Imperial Crown 1961: Apparence et substance

Walter P. Chrysler commence à construire ses propres voitures en 1924. Il ne sera pas long qu’il proposera une gamme complète. Pour cela, il achètera Dodge Brothers en 1928 et fondera Plymouth et DeSoto cette même année. Pour rejoindre une clientèle financièrement aisée intéressée, entre autres, par Cadillac, Lincoln et Packard, Chrysler lance la marque Imperial. Cette année-là (1926), c’est une Imperial qui mènera le bal aux 500 milles d’Indianapolis, pilotée par Louis Chevrolet. Comme mot de bienvenue, on a déjà vu pire!

Jusqu’en 1954, l’Imperial fera partie de la gamme Chrysler. Il s’agit, bien évidemment, du modèle le plus dispendieux. Puis, l’Imperial devient une marque à part. Une marque de prestige, est-il besoin de préciser.

En 1955, à l’instar de Chrysler, l’Imperial est entièrement redessinée. Cependant, dès 1957, elle reçoit sa propre plateforme. Jusqu’en 1963, dernière année de cette génération, les designers et ingénieurs ne chôment pas et chaque année voit arriver son lot de changements, petits ou grands. Prenons par exemple l’année modèle 1961, année de l’Imperial Crown décapotable des frères Boivin de Windsor, en Estrie.

Le premier propriétaire de cette voiture avait le choix entre trois niveaux de luxe. Il y avait tout d’abord la Custom, la Crown, la LeBaron et, enfin, la très, très rare Crown Imperial (9 unités basées sur le modèle 1960 et une dénomination pour le moins « confusante »!)

Unique!

Peu importe la version, l’Imperial 1961 est une immense voiture. Longue, basse, large, elle semble encore plus imposante dans sa version découvrable. Et, dans un sens, elle l’est, du moins au niveau de l’exclusivité… Seulement 429 décapotables comme celle présentée aujourd’hui ont été construites cette année-là (12 258 unités au total). Pas étonnant que les frères Boivin n’en ont jamais vu une autre, même à Hershey!

L’édition 1961 de l’Imperial marque la dernière année des ailes arrière à la Batmobile. Elle se distingue aussi par ses phares qui sont placés dans un réceptacle chromé, comme dans les années 20 et 30. Ils ne sont reliés à la carrosserie que par un petit pied chromé. Les feux de position sont joliment dissimulés sous le rebord des ailes. Ces élans de créativité, gracieuseté de Virgil Exner, se répètent à l’arrière. L’amateur de voitures anciennes est franchement impressionné. Pourtant, « dans le temps », le style de l’Imperial de 1960 à 1963 était passablement controversé. Trop complexe, c’est comme pas assez, se disait-on sans doute. À noter que l’Imperial 1955 est la première à présenter le forward look : ailes arrière élevées, toit bas, capot long, arrière court. Ce style donne à la voiture un air agressif, même à l’arrêt.

Le tableau de bord est typique du début des années 60. Compteur de vitesse long comme ça, transmission à boutons, chauffage à boutons, volant presque carré, des parties verticales, horizontales, rondes, en relief ou enfoncées. Et du rouge, mes amis, du rouge partout dans l’habitacle! Les tableaux de bord d’aujourd’hui sont d’un ennui mortel à côté de cette sculpture automobile!

Techniquement à la page

Mais l’Imperial 1961 n’est pas que style. Les voies avant et arrière sont les plus larges de l’industrie (64 pouces – 1 626 mm à l’avant et 62 pouces – 1 575 mm à l’arrière), ce qui autorise un habitacle très généreux. Alors que le reste de la Chrysler Corporation adopte la plateforme monocoque en 1960, Imperial reste fidèle au châssis à échelle jusqu’en 1966. L’Imperial, en bon produit Chrysler de l’époque, est dotée à l’avant de la suspension Torsion-Aire, une suspension à barre de torsion qui autorise une tenue de route assurée et un roulis minimal en courbes. Ce dernier point surprend quand on constate qu’une Imperial Crown décapotable ne pèse pas moins de 4 865 livres (2 206 kilos)!

Pour déplacer cette masse, l’Imperial fait confiance à un V8 de 413 pouces cubes de 350 chevaux à 4 600 tours/minute. Ces chevaux sont alimentés par un carburateur Carter à quatre corps. La transmission est une automatique à trois rapports tandis que les freins sont à tambour aux quatre roues.

Lorsque les Boivin trouvent leur Imperial à St-Catharines en Ontario, le moteur est « saisi » et l’habitacle ne compte que le tableau de bord et le volant. Heureusement, le châssis et la carrosserie sont en excellent état, sans doute parce que la voiture a connu une première vie sous le beau climat du Nouveau-Mexique. La restauration dure trois ans. La recherche de pièces est parfois ardue car elles sont rares et souvent dispendieuses. Internet est un précieux allié, de même que la complicité entre les deux frères. Jean-Marc fait la mécanique et commande les pièces tandis que Jean-Pierre et sa femme s’occupent de la partie esthétique. Cette association réussit bien si l’on se fie au résultat!

Vraiment confortable et suffisamment puissante, l’Imperial 1961 s’avère très agréable à conduire. En plus, si jamais il pleuvait, le toit très étanche à l’eau préserverait le confort des occupants.

L’Imperial, en tant que marque distincte, poursuivra sa route jusqu’en 1974. Puis, après un hiatus, reviendra entre 1981 et 1983 dans un style encore plus controversé. Il y aura aussi des Chrysler Imperial entre 1990 et 1993. L’Imperial a eu une longue carrière et le superbe exemplaire des frères Boivin nous le rappelle fièrement!

Cet article a déjà été publié dans le Guide de l'auto édition magazine de mars/avril 2013

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