Fusion entre Fiat Chrysler et PSA : une occasion manquée pour Renault

Paris | Le projet de fusion entre Fiat-Chrysler et PSA est un cuisant revers pour Renault, fiancé éconduit du groupe italo-américain, et désormais voué à renforcer son vieux couple avec Nissan.

Quelques mois après avoir courtisé Renault, Fiat Chrysler Automobiles (FCA) l’a délaissé pour jeter son dévolu sur l’autre grand constructeur français, PSA, les deux négociant désormais un mariage entre égaux.

« Pour Renault, c’est une occasion manquée », reconnaît un expert automobile bon connaisseur du constructeur, sous couvert d’anonymat. Et un coup dur pour son président Jean-Dominique Senard, fervent partisan d’un rapprochement avec FCA, qui « a exprimé ses regrets de n’avoir pas réussi à sceller l’accord ».

Fiat-Chrysler avait tenu d’intenses pourparlers avec le groupe au losange, et tous deux avaient dévoilé fin mai un projet de méga-fusion. L’ambitieux rapprochement avait rapidement avorté, FCA jetant l’éponge faute d’obtenir un engagement rapide de son partenaire français freiné par l’État actionnaire.

La semaine dernière, M. Senard, sur France Inter, gardait encore la porte ouverte à un retour de flamme: « Il faut que les circonstances soient là pour que tout le monde se sente à l’aise ».

Si elle fait figure de douche froide, l’éventuelle fusion FCA-PSA ne devrait pas laisser Renault totalement isolé, du fait de son alliance avec les japonais Nissan et Mitsubishi.

« Renault a déjà Nissan! C’est loin d’être nul en termes de taille. Ce qui est capital, c’est la taille critique, et ils l’ont », souligne Gaëtan Toulemonde, analyste chez Deutsche Bank.

Les trois constructeurs de l’alliance pesaient quelque 10,76 millions de véhicules écoulés en 2018 --contre seulement 3,9 millions pour PSA et 4,8 millions pour FCA-- et se distinguent par leur avance dans l’électrification. Renault se refusait jeudi à tout commentaire.

« Perte de confiance »

Après une année de tensions entre Renault et Nissan, marquée par l’affaire Carlos Ghosn, « des changements de dirigeants et une perte de confiance, l’enjeu sera de consolider les liens », souligne l’expert cité sous couvert d’anonymat. « Les ventes ont baissé, la rentabilité de Nissan n’est pas bonne, ça devient absolument vital d’avoir une alliance qui refonctionne ».

Touché par la crise mondiale de l’automobile, Renault a abaissé mi-octobre ses objectifs financiers et affiche une baisse de 6% de ses volumes de ventes sur janvier-septembre. Et un mastodonte FCA-PSA aiguiserait encore la concurrence.

«Cet épisode va inciter (Renault et Nissan) à se rapprocher et à travailler davantage ensemble. Chacun a besoin de l’autre, tous deux n’ont pas de bonnes marges» et pas d’autre choix que de «se reposer l’un sur l’autre», observe M. Toulemonde.

D’autant que ces turbulences interviennent avec des équipes renouvelées, le conseil d’administration de Renault ayant évincé début octobre le directeur général Thierry Bolloré, peu après que Nissan se soit doté d’un nouveau patron.

Photo: Agence QMI

« Compromis »

Des compromis pourraient s’esquisser: interrogé sur un possible abaissement de la participation de 43% de Renault dans Nissan, M. Senard avait assuré la semaine dernière que « le sujet n’(était) pas là aujourd’hui ».

« Nissan voulait réduire la participation de Renault en échange de son feu vert au mariage de celui-ci avec FCA. Mais comme Fiat-Chrysler a choisi PSA, Renault n’a plus de raisons de transiger », décryptait jeudi le quotidien nippon Nikkei.

« Pas besoin de stimuli » pour intensifier les discussions car «tout le monde est convaincu des bienfaits et de la nécessité de l’alliance», remarque une source proche de Nissan.

Cependant, Renault produit depuis 2016 dans son usine de Sandouville (Seine-Maritime) des utilitaires Talento (moins de 26 000 unités en 2018) pour le compte de Fiat-Chrysler, une coopération potentiellement problématique en cas de mariage PSA-FCA.

Mais si ce dernier échouait, Renault pourrait-il faire figure à nouveau de recours?

Certains l’envisagent: comme « FCA a cruellement besoin d’un partenaire en Europe pour se conformer » aux futures normes d’émissions de CO2, «il ne faut donc pas exclure une reprise des discussions avec Renault --ou avec un autre constructeur» du continent, relevaient ainsi les experts de Barclays.

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