Volkswagen Tiguan 2019 : Groguan!

Points forts
  • Aménagement et espace intérieur
  • Excellente visibilité
  • Rouage intégral efficace
  • Stabilité routière
Points faibles
  • Rendement mécanique exécrable
  • Position de conduite inconfortable
  • Portes arrière très longues (stationnement)
Évaluation complète

Il y a maintenant dix ans que le Tiguan roule sa bosse chez nous. Dix ans qu’il constitue une porte d’entrée chez les VUS disons… plus amusants, plus passionnants. C’est vrai, il était cher, peu spacieux et à la fin, plutôt vieillissant. Mais le Tiguan de première génération avait le mérite d’être différent. D’être amusant. Hélas, Volkswagen a choisi de changer complètement son fusil d’épaule avec la seconde mouture, en se ralliant à ce que tous les autres proposent. Un véhicule plus spacieux, plus convivial, mais qui perd en personnalité. Et qui plus est, un VUS compact qui n’a rien de compact, pour plaire aux acheteurs nord-américains.

Il faut d’entrée de jeu savoir que ce Tiguan est vendu en Europe sous le nom d’Allspace, comme un modèle visant les familles nombreuses grâce à ses sept places assises. Car là-bas, une forte majorité de ceux qui optent pour le Tiguan Allspace choisit cette option. Autrement, on se tourne vers le « petit » Tiguan de nouvelle génération, dont les proportions sont comparables à celles du modèle que l’on a connu depuis 2009. Un modèle à mon sens plus attrayant, mais moins pratico-pratique, ce qui explique pourquoi on ne nous l’offre plus.

Vous comprenez maintenant pourquoi les Américains ont choisi l’option du gros Tiguan, que je surnomme affectueusement « Groguan ». On souhaitait plus d’espace, de polyvalence, et à ce compte, il fait très bien. Le volume de chargement est gigantesque, les places arrière sont confortables et spacieuses, et les banquettes sont coulissantes pour fournir plus de confort ou d’espace à ceux qui s’installeront à la troisième rangée. À ce propos, sachez que cette banquette demeure une option sur l’ensemble des versions, vendue au coût de 750 $.

Photo: Antoine Joubert

Élégant?

Tous les goûts sont dans la nature, mais j’admets qu’il m’est difficile d’apprécier les derniers designs de Volkswagen. Penser à l’Atlas, à la récente Jetta et bien sûr, au Tiguan, qui présentent tous un style insipide. Pour leur trouver un brin d’élégance, la solution est d’opter pour une version Highline, sur lequel les garnitures d’aluminium, les jantes et les phares à DEL viennent enrichir l’emballage. Mais encore, vous n’y retrouverez jamais la grâce d’un produit Mazda ou même l’audace des récents modèles Toyota.

L’habitacle est cependant très accueillant. D’une part parce que le dessin de la planche de bord est invitant, mais aussi parce que le contraste des teintes est chaleureux. On peut d’ailleurs opter, en plus du noir, pour une sellerie de couleur chêne ou d’un gris presque blanc, très élégant. Au volant, les commodités tombent sous la main et tous les gadgets dernier cri sont présents pour satisfaire les technophiles. Seule ombre au tableau : aucun chargeur à induction.

Volkswagen perd toutefois des points avec la position de conduite. Certes, le siège du conducteur est confortable, mais la position du volant est trop inclinée et l’accoudoir est trop bas et non ajustable, ce qui le rend inutilisable sauf pour des gens de plus de six pieds. Dommage, puisqu’il s’agissait justement d’un point fort de l’ancien modèle.

Photo: Antoine Joubert

En revanche, les passagers arrière sont pour leur part choyés, bénéficiant d’un dégagement supérieur à celui de la plupart des rivaux. Cela, en considérant bien sûr que personne ne s’assoit sur la banquette de troisième rangée, ce qui obligerait ceux de la rangée médiane à coulisser la banquette vers l’avant pour leur donner un peu de jeu.

16 chevaux qui crient leur absence

L’ancien Tiguan, plus léger, proposait une puissance de 200 chevaux, pour un plaisir de conduire étonnant. Mais croyez-moi, cette époque est terminée. Aujourd’hui, un nouveau moteur 2,0 litres turbocompressé de 184 chevaux se glisse sous le capot, lequel est jumelé à une boîte automatique à huit rapports. Débutons d’abord avec les bonnes nouvelles, il consomme moins. Environ 10 litres aux 100 km de moyenne, et autour de 8,5 litres sur la route. Donc non, pas le plus frugal du segment, mais c’est tout de même mieux qu’avant.

Malheureusement, ce 2,0 litres déçoit. D’une part parce qu’il est extrêmement bruyant en accélération, mais aussi parce qu’il s’essouffle rapidement. On lui concède bien un couple généreux à bas régime, mais jamais vous n’y retrouverez la nervosité du moteur d’antan. Il faut en outre mentionner que la boîte automatique affecte grandement le confort et le plaisir au volant, de par son manque de fluidité. Les passages de vitesse sont donc saccadés, parfois violents, et le délai de réaction est souvent frustrant. Puis, comme si ce n’était pas assez, on ajoute à l’équation un système démarrage-arrêt qui lui aussi, met du temps à réagir, pour des secousses encore plus fortes. Bref, sur le plan mécanique, on l’a complètement raté. Enfin presque…

Photo: Antoine Joubert

Chapeau au système 4MOTION

Je dis presque, parce que le hasard a voulu que je compose, lors de mon dernier essai du Tiguan, avec une sérieuse tempête hivernale. Une tempête où la poudrerie, les vallons de neige et les rafales étaient omniprésents, alors que je revenais de Québec vers Montréal sur la 40. Les accidents et sorties de route s’y comptaient d’ailleurs par dizaines, conséquences d’une chaussée qui, de surcroît, était glaciale compte tenu du froid sibérien qui sévissait cette journée-là.

Bref, il me faut admettre qu’à défaut d’apprécier le groupe motopropulseur du Tiguan, je n’ai que de bons mots pour le rouage intégral 4MOTION, qui redistribue efficacement le couple vers les roues ayant le plus d’adhérence. J’ajouterais aussi que la stabilité du véhicule, malgré des vents latéraux extrêmement puissants, était étonnante. Et, tandis que nous y sommes, bravo aux pneus pour leur efficacité dans la neige; des Pirelli Sottozero 3 qui chaussaient les jantes de 19 pouces du modèle d’essai.

Photo: Antoine Joubert

Plus populaire que jamais

En constatant le succès et la popularité du nouveau Tiguan, je me suis bien sûr interrogé sur l’impression passablement négative que j’en avais, depuis le jour de son arrivée. J’ai même pris soin d’en faire l’essai à trois reprises, hiver comme été, peut-être pour tenter de me convaincre du contraire et essayer de comprendre. Hélas, non. Je ne l’apprécie pas plus qu’avant. Cela ne m’empêche pas de lui trouver des qualités, mais celles-ci (hormis le volume intérieur) sont également attribuables à d’autres modèles du segment que je choisirais davantage.

Alors, pourquoi le choisit-on en si grand nombre (21 000 ventes au Canada en 2018)? Réponse : parce l’image et le « prestige » de Volkswagen plaît et parce qu’en raison de son prix plus concurrentiel, la clientèle peut désormais le comparer à un Ford Escape, à un Honda CR-V. Comprenez que l’acheteur du Tiguan 2019 possède peut-être une Golf ou une Jetta, mais rarement un Tiguan d’ancienne génération. D’ailleurs, les propriétaires de « vieux » Tiguan se tournent aujourd’hui pour la plupart vers des modèles tels que le BMW X1 ou la Mercedes-Benz GLA.

Photo: Antoine Joubert

Volkswagen ne vise donc plus la même clientèle avec ce Tiguan qui, vraisemblablement, réussit à convaincre. Et la bonne nouvelle, c’est qu’après plus d’un an sur le marché, la fiabilité semble loin d’être vilaine. Alors, comment conclure?

Personnellement, on ne me prendra pas au jeu. Parce que cette motorisation m’horripile et parce que je déteste la position de conduite. Parce que pour un produit rationnel, fiable et durable, Subaru, Toyota et même les joueurs coréens auraient mon vote bien avant le Tiguan. Et parce que pour du plaisir au volant, les récents Mazda CX-5 et Subaru Forester se situent loin devant. Il n’y a en fait que l’espace intérieur qui soit à l’avantage de Volkswagen, un point sur lequel seul le vieillissant Dodge Journey lui fait de l’ombre. Or, rendu là, croyez-moi, il vaut mieux opter pour le Tiguan!

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