Renault Dauphine, une Française en Amérique...

En 1948, Renault dévoile une voiture qui va radicalement changer le monde de l’automobile française, la 4CV qui, incidemment, sera fabriquée jusqu’en 1961. Mais il n’est pas long que les dirigeants de la régie songent à une alternative à la populaire 4CV. Une voiture plus spacieuse et plus puissante, question de profiter de l’engouement du public pour l’automobile. Après tout, les années de guerre sont derrière et, même si les souvenirs sont encore bien présents, se procurer une automobile demeure une belle façon de vivre le présent. Les États-Unis connaissent la même vigueur économique mais à la puissance 100. Par contre, si en Amérique les voitures deviennent immenses, elles conservent des dimensions beaucoup plus raisonnables en Europe, principalement à cause de la géographie et de la situation économique.

Pour ce nouveau projet, la régie demande à ses ingénieurs d’utiliser le plus de pièces possibles de la 4CV. On commence donc par utiliser son châssis et son moteur. Le premier s’avère vite impossible à modifier et le second est trop faiblard!  Le châssis de la future Renault est donc tout nouveau et, au fil des prototypes, la cylindrée du quatre cylindres Ventoux passe de 748 à 845 cm3 et de 28 à 30 chevaux. Ça peut sembler peu comme augmentation mais à ces niveaux, le moindre dixième a son importance!

Une dame à la rescousse

La robe des premiers prototypes ne plait pas à Pierre Lefaucheux, le pdg de Renault qui demande la collaboration du designer italien Ghia. Le résultat est rafraîchissant. À noter, le pneu de secours placé derrière le pare-chocs avant, une solution ingénieuse permettant de sauver de l’espace et de protéger, un peu, les occupants en cas d’impact frontal! Même au niveau des coloris, cette nouvelle venue fait école. Lasse des gris et des noirs de Renault, une dessinatrice de mode, Paule Marrot, reçoit le mandat de donner davantage de gueule à la voiture. Enfin, il y a des Renault jaunes, rouges, bleues, blanches! La dame habille aussi l’habitacle et dessine le badge qui ornera le capot de la voiture jusqu’à la fin de sa production.

Après plusieurs prototypes, la voiture satisfait Renault et la décision de la produire est prise. Nous sommes le 6 janvier 1954. Mais elle n’a pas encore de nom! C’est alors qu’un proche collaborateur aurait déclaré  « La 4CV est la reine, la nouvelle venue ne peut être que la dauphine! » La Dauphine était née. Le premier exemplaire destiné au public sort des chaînes de montage en décembre 1955.

Tentative américaine

La Régie Renault n’étant pas une entreprise philanthropique, la décision d’envahir le marché américain va de soi. Dès 1948, Renault planifie un réseau de ventes mais l’affaire tourne vite au vinaigre. Pourtant, en 1955, Pierre Dreyfus, le nouveau pdg de Renault, décide de revenir en Amérique avec la 4CV et la Dauphine, question de grapiller des ventes à la trop populaire Volkswagen Beetle. Mais cette aventure tourne court, elle aussi. En cause, la récession de 1959, un trop faible réseau de distribution, une carrosserie résistant fort mal aux hivers le moindrement rigoureux et des dimensions trop en retrait par rapport aux grosses GM, Chrysler et Ford.

Ces facteurs peuvent expliquer l’absence relative en nos terres de Renault Dauphine aujourd’hui. La plupart se sont retrouvées prématurément au cimetière, détruites par la rouille. Pour en trouver de beaux exemplaires, il faut les faire venir d’Europe. Il y a déjà plusieurs années, j’avais rencontré Paul Chevrier, propriétaire d’une Dauphine 1963.  Lorsqu’il avait trouvé sa voiture dans la région de St-Hyacinthe, le plancher était pourri (surprenant…) et les sièges avaient été rongés par les mulots. Heureusement, le moteur était en parfaite condition. Cette voiture fait aujourd’hui le bonheur d’un nouveau propriétaire.

La Dauphine demeure en production jusqu’en 1967 et pas moins de 2 000 000 d’unités sont produites.

Diverses versions, certaines plus électrisantes que d’autres!

Au fil des années, plusieurs versions de la Dauphine ont été concoctées. Ainsi, l’Ondine, une Dauphine plus cossue, la sportive Gordini, le coupé Caravelle et le cabriolet Floride, la 1093, une Dauphine de course homologuée pour la route qui atteint 140 km/h grâce à son moteur de 55 ch. La Dauphine a aussi été fabriquée sous licence en Italie par Alfa Romeo, au Brésil par Willy-Overland et au Japon sous le nom Hino Dauphine. Mais, en nos années 2000, où les motorisations alternatives ont la cote, on ne peut passer sous silence la Henney Kilowatt, une voiture électrique américaine basée sur la Dauphine. En 1959, les Américains voyaient rouler ces drôles de bibittes sans moteur à essence. La Henney Kilowatt roulait grâce à 18 batteries de deux volts. L’année suivante, la capacité avait doublé. En deux ans, seulement 47 unités auraient été vendues, la plupart à des entreprises. L’aventure tourne court, le prix demandé étant trop élevé alors que le rapport poids/puissance/autonomie ne l’était pas suffisamment. Aujourd’hui, ces quelques exemplaires doivent valoir leur pesant d’or (ou de plomb!).

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