Kia Niro Hybrid : un avertissement à la Toyota Prius

Prendre des risques représente un pas important dans la croissance de tout constructeur automobile. Quel est le prochain coup de dés pour la stylisée marque coréenne Kia? Le Niro, un véhicule utilitaire compact qui misera sur des clients canadiens prêts à faire preuve de loyauté envers ce tout premier hybride dédié du fabricant. Avec le Kia Niro, qui marche sur la ligne entre une voiture à hayon et un multisegment, on tente carrément de défier la suprématie de la famille de la Toyota Prius. Ou du moins, de faire hésiter une seconde ou deux les acheteurs de Prius v avant d’être convaincus par l’hégémonie hybride du Japon.

J’ai eu la rare opportunité de conduire une version très préliminaire du Niro sur les routes abîmées quadrillant la région industrielle en périphérie de Séoul, où Kia a établi son quartier général de recherche et de développement. Je n’ai pas pu photographier le multisegment hybride sans son lourd camouflage, mais mon temps au volant m’a tout de même donné une impression assez bonne pour déterminer son potentiel de réussite.

Sous le masque

Les versions du Kia Niro ayant pu franchir les limites de l’établissement étaient effectivement masquées des yeux du public curieux, mais plus tôt dans la journée, j’ai pu avoir un aperçu bien clair d’un prototype, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur.

En réalité, les intentions de concurrencer la Prius sont bien évidentes en observant la carrosserie du multisegment : voilà un Kia qui ne fait pas de vagues au chapitre du style. Bien que tous les éléments de design habituels de Kia soient présents, et que la garde au sol ait été suffisamment élevée pour justifier sa classification de VUS, les lignes épurées du Niro sont conservatrices par rapport à d’autres modèles du constructeur. La décision de conférer au véhicule un style moins expressif pourrait bien convenir aux acheteurs conservateurs d’hybrides. Toutefois, on risque ici de décevoir les clients existants de Kia, qui voudraient bien profiter de l’économie d’essence et de la polyvalence de ce nouveau véhicule.

À l’intérieur, on retrouve le même statu quo. Le Kia Niro hybride adopte un tableau de bord qui sera familier aux gens habitués de rouler à bord des petits véhicules de la compagnie, à l’exception de l’information additionnelle reliée à la conduite écologique. Le siège arrière est assez spacieux pour une voiture compacte, mais rabattre le dossier divisible révèle un plancher dénivelé (qui pourrait bien finir par devenir plat d’ici à ce que le véhicule soit produit) et une aire de chargement qui se voit réduite par la courbe descendante de la ligne de toit.

Sur la route

Kia a volontairement brisé la convention des véhicules hybrides en rejetant les boîtes de vitesse à variation continue, en faveur des automatiques conventionnelles. Le Kia Niro va plus loin en introduisant une boîte automatisée à double embrayage, expliquée en partie par la présence d’un quatre cylindres à injection directe de 1,6 litre. Il est issu de la famille des moteurs Kappa, que l’on retrouve dans d’autres modèles Kia, y compris des versions turbocompressées.

La boîte de vitesse se montre très habile à gérer la puissance du moteur à essence, totalisant un peu plus de 100 chevaux, et des 32 kilowatts produits par le moulin électrique. Kia n’a pas encore calculé une puissance combinée pour cette nouvelle motorisation, mais en me fiant à la fiche technique et mon postérieur non calibré, je dirais qu’elle se situe entre 130 et 145 chevaux. Par conséquent, les accélérations sont modestes, et bien qu’il soit possible de ramer manuellement à travers les six rapports à l’aide du levier de vitesses, les performances ne sont pas vraiment plus intéressantes.

En revanche, c’est l’économie d’essence qui est relevée dans le cas du Niro, puisque l’on prévoit une consommation mixte de 4,7 l/100 km. En fait, les tests officiels n’ont pas été certifiés, mais Kia cible une moyenne encore plus basse, afin de mieux rivaliser la Prius.

Outre ses détails mécaniques, le Niro m’a servi une tenue de route très prévisible sur des routes en si mauvais état que l’ingénieur assis derrière moi pouvait à peine contenir son mécontentement concernant le choix du trajet qu’on m’avait donné. Malgré son statut de véhicule prototype, les bruits du moteur et de la route étaient beaucoup moins intrusifs que ce à quoi je m’attendais. Le freinage régénératif de ce véhicule hybride a été méticuleusement réglé pour éliminer la sensation non linéaire de la pédale, ce que l’on ressent dans les autres produits hybrides du constructeur.

Un effort louable

Si j’étais Honda – et à la moindre mesure, Toyota –, je commencerais à me poser de sérieuses questions à l’égard des avancements phénoménaux de Kia (et de son parent corporatif Hyundai) au cours de la dernière décennie. La décision d’aller de l’avant avec un modèle hybride dédié, roulant sur sa propre plate-forme, démontre les aspirations profondes et implacables de Kia à vouloir s’emparer d’une part du marché des Japonais.

Le Niro est censé être commercialisé tard l’an prochain, son attrait sera étroitement lié à son étiquette de prix et à la volonté des Canadiens à choisir un multisegment hybride haut sur pattes qui n’offrira pas un rouage intégral (bien que mécaniquement réalisable, selon les ingénieurs). Surtout, il plante un drapeau loin en territoire inconnu, jadis la province exclusive d’une poignée de constructeurs automobiles. Il y avait peut-être des dragons ici autrefois, mais désormais, il y a aussi le Niro. Cela devrait être suffisant pour causer des troubles de sommeil à certains planificateurs de produits ennemis.

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