Mitsubishi Lancer 2015: À genoux mais pas encore mort

Tel que publié dans le Guide de l'auto 2015

Dans le monde automobile actuel où les nouveautés se succèdent à un rythme effréné, nous oublions souvent que Mitsubishi, parent pauvre de l’industrie, est en fait une immense corporation qui a des ramifications dans d’innombrables secteurs d’activité partout sur la planète. Et l’automobile n’est qu’une de ces ramifications. Sur le site corporatif de Mitsubishi, on peut lire, une fois qu’on a trouvé la section où l'on parle des véhicules automobiles, que l’entreprise concentre sa stratégie sur les marchés en émergence que sont l’Indonésie, la Russie et la Chine. On comprend alors un peu mieux le peu d’efforts apporté à la gamme en Amérique du Nord.

C’est ainsi qu’on se retrouve avec une Lancer qui est dépassée, selon nos standards. La version actuelle est apparue en 2008 et n’a guère changé depuis, autant en dehors qu’en dedans. Mais puisque la voiture « d’antan » était particulièrement bien réussie, surtout au niveau de la carrosserie, il lui a fallu plus de temps avant de montrer des signes de fatigue. Sauf qu’une fois le processus de vieillissement amorcé, la dégénérescence va vite. L’auteur de cet essai est de mieux en mieux placé pour en parler…

À défaut de moderniser la Lancer, Mitsubishi a quand même eu la bonne idée de lui donner de nombreuses déclinaisons. On la retrouve sous la forme d’un hatchback ou d’une berline. Cette dernière peut être une placide compacte ou, à l’inverse, une bête de course légalisée pour la route. La placide compacte débarque chez les concessionnaires avec un quatre cylindres (tous les moteurs de toutes les Lancer sont des quatre cylindres) de 2,0 litres développant 148 chevaux. Ce n’est pas la mer à boire, néanmoins, les performances sont correctes pour aller du point A au point B sans trop de raffinement mais sans encombre non plus. La boîte manuelle à cinq rapports qui l’accompagne n’est pas la meilleure qu’on puisse trouver dans l’industrie et plusieurs lui préféreront la CVT qui, bien que faisant dramatiquement augmenter le niveau sonore lors des accélérations, demeure mieux adaptée au moteur.

Ralliart, le meilleur de deux mondes
Vient ensuite un 2,4 litres de 168 chevaux qui change, pour le mieux, la personnalité de la Lancer. Seule la CVT est proposée et elle dirige le couple aux quatre roues. Eh oui, la Lancer est l’une des rares berlines qui puisse être dotée d’un rouage intégral… qu’on peut même verrouiller pour améliorer la traction, lors d’une tempête de neige par exemple. On commence à parler plaisir avec la Ralliart. Son 2,0 litres turbocompressé développe 237 chevaux expédiés aux quatre roues grâce à une boîte automatique à six rapports à double embrayage. Les accélérations et reprises sont nettement bonifiées et la consommation (d’essence super), si le pilote s’amuse à faire entrer le turbo en action, augmente passablement.

Irrésistible EVO

Enfin, il y a le nirvana avec les deux versions de l’EVO catapultées par un 2,0 litres turbocompressé de 291 chevaux et 300 livres-pied de couple. Dans une voiture d’environ 1 600 kilos, ça avance en p’tit péché routier. Heureusement, le rouage est intégral et passe par une boîte manuelle à cinq rapports dans la version GSR et par une transmission automatique à double embrayage dans la MR. La GSR aurait mérité une boîte à six rapports minimum, ce qui aurait pu contribuer à faire diminuer les révolutions du moteur et, en même temps, le niveau sonore dans l’habitacle. À 100 km/h, le moteur tourne à près de 3 000 tr/min. De son côté, la boîte à double embrayage de la MR donne à l’EVO un tempérament bouillant avec ses passages bien sentis et quelquefois brusques entre les rapports et, surtout, ses réactions coupées au millième de seconde. Sauf que pour profiter de ces hormones, il faut y mettre le prix. Une GSR débute à plus de 40 000 $ et il faut ajouter 10 000 $ supplémentaires pour une MR… Quelque chose me dit que ces voitures deviendront des voitures de collection. Tout porte à croire que cette EVO de dixième génération ne serait pas reconduite dans le futur, faisant de 2015 la dernière année de production. Mitsubishi a déjà déclaré qu’elle allait se concentrer sur les petites voitures consommant très peu... ou pas du tout. Dans cette optique, l’abandon d’une voiture qui boit comme une défoncée peut être justifié.

Enfin, un mot sur la Sportback, cette hatchback qui rend la Lancer plus jolie (opinion personnelle) et plus pratique. Dommage qu’elle ne soit offerte qu’avec le moteur de base.

La gamme Lancer est l’une des plus complètes qui soient mais elle a atteint la fin de son cycle de vie. Il suffit de prendre place à bord de n’importe laquelle pour se rendre compte que le design du tableau de bord, la qualité des plastiques et le noir intégral datent d’une autre époque. Souhaitons que Mitsubishi nous refasse le coup de 2008!

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