Audi R8, éblouissante

Tel que publié dans le Guide de l'auto 2009

Malgré sa domination sans partage des 24 Heures du Mans depuis l’an 2000 et une riche collection d’exploits au plus haut niveau en sport automobile, la marque Audi ne jouissait pas de la réputation auréolée des spécialistes Ferrari ou Porsche. Il lui fallait peut-être aussi, comme à ces dernières, créer une grande sportive inspirée de la course qui démontre sans aucune équivoque son brio technique. Ce fut chose faite l’an dernier avec les débuts fulgurants de la R8 à moteur central.

Annoncée par une étude de style baptisée Le Mans quattro, la nouvelle sportive du constructeur d’Ingolstadt fit son entrée en scène au Mondial de l’auto de Paris en 2006. Elle fut baptisée R8 pour évoquer la voiture de course déjà couverte de gloire au Mans et sur de nombreux autres circuits européens et nord-américains. Après un concert d’éloges dans la presse automobile, la R8 fut couronnée voiture de l’année au pays, en plus de récolter les prix du meilleur design et de la meilleure voiture de prestige pour les prix annuels de l’AJAC. Cette reconnaissance et une allure de voiture exotique ont sans doute suffi à faire vendre rapidement la centaine de R8 sur le marché canadien les deux premières années, malgré un prix de départ de près de 140 000 $, mais également toute la production mondiale pour 2009. Nos essais complets de cette nouvelle sportive, sur la route, sur circuit et même en plein hiver, nous amènent à conclure qu’il s’agit d’une voiture d’excep tion à tous égards et d’une première grande sportive superbement réussie pour Audi.

Au-delà des chiffres

Si la silhouette pure et moderne de la R8 est remarquablement fidèle aux lignes du prototype Le Mans quattro, le hayon vitré qui lui tient lieu de capot à l’arrière ne révèle pas un V10, comme l’avait suggéré ce dernier, mais plutôt un V8 comme celui de la bête de course. Il s’agit toutefois d’un V8 atmosphérique à injection directe de 4,2 litres et 420 chevaux : pas de double turbo pour lui. Proche cousin du V8 de la berline RS 4, il s’en distingue surtout par une lubrification à carter sec qui permet un centre de gravité plus bas et une circulation d’huile constante même en forte accélération latérale.

La vue du moteur, dans sa nacelle, est déjà impressionnante et digne des ténors italiens de la spécialité. Sous le capot transparent, rien ne retrousse. On ne voit que les couvre-culasses en aluminium, frappés de l’emblème aux quatre anneaux, deux bouchons pour les fluides vitaux et deux grilles ajourées. Pas la moindre trace d’huile, de poussière, d’eau ou même de neige durant nos essais. Un travail de design et de finition remarquable qui s’étend à toutes les composantes de la R8, sans exception. De petites équipes assemblent les R8 pratiquement à la main, dans l’usine de Neckarsulm, au rythme de 25 par jour. Solidité, finition et qualité des matériaux sont irréprochables. À seulement la voir et la toucher, cette R8 vaut déjà le prix demandé ! Mais puisque rien ne peut être parfait, nous mentionnerons le léger tintement entendu au tableau de bord d’une des voitures.

Le V8 s’éveille au quart de tour dans un rugissement. Sa sonorité ronde et feutrée à bas régime devient plus rauque à mesure que l’aiguille grimpe vers la zone rouge qui débute à 8 250 tr/min. De l’habitacle ou de l’extérieur, rien à voir avec la RS 4. On s’étonne même de la parenté. Dans la tradition européenne, ce V8 livre sa puissance à haut régime mais se révèle néanmoins d’une grande souplesse. Pour en tirer le maximum, les quatre premiers des six rapports des boîtes de vitesses sont courts. Les performances de la version manuelle et de la R-Tronic (à embrayage automatisé) sont quasi-identiques, avec des chronos respectifs de 4,41 et 4,55 secondes pour le 0-100 km/h et de 12,78 et 12,75 secondes sur le quart de mille, avec des pointes de 183,5 et 183,7 km/h.

Surdouée

La tenue de route mériterait un autre récital de superlatifs. Sur la route ou sur circuit, quels que soient la vitesse ou le profil du virage, la R8 demeure agile, stable, prévisible et passionnante à piloter. Avec 44 % du poids à l’avant et un rouage intégral quattro qui privilégie d’abord les roues arrière motrices, elle peut se conduire comme une propulsion si vous le voulez, tout en offrant une marge de sécurité nettement supérieure. Nous avons aussi été éblouis par son aisance en hiver. Même en désactivant antidérapage et antipatinage, elle se contrôle facilement du volant et de l’accélérateur. De plus, elle amorce ses virages franchement malgré ses très larges pneus, même avec 15 cm de neige au sol. La R8 est également une superbe grand-tourisme.

La cabine est spacieuse, les sièges confortables et le confort de roulement assez prodigieux pour une sportive aussi affutée. La rigidité du châssis à caissons et de la carrosserie d’aluminium est irréprochable et permet aux éléments de la suspension de faire leur boulot sans flexion parasite. La R8 peut en montrer à la majorité des berlines et coupés de luxe en cette matière, même lorsqu’on choisit le mode « Sport » pour la suspension réglable optionnelle. Quant à l’avenir, Audi a déjà dévoilé le prototype R8 V12 TDI Le Mans dont le moteur diesel produirait un couple fabuleux. Elle a de bonnes chances d’être produite mais quoi qu’il en soit, cette première R8 est déjà une pièce d’anthologie.

FEU VERT

Comportement routier remarquable
Une exotique toutes saisons
Confort et raffinement impressionnants
Classique instantané

FEU ROUGE

Grille métallique de la boîte manuelle
Coffre minuscule et peu de rangement
Pédale de frein trop brusque
Consommation importante

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