Mercedes-Benz CLK, nouveau, comme dans Beaujolais

Tel que publié dans le Guide de l'auto 2003

Malgré sa jolie frimousse et son jeune âge, le coupé CLK de Mercedes n'aura pas su résister aux règles impitoyables du partage des plates-formes. Élaboré tardivement sur la base de l'ancienne Classe C en 1997, ce modèle n'avait pas pris une ride, mais ses jours étaient néanmoins comptés depuis l'avènement de la nouvelle Classe C il y a deux ans. En s'alignant sur cette dernière, le coupé CLK 2003 gagne sur le plan dynamique ce qu'il perd du côté esthétique.

De là à dire que la Mercedes-Benz CLK est une Classe C carrossée en coupé, il n'y a qu'un pas que l'on franchit allègrement, sans pourtant déprécier la voiture. Le seul véritable regret que l'on puisse éprouver est que le premier modèle à arborer ce sigle était particulièrement bien tourné et qu'il semble avoir été mis à la retraite prématurément. Si les lignes de la version 2003 se sont affinées, elles ont perdu néanmoins ce petit cachet qui permettait de démarquer une CLK d'un coupé Acura CL, par exemple. En revanche, les blocs optiques empruntés au nouveau roadster SL et la calandre repiquée au coupé CL lui confèrent un air de famille. Pour la moitié du prix, la comparaison est flatteuse.

Au premier coup d'?il, la voiture paraît plus petite qu'auparavant, surtout dans les couleurs pâles. Or, la longueur, la largeur et la hauteur ont légèrement progressé (+7, 1,8 et 4,2 cm) au profit d'un habitacle un brin plus spacieux tandis que l'empattement hérite des 2,5 cm supplémentaires légués par la dernière Classe C. Le poids, par contre, a fait un bond moins salutaire d'une centaine de kilos, sans pourtant affecter la consommation qui, au contraire, accuse une baisse de 6 %. Cette économie découle en partie d'un coefficient de traînée aérodynamique (Cx) de 0,28, un record pour la catégorie. Finalement, on fait mention d'une carrosserie plus rigide dont la résistance à la torsion s'est améliorée de 40 %.

Un intérieur moins austère

À l'intérieur, la voiture a agréablement rajeuni et comme dans la nouvelle Classe E, l'ambiance y est nettement moins austère. On pourra dire que le vrai bois ressemble à du faux et critiquer la similarité des trois cadrans (horloge, indicateur de vitesse et compte-tours) qui font face au conducteur, mais la qualité de la finition est au-dessus de tout soupÇon. Et si les cadrans ne font pas l'unanimité, ils ont l'avantage d'être d'une lisibilité très limpide. Les sièges sont impeccables de confort et il faudrait faire partie d'un rare spécimen de l'espèce humaine pour ne pas y trouver la position de conduite idéale.

Le frein d'urgence à pédale détonne un peu dans un coupé sport, mais il faut bien trouver quelque chose à mettre dans la colonne des « contre ». Détail appréciable dans une voiture de ce type, la visibilité est bonne, surtout de chaque côté en raison de l'absence de pilier central. Cette particularité facilitera la construction du cabriolet qui arrivera sous peu, accompagné de la version 55 AMG à moteur 5,5 litres de 367 chevaux. Le nouveau coupé CLK renoue avec le passé sous au moins un aspect en reprenant les ceintures de sécurité automatisées des coupés et des cabriolets E320 du début des années 90. Un bras magique étire la ceinture de son enrouleur et la tend au conducteur ou à son passager assis à l'avant dès que la portière correspondante se referme. Pour l'avoir expérimenté personnellement dans un cabriolet E320 1995, ce truc est beaucoup moins un gadget que l'on pourrait le croire. C'est même un ajout au confort dont on s'étonne qu'il ne soit pas plus répandu.

La seule faute d'ergonomie commise par ce coupé CLK revu et corrigé se retrouve dans le coin gauche inférieur du tableau de bord où l'on a eu la mauvaise idée de regrouper divers boutons (phares, essuie-phares et rétroviseurs extérieurs) dont la vue est obstruée par le volant. Contrairement à certains coupés égoïstes qui ne laissent pas de place aux autres, le CLK peut recevoir 2 passagers arrière de taille moyenne en leur offrant un dégagement raisonnable pour la tête et les jambes. Et le coffre est pratiquement aussi volumineux que celui de la berline de Classe C tout en ayant l'avantage de pouvoir être agrandi grâce aux dossiers rabattables des sièges arrière, un équipement de série dans ce modèle mais optionnel dans les dernières Classe E. Comme ces dernières, le coupé CLK 2003 bénéficie enfin d'un lecteur CD avec stockage au tableau de bord plutôt que dans le coffre arrière. Et pour en finir avec ce tour du propriétaire, soulignons que Mercedes a enfin compris que deux essuie-glace valent mieux qu'un en dotant ces nouveaux coupés d'un double essuie-glace au lieu du monobras de l'ancien modèle qui avait soulevé nos fréquentes critiques.

CLK500 : éblouissant

Pour l'instant, le coupé CLK est proposé en deux versions : 320 et 500. Dotés chacun d'une transmission automatique à 5 rapports avec grille de sélection manuelle, les deux modèles se distinguent principalement par leurs moteurs et leur niveau d'équipement. Le coupé 320 reprend intégralement la mécanique (V6 de 3,2 litres et 218 ch) du précédent modèle tandis que le CLK500 s'enrichit d'un V8 de 5 litres et 306 chevaux en lieu et place des 275 chevaux du V8 4,3 de l'ancien CLK430. En plus d'un équipement plus substantiel, ce modèle roule sur des roues de 17 pouces au lieu de 16 et utilise des pneus de taille différente à l'avant et à l'arrière.

Mon essai, qui s'est déroulé dans la région du Beaujolais, en France, avec des haltes à Brouilly (du vin du même nom) et à Pérouges (charmant petit village médiéval), a débuté avec la version haut de gamme. Plusieurs de mes collègues décrient l'intrusion de l'électronique dans les voitures et principalement des dispositifs d'assistance à la conduite mais il faut avoir conduit un CLK55 AMG sous la pluie pour apprécier la sécurité accrue qu'assurent les systèmes de contrôle de la stabilité. Avec le V8 de 5 litres qui rue sous le capot de ce coupé haute performance, on a besoin de toute l'assistance possible pour tenir la bride à ses 306 chevaux. Avec 31 chevaux de plus que l'ancien CLK430, ce modèle fait son entrée dans le club sélect des voitures sport et cela malgré la présence d'une transmission automatique un peu lente à réagir comme seul équipement. Sans antipatinage, il est certain que plusieurs conducteurs auraient atterri dans les vignes du Fleurie ou du Côte de Brouilly tellement la route avait été rendue glissante par des averses qui faisaient suite à une longue période sans pluie. Précisons par ailleurs que les pneus Pirelli P Zéro Rosso qui équipaient les voitures ne m'ont pas impressionné outre mesure par leur adhérence sur sol mouillé ou même par leur résistance à l'aquaplanage.

Comme toujours chez Mercedes, le freinage est sans souci et la direction suffisamment précise pour agrémenter la conduite sur des petites routes comme celles menant de Villefranche à Vaux-en-Beaujolais

CLK320 : plus bourgeois

Dans sa version 320, le coupé CLK joue la carte du grand-tourisme en offrant un bel amalgame de puissance et de confort rehaussé par un comportement routier à l'abri de toute critique sévère. Plusieurs sauront se contenter des prestations plus qu'honorables (dont un 0-100 km/h de 8 secondes) de ce modèle, ce qui leur vaudra d'épargner une bonne dizaine de milliers de dollars.

Dans les deux modèles essayés, on finit par découvrir une tendance au sous-virage, accentué bien sûr par l'état des routes lors de mon essai de ces deux modèles. Ces conditions défavorables n'ont toutefois pas altéré la merveilleuse tranquillité d'esprit que l'on éprouve en conduisant les coupés Mercedes. Et que dire de leur très faible niveau sonore qui, même à 160 km/h (en France, c'est presque permis), ne vous oblige jamais à hausser la voix.

Si les coupés CLK présentent un très beau bilan à l'issue de cette virée européenne, on ne peut conclure sans souhaiter que leur fiabilité ait aussi fait des progrès puisque les modèles antérieurs n'avaient pas un dossier vierge à ce chapitre.

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