Concept classique : la Buick Y-Job

Les véhicules concepts sont aujourd’hui une évidence. Ce sont des créations exploratoires destinées à montrer ou à tester les nouvelles tendances auprès du public. Seulement voilà, en 1939, l’idée était totalement novatrice. Et la Buick Y-Job est le tout premier véhicule concept de l’histoire.

La vision d’un homme

Harley Earl a créé en 1927 la première division de style chez un constructeur américain. Elle s’appellera « The Art and Colour Section ». En 1937, elle prend le nom de « Styling Department ». C’est à cette époque qu’Earl commence à imaginer un véhicule pour démontrer les capacités de GM en matière de design.

L’Amérique ressort de la grande dépression et retrouve le goût de consommer. Earl veut des autos toujours plus basses, plus longues, plus larges, plus impressionnantes. C’est une philosophie qu’il appliquera à la lettre jusqu’à sa retraite de GM en 1959. C’est lui qui a fait du style l’argument de vente numéro un en Amérique.

Pour développer sa vision, Earl a besoin d’une base et d’un budget. Il se tourne immédiatement vers le directeur général de Buick, Harlow Curtice. Curtice et Earl s’entendent bien. Ils ont le même âge et la même vision pour GM. De plus, le succès de la Buick 36, dessinée par Earl et qui a remis la division sur les rails, a fini de sceller leur amitié.

Photo: General Motors

Curtice libère un budget de 50 000 dollars (l’équivalent de 925 000 dollars aujourd’hui), fournit un châssis de Buick Super 1940 et suggère que son ingénieur en chef, Charles Chayne, s’occupe de la partie mécanique.

Si Earl est l’initiateur et l’âme du projet, c’est le designer Georges Snyder qui est chargé de mettre les idées sur le papier. Snyder est alors l’un des proches lieutenants de Earl et est même considéré comme l’un de ses remplaçants potentiels. Pourtant, Earl le licenciera brutalement en 1947.

Vraiment différente

Il est difficile aujourd’hui d’évaluer l’impact que la Y-Job a eu à l’époque. Pour cela, il faut la comparer avec les productions contemporaines (voir photo de la Buick Roadmaster 1939). La Y-Job repose sur un châssis à empattement allongé de 121 à 126.75 pouces.

Tout est fait pour faire paraître l’auto plus basse : petit parebrise, roues de 13 pouces au lieu de 16 pouces (ce qui implique un nouveau système de freinage, les tambours classiques ne pouvant pas rentrer dans les petites roues), ailes allongées jusque dans les portes, multiples liserés de chrome sur les côtés, etc.

Les détails ne manquent pas : emblème de capot en forme de viseur (appelé « cigar in a ring »), phares avant cachés derrière une trappe à commande électrique (un design similaire avait déjà été vu sur la Cord 810 de 1936), phares arrière intégrés, long coffre en forme de V et calandre à barres verticales fines.

Photo: General Motors

Plusieurs de ces éléments seront repris sur les Buick 42 ainsi que sur d’autres modèles GM. La planche de bord, avec 3 cadrans circulaires et la grille de haut-parleur sous la radio, sera aussi reprise sur les Buick 42.

De plus, la Y-Job bénéficie d’une capote à commande électrohydraulique qui se dissimule sous un cache, une première chez GM. Autre première, les vitres à commande électrique. Quant à la mécanique, moteur, transmission et suspensions, c’est du Buick 1940 de série.

Le moteur est un 8 cylindres en ligne de 320 pouces cubes (5,2 litres) de 141 chevaux (cependant, certains historiens estiment qu’il s’agirait plutôt d’un 248 pc de 101 chevaux, les deux moteurs étant difficiles à distinguer).

Une longue vie

La Y-Job fait sa première apparition publique en décembre 1939 mais GM ne publiera un communiqué de presse qu’en mars 1940. Le lancement passe donc quelque peu inaperçu. La General retiendra la leçon et s’assurera que les présentations de ses véhicules concepts d’après-guerre fassent grand bruit (pensez Motorama). Mais la carrière de ce « laboratoire sur roues », comme l’appelait Earl, ne s’arrêtera pas là.

En effet, la Y-Job sera l’une des autos préférées de Earl. Il la conduira jusqu’en 1951, année du lancement d’un nouveau véhicule concept : la Buick Le Sabre. Avec elle, il parcourra près de 50 000 milles. L’auto aura droit à quelques évolutions au cours de sa vie : installation d’un carburateur double-corps en 1942, une boîte automatique Hydramatic, de nouveaux pare-chocs, nouveau volant, tableau de bord de Buick 1948…

Photo: General Motors

Après 1951, le cabriolet changera plusieurs fois de mains. Il passera quelques années au Musée Henry Ford de Dearborn avant de revenir chez GM, au Design Center de Warren, en 1993. En 2001, Buick présentera la Blackhawk, un concept très fortement inspiré par la Y-Job. Enfin, en 2016, elle a été inscrite au National Historic Vehicle Register pour sa signification historique.

Pourquoi Y-Job?

Il y a deux raisons à ce nom. La première est que GM utilisait le préfixe X pour ses véhicules expérimentaux. Earl voulait aller un cran plus loin. De plus, l’industrie aéronautique désignait souvent les prototypes les plus avancés par la lettre Y et Earl était fasciné par l’aviation.

En vidéo : la marque Buick de long en large

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