie. Avec l’aide de son neveu, une dame d’environ 80 ans vendait sa voiture : une Chrysler Newport 1972. J’étais, et je le suis encore, amoureux de sa couleur brune. C’est le genre d’auto qui a quatre cendriers, mais aucun coussin gonflable. Qui a les vitres électriques et l’air climatisé, mais pas de miroir extérieur du côté passager. Les priorités étaient différentes à l’époque de la sortie au cinéma du film Le Parrain. Et une chose était certaine, l’ergonomie était un concept encore bien abstrait. Après l’avoir inspectée avec mon père, j’ai conclu le marché. 

Photo: Germain Goyer

Je l’ai négociée, évidemment. Mais pas trop. J’avais tellement peur de la perdre. J’étais déjà un peu attaché, je dois l’avouer. Love at first sight, comme on dit. Je parle toujours de mon char, là. 

J’ai roulé avec elle à peine quelques semaines avant l’hiver. Vite, il fallait lui trouver un stationnement intérieur. Si elle a survécu tant d’années, c’est parce qu’elle a été gardée loin de la neige et de la glace, mais surtout du sel. Ce serait dommage de ruiner sa belle carrosserie brune en l’exposant aux intempéries.

Avec le recul, je dois avouer que c’était un peu niaiseux d’acheter une auto, sans permis de conduire, puis de la remiser quelques semaines plus tard. Mais je me suis consolé au printemps suivant, en levant la porte du garage. Elle était là, étincelante, brune. Elle m’attendait. 

Photo: Germain Goyer

Chaque matin de ces dernières semaines de secondaire 5, je l’ai conduite pour me rendre à l’école. Oh qu’elle détonait dans le stationnement! Tout le monde trouvait ça bizarre, mais tellement cool en même temps. Si bien que rendu au bal de graduation, j’ai dû refuser des amis qui voulaient s’y rendre avec moi. 

Ça, c’est un des plus beaux souvenirs avec cette auto : le bal de graduation. Le pire, c’est que quelques jours avant le bal, elle s’était mise à faire un bruit étrange. En vitesse, je l’ai amenée au garage. Le fidèle mécano a réglé le problème en deux tours de ratchet.

Bref, on avait rempli l’iiiiiimmense coffre avec les tentes, les sacs de couchage, les vêtements de rechange et surtout des glacières pleines de *jus de pomme* (nous étions mineurs) en vue de l’après-bal. On était trois sur la banquette d’en avant et ils étaient autant sur la banquette d’en arrière prêts à se rendre au Vieux-Port. Avec mon nœud papillon, ma grosse Brownie et mes meilleurs amis, je n’aurais pu être plus épanoui. 

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