La vraie limite

Il y a deux ans, un policier municipal m’a intercepté alors que je conduisais une Nissan Leaf. Et pour cause, je circulais à 57 km/h dans une zone de 40 km/h. Une amende de 125 $ - plus les frais - allait s’ensuivre, accompagnée d’un commentaire du policier me mentionnant que sur cette rue, on tolère jusqu’à 55 km/h.

Quelle était donc la vraie limite? 40 km/h ou 55 km/h? Légalement, c’est 40 km/h, puisque la sanction reçue stipule bel et bien que j’excédais la limite par 17 km/h. Or, jamais vous ne pourriez vous faire réprimander si vous rouliez à 45 ou 50 km/h dans cette zone. Du moins, selon les dires de ce policier. Et vous serez d’accord pour dire que peu importe l’endroit où vous circulez, la limite de vitesse fixée est toujours très élastique. La plupart du temps, on roule entre 110 et 125 km/h sur nos autoroutes, entre 60 et 70 km/h sur les boulevards affichés à 50 km/h, et à près de 100 km/h sur des routes de campagne indiquant 80 km/h.

C’est connu, les règles sont mises en place pour qu’on les enfreigne. Ce qui m’amène à condamner l’hypocrisie du système dans la mesure où l’amende émise à un contrevenant ne reflète aucunement l’excès réel. Par exemple, si vous vous faites intercepter à 130 km/h sur l’autoroute, on vous dira que vous dépassiez la limite de 30 km/h et on vous infligera une amende de 105 $ plus les frais, basée sur la charte en vigueur. Or, puisque l’on tolère massivement jusqu’à 120 km/h, on pourrait ainsi affirmer que l’amende ne devrait être que de 35 $, sans point d’inaptitude. 

Il va de soi qu’avec une telle règle, les coffres de l’État comme des municipalités ne se rempliraient pas aussi rapidement. Par contre, on jouerait franc-jeu avec l’automobiliste, lequel étire l’élastique tant qu’il ne se fait pas prendre et n’attrape pas une amende...

Et si au Québec, on jouait franc-jeu? Si l’on augmentait les limites sur les autoroutes à 120 km/h, comme le suggère d’ailleurs Éric Duhaime dans sa campagne électorale? Est-ce que cela aurait un impact négatif sur le comportement des automobilistes? Personnellement, je ne crois pas que les mœurs des Québécois changeraient pour cette raison. À condition que les règles soient claires. Que l’on impose le respect des règles du côté des forces de l’ordre en remettant des constats d’infraction dès que l’on franchit la limite. Et bien sûr, les amendes pourraient être revues et ajustées selon une certaine logique. Conséquemment, l’automobiliste saurait désormais à quoi s’en tenir et n’aurait plus tendance à « pousser sa luck ».

Plusieurs raisons valables expliquent le désaccord de certains face à l’augmentation des limites de vitesse. Par exemple, l’indiscipline et le manque d’éducation des conducteurs, la densité de la circulation, les conditions climatiques et même, l’état de nos routes. Ajoutez à cela l’état exécrable de certains véhicules mal entretenus qui, lors d’une manœuvre d’urgence, ne peuvent faire le travail. Cela dit, et malgré tous ces arguments, je suis d’avis que la limite pourrait être augmentée, puisque nous y sommes déjà. Puisqu’à l’inverse de ce que l’on peut lire sur les panneaux de signalisation, la limite sur l’autoroute est déjà de 120 km/h.

Entendons-nous, il ne serait pas question d’élever les limites dans les zones scolaires où dans les milieux urbains lourdement achalandés. Cela dit, sur les autoroutes et routes secondaires où la vitesse de croisière normale dépasse généralement de 20% la limite permise, allons-y! 

Évidemment, les coûts engendrés par le remplacement des panneaux (qui pourraient souvent être numériques) seraient importants. Un facteur qu’il faudrait aussi considérer dans l’équation, et qui pourrait notamment être financé par l’obligation d’une inspection mécanique par la SAAQ tous les deux ans, pour les véhicules âgés de plus de cinq ans. Une inspection qui permettrait de les rendre plus sécuritaires et ainsi d’éviter plusieurs accidents graves. Parce que vous n’avez pas idée du niveau de négligence de certains automobilistes qui roulent avec des suspensions défoncées, des freins au métal et des pneus usés à la corde. Le cocktail parfait pour amplifier les risques de collisions et de perte de contrôle...

Ainsi, j’ose croire que dans l’ensemble, et avec des règles claires, les automobilistes québécois pourraient devenir plus disciplinés. J’ose croire. Maintenant, est-ce que les corps policiers pourraient également sévir face à ceux qui ne décollent jamais de la voie de dépassement (pour les non-initiés, celle de gauche…)? Face à ceux qui ignorent l’existence du clignotant et face à ceux qui coupent à la dernière minute dans la file d’une sortie d’autoroute? Pour cela aussi, j’ose croire. 

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