Jaguar XJ 2015: De belles Anglaises parfois dévergondées

Tel que publié dans le Guide de l'auto 2015

Comme un chevalier sans peur et sans reproche, Jaguar s’attaque au gotha de l’automobile avec ses grandes berlines XJ dont la coque est en aluminium. Dans une catégorie où les constructeurs allemands s’affrontent sans merci, avec le meilleur de leurs ressources et de leur talent, le style original et le caractère de ces belles Anglaises ont quelque chose de réjouissant. Autant que l’aplomb et les performances relevées des versions R.

Les premières berlines XJ tout aluminium ont été encensées à leurs débuts en 2004, Jaguar démontrant qu'il maîtrisait cette technique. On a toutefois vite réprimé des bâillements pour leurs silhouettes trop fidèles au profil des Jaguar d’antan. Le chef styliste Ian Callum et son équipe y ont remédié en créant une XJ résolument moderne il y a quatre ans.

Les nouvelles XJ ont également leurs audaces à l’intérieur avec un tableau de bord entièrement électronique et cette grande molette d’aluminium qui se soulève au démarrage et tient lieu de sélecteur pour la boîte automatique à huit rapports. Avec leur écran tactile aux menus parfois rébarbatifs, les XJ ne sont plus à la fine pointe en matière de systèmes et de technologies. Il leur manque par exemple un régulateur de vitesse adaptatif comme on en trouve maintenant sur des voitures tout à fait abordables.

Ce sont toutefois des peccadilles qu’on leur pardonne facilement à ces belles Anglaises, qu’il s’agisse d’une XJ 3,0 équipée du V6 de 3,0 litres ou d’une XJR dont le V8 de 5,0 litres fait galoper 207 chevaux de plus. Ces deux moteurs sont suralimentés par compresseur. Entre ces deux extrêmes, on retrouve les XJ 5,0 Supercharged, dont le V8 produit 464 chevaux (SAE ou 470 ch PS selon la norme européenne. Jaguar aime bien donner des chiffres ronds…), offertes comme les autres sur empattement régulier ou allongé.

Personnalités multiples

Le V6 de 335 chevaux (340 ch PS) s’exprime franchement mieux dans la XJ que dans la berline XF dotée du même rouage intégral. Racée et raffinée, la voiture a un comportement souple et fluide qui rejoint le meilleur de cette longue tradition des berlines Jaguar, solidité et maîtrise en prime. La direction est assez vive et même un peu nerveuse en braquage léger. On est loin des Jaguar d’antan aux réactions molles et vaguement hydrauliques. La XJ L Portfolio, le modèle le plus huppé, boucle le sprint 0-100 en 6,6 secondes, à seulement 0,4 seconde de la XF. Elle freine également plus court, sur 36,8 mètres.

On pourrait croire la bouillante XJR aux antipodes en matière de confort et de raffinement avec son V8 de 543 chevaux (550 PS) et ses immenses pneus de performance de taille 265/35ZR20 devant et 305/30ZR20 derrière. En noir avec des jantes couleur charbon, elle a même un côté hooligan qui ne sera certes pas au goût de l’acheteur traditionnel de grande berline de luxe. 

Son flegme britannique n’est aucunement affecté par une chaussée bosselée où les tarages de sa suspension sont impeccables. Il n’y a que les ornières de l’asphalte québécois pour lui faire perdre contenance en conduite normale. Elle louvoie même assez fort pour exiger de bonnes corrections sur les chaussées les plus creusées, un vilain défaut qui affecte aussi la F-Type Coupé R.

Sérieusement performante

Il suffit évidemment d’une bonne pression du pied droit sur l’accélérateur pour que la XJR L révèle l’autre facette de sa personnalité. Son cœur de fauve rugissant à fond, elle atteint 100 km/h en 4,4 secondes et dévore le quart de mille en 12,5 secondes avec une pointe de 188,9 km/h. Le même pied droit permet également d’effacer toute cette énergie cinétique presque instantanément. La XJR L a même freiné de 100 km/h sur une distance moyenne de 35,4 mètres, soit 50 cm de moins que la F-Type Coupé R sur la même surface. La pédale est par contre un peu plus souple.

Les XJ ne sont pas aussi bardées de systèmes et de technologies pointues que les Allemandes et leur finition n’est pas non plus au niveau des meilleures, malgré leur charme et leur originalité. Même avec le riche pedigree de la marque, les grandes Jaguar ne rayonnent pas le même prestige que les Allemandes ou même la Tesla Model S, la coqueluche du moment.

Qu’à cela ne tienne, les XJ sont modernes, solides, confortables, raisonnablement conviviales et aussi performantes ou polyvalentes qu’on le souhaite, budget aidant. C’est toujours un choix du cœur que la raison n’a cependant plus à combattre aussi farouchement que jadis.

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