Land Rover Range Rover 2015: Le roi des paradoxes

Tel que publié dans le Guide de l'auto 2015

Au grand dam des constructeurs allemands, le Range Rover est toujours le chouchou des riches, célèbres et puissants de ce monde lorsqu’ils choisissent de conduire ou d’être vus dans autre chose qu’une limousine. Quelles que soient les prouesses ou les lignes racées de ses rivaux, le « Range » les surplombe toujours, au propre et au figuré, de sa silhouette anguleuse et massive. Il est même d’une élégance certaine, comme un champion de décathlon ou un demi offensif en complet Armani taillé sur mesure.

L’image colle d’ailleurs parfaitement au Range Rover, dont les performances et le comportement défient toute logique apparente, quelle que soit la surface, le profil ou le dessin de la route ou du sentier. Parce que Land Rover n’a jamais cessé de raffiner et d’aiguiser les aptitudes de ce véhicule qui fut créé à l’origine pour marier les qualités d’une berline et le côté passe-partout du roi des safaris qui a donné son nom à la marque.

Le premier Range Rover est apparu en 1970 et fut produit pendant près de vingt-cinq ans sans changement majeur autre que l’ajout d’une paire de portières. Le luxe s’y est installé au lancement de la deuxième génération en 1994, tandis que la marque venait de passer aux mains de BMW. Raffinement et qualité ont grimpé d’un cran avec la troisième génération en 2003, grâce à l’apport du constructeur bavarois propriétaire jusqu’en 2000. La marque appartenait alors à Ford qui la refila au conglomérat indien Tata Motors en 2008.

Métamorphose invisible

Il fallut cinq ans avant que se pointe un nouveau Range Rover mais l’attente valait largement la peine. Ce quatrième Range Rover marquait un progrès immense avec l’adoption d’une carrosserie autoporteuse entièrement en aluminium, technique que maîtrisait déjà la marque sœur Jaguar. À motorisation égale, la version Supercharged s’allégeait de 350 kilos, un gain énorme. Avec son V8 compressé de 5,0 litres et 510 chevaux, couplé à une boîte automatique ZF à 8 rapports, elle boucle le 0-100 km/h en 5,15 secondes. Une prestation inouïe pour un costaud qui pèse encore plus de deux tonnes métriques.

À vrai dire, c’est même trop en conduite urbaine, avec un accélérateur électronique dont les réactions sont trop vives en amorce. Il suffit toutefois de faire pivoter la molette du système TerrainResponse vers le mode Neige pour rendre la conduite plus douce. Le même système, qui modifie les réglages du moteur, de la boîte de vitesse, des freins, de la suspension et de certains des systèmes de conduite, offre quatre autres modes soit : Herbe/gravier/neige, Boue/ornières, Sable ou Rocaille.

Sans compter le bouton qui enclenche les rapports courts (low range) pour escalader un sentier escarpé ou utiliser pleinement la limite de remorquage de 3 500 kg (7 716 livres) dans des conditions bien particulières vous l’aurez compris. On ne sait jamais quand on aura besoin de telles capacités. L’important est de savoir qu’elles sont là, ou de pouvoir s’en vanter. N’empêche que le Range Rover ne cesse de progresser en aptitudes tout-terrain alors que ses rivaux régressent. Parce que ces qualités sont une partie essentielle de son ADN et qu’il y aura toujours des clients qui les utiliseront pleinement. Grand bien leur fasse.

Toujours prêt

La suspension pneumatique est une composante essentielle de cette équation. Entre autres pour le mode Accès qui abaisse la carrosserie de 50 mm. Ce n’est pas un luxe parce que la marche est vraiment haute sinon. Le roulement est alors ferme et l’aérodynamique à son meilleur avec un coefficient de 0,34 qui étonne pour un profil aussi carré. Il grimpe à 0,36 lorsque la carrosserie reprend sa hauteur normale et le confort de roulement redevient excellent. En tout-terrain, la suspension soulève la caisse de 40 ou 75 mm selon les conditions. Sur la route, l’aplomb est sans reproche. Pour une conduite plus stimulante, il faut lorgner le Range Rover Sport.

Avec dix-sept agencements de couleurs possibles pour des cuirs superbes, trois types de boiseries et des moulures d’aluminium satiné, l’habitacle du Range Rover classique propose le confort d’un jet privé, dans un style épuré. Les modèles Autobiography sont par contre opulents, surtout les versions à empattement allongé avec les sièges arrière individuels. L’ergonomie est infiniment supérieure que jadis mais les menus et affichages sont à un cran des meilleurs.

Le V6 compressé de 3,0 litres et 340 chevaux offre une alternative moins chère et assoiffée au bouillant V8, mais on attend toujours au moins un des moteurs diesels vendus en Europe pour faire mieux encore. Sans parler de la version hybride diesel-électricité qui est cotée à 6,4 L/100 km même avec l’empattement long. On peut toujours en rêver.

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