Jaguar X-type, à condition de bien choisir

Tel que publié dans le Guide de l'auto 2003

Rouler en Jaguar ne veut plus nécessairement dire que vous êtes bien nanti. L'emblème du félin bondissant ne se visse plus uniquement sur la calandre de somptueuses limousines et surplombe quelquefois des voitures plus roturières. C'est le cas notamment des X-Type qui sont les modèles les moins chers à s'inscrire au catalogue de la vénérable marque anglaise. Pour se démarquer des Ford Mondeo allemandes dont elles empruntent de nombreux éléments, ces petites berlines proposent la traction intégrale, un atout indéniable pour percer dans une catégorie où l'on retrouve déjà des valeurs aussi sûres que l'Audi A4 et la BMW de Série 3.

Essayée d'abord lors de son lancement en sol européen, la petite Jag avait fait plutôt belle impression. En revanche, sa prestation lors de notre match comparatif des intégrales (Guide de l'auto 2002) fut plutôt décevante en raison d'un mauvais choix de motorisation. Le V6 2,5 litres de 194 chevaux pénalise la X-Type à bien des égards et il suffit de conduire une version à moteur 3 litres de 231 chevaux (les deux sont disposés transversalement) pour se réconcilier avec la voiture. Sans avoir tout à fait la même onctuosité, ce groupe propulseur se compare avantageusement au 6 cylindres en ligne d'une BMW 330.

Sa sonorité fort agréable (mais discrète) et ses performances très relevées stimulent l'agrément de conduite, surtout si vous avez la bonne idée de commander la boîte de vitesses manuelle à 5 rapports. Grâce à son levier court gainé de cuir et fort plaisant à manipuler, vous ne regretterez sûrement pas l'automatique dont la grille de sélection en escalier n'est pas une grande trouvaille. Si vous devez absolument donner congé à votre pied gauche, évitez dans la mesure du possible le petit V6 de 2,5 litres qui est carrément impotent avec la transmission automatique. À moins que vous n'ayez aucune gêne à vous faire doubler par une Daewoo Nubira ou un convoi funéraire? J'exagère à peine !

À l'abri des tête-à-queue

Contrairement à une Audi A4 Quattro qui vous laisse toujours un peu sentir qu'il s'agit à l'origine d'une traction dotée d'un différentiel qui achemine la puissance aux roues arrière, la X-Type à traction intégrale fait davantage penser à une propulsion. Cela tient à une transmission intégrale qui expédie 60 % de la puissance à l'essieu arrière contre 40 % aux roues avant, une répartition qui favorise une plus grande maniabilité. Quoi qu'il en soit, le système est d'une efficacité redoutable comme l'a démontré mon essai réalisé en hiver.

Cette petite Jaguar est littéralement à l'abri des tête à-queue et fait preuve d'une remarquable sécurité d'utilisation sur la neige ou sur n'importe quel revêtement à faible coefficient d'adhérence. Les 4 roues motrices ne sont toutefois pas les seules responsables d'une telle performance ; le système de stabilité à contrôle électronique de la X-Type y est pour beaucoup. Il suffit d'ailleurs de le débrancher pour se rendre compte que, sans son assistance, la traction intégrale de la voiture a tout de même ses limites. Sur pavé sec, l'adhérence reste impressionnante jusqu'à ce que le sous-virage commence à se manifester en conduite sportive.

S'il est un reproche que l'on peut adresser à ce modèle, c'est une certaine lourdeur du train avant accentuée par une direction qui gomme un peu trop les sensations de la route. La suspension, à la fois très classique et moderne, bénéficie d'un châssis d'une bonne rigidité et ne s'est jamais révélée inconfortable sur les routes particulièrement défraîchies des Cantons-de-l'Est.

Un cuir inodore

Comme toute Jaguar qui se respecte, la X-Type fait appel à des placages en bois d'érable et au cuir Connolly pour rehausser la présentation intérieure. L'?il y trouve son compte, mais on ne peut s'empêcher de regretter que le cuir soit totalement inodore. Il enveloppe magnifiquement des sièges fort agréables offrant une très bonne position de conduite. Pour la découvrir, il faudra cependant trouver le moyen de glisser la main jusqu'aux boutons coincés entre le siège et la porte. Une fois ce tour de force accompli, il suffira de choisir le meilleur des 10 réglages électriques proposés et d'ajuster la hauteur ou la profondeur du volant pour vous sentir très à l'aise.

En plaÇant un simple porte-documents sur le siège du passager avant, on sera étonné de voir s'allumer un témoin lumineux indiquant que le coussin gonflable a été désactivé. Il faut savoir que les Jaguar possèdent une protection spéciale : dès qu'un poids équivalant à celui d'un enfant en bas âge est déposé sur le siège avant droit, le coussin gonflable correspondant est mis hors tension.

Puisqu'il est question de sécurité, profitons-en pour souligner que la visibilité dans la X-Type n'est pas terrible en raison de l'étroitesse de la lunette arrière. Les imprudents qui s'avisent de boire en roulant rechigneront devant la présence d'un seul porte-verres placé près d'une console centrale qui sert aussi de vide-poches. D'autres se plaindront de ne pas pouvoir compter sur une commande d'ouverture à distance du coffre autre que la clé de contact tandis que les plus pointilleux ne manqueront pas de noter la très grande similitude des 43 (sic) boutons contrôlant radio et climatisation. Au moins, ils ont l'avantage d'être gros et faciles d'utilisation. On aura terminé ce tour du propriétaire quand on vous aura dit que les places arrière sont un peu justes pour la tête, mais qu'elles offrent un meilleur dégagement pour les jambes que dans les modèles concurrents et que le coffre est d'un volume supérieur à celui de toutes les rivales de cette voiture.

Les Jaguar X-Type sont de bonnes voitures qui ont sans doute le malheur de faire partie de la catégorie du marché où l'on retrouve ce que l'industrie automobile a de mieux à offrir. On a beau avoir du talent, il n'est pas facile de se mesurer à des A4, Série 3 ou Classe C. Pour ceux qui prônent la différence, cette petite anglaise n'est pas dépourvue d'intérêt.

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