Jaguar X-Type, le coupable

Tel que publié dans le Guide de l'auto 2009

Si vous suivez un tant soit peu l’actualité automobile vous savez déjà que la compagnie Jaguar, autrefois propriété de Ford, a été vendue à la compagnie indienne Tata. Les déboires financiers de Jaguar ont forcé le constructeur américain à jeter l’éponge et à se débarrasser de sa filiale britannique dont les bilans étaient écrits à l’encre rouge. Pourtant, à Coventry, on avait mis les bouchées doubles afin de rattraper le temps perdu en développant de nouveaux moteurs, des plates-formes sophistiquées et des voitures performantes.

Malgré tout, c’est un constat d’échec. Et s’il faut désigner un coupable, ce n’est pas un dirigeant ou un ingé nieur mais bien un modèle en particulier : la X-Type. Cette voiture intermédiaire est celle qui devait permettre à la marque de devenir une compétitrice vraiment importante sur la scène des voitures de luxe. Son succès aurait haussé la production de Jaguar et aurait permis d’atteindre les chiffres de ventes nécessaires à sa rentabilité. Malheureusement, ce fut un échec et ce modèle croupit en bas du classement des ventes.

Une autre époque

En analysant la silhouette de cette britannique, on s’aperçoit que ce modèle a été dessiné à l’époque où tout devait ressembler aux modèles anciens chez Jaguar. Sa calandre encadrée de part et d’autre par des feux de route circulaires est un lien direct avec le passé. Néanmoins, l’ensemble est bien équilibré et d’une élégance rétro. Bien qu’elle ne soit pas vue souvent sur nos routes, la familiale est sans doute le modèle le mieux réussi de la famille X sur le plan esthétique.

Toutefois, si on ne peut que reprocher à la silhouette ses allures d’autrefois, ça se gâte sérieusement dans l’habitacle. La planche de bord tente d’imiter les modèles classiques de Coventry mais sans y parvenir. En premier lieu, il y a trop de boiseries pour la largeur et la longueur du tableau de bord, tandis que la plupart des commandes semblent empruntées à des modèles de bas de gamme. Ce qui ne convient pas avec le prix demandé. Et j’allais l’oublier, l’habitabilité est quasiment exécrable : les places avant sont étroites et inconfortables, et les occupants de la banquette arrière ne sont pas tellement gâtés eux non plus.

Il ne faut également pas perdre de vue que ce modèle est offert en deux versions. La berline est sans doute la plus populaire, mais elle est la moins pratique et celle qui présente le moins d’intérêt à mon avis. La familiale Sportwagon remporte la palme de l’élégance en plus d’ajouter à la polyvalence en raison de la configuration de sa caisse. Et pour comble, il faut souligner que la finition est fortement perfectible. Surtout lorsqu’on la compare à ce que propose la concurrence, les marques germaniques en particulier qui sont des championnes à ce chapi tre sans oublier les Asiatiques qui sont capables de faire la leçon à tous. Bref, ce n’est pas avec un tel quel bilan que l’on peut se mesurer avec ce qui se fait de mieux sur un marché on ne peut plus compétitif...

Au moins l’intégrale

Ce qui fait le plus mal aux ventes de la X-Type, ce n’est pas nécessairement son habitacle biscornu ou son manque d’habitabilité, mais le fait qu’il s’agisse d’une modeste Ford Mondeo qui prête sa plate-forme à cette Jaguar. Même si ce n’est pas si terrible que ça, c’est un élément qui fait mal. Imaginez, par exemple, une BMW dont la mécanique proviendrait de chez Hyundai. Cela se produira peut-être un jour, mais en attendant, cela aurait un effet décourageant auprès des acheteurs. Bref, pour la plupart des gens, ce modèle n’est qu’une Ford déguisée en Jaguar et vendue à prix fort. On pourrait tenter de leur dire que c’est une excellente routière, mais cela ne semble pas suffire si l’on tient compte de ses faibles ventes. On pourrait tout au moins vanter les performances du V6 3,0 litres de 227 chevaux, mais ce moteur a le défaut d’être associé à une boîte automatique à cinq rapports qui n’est pas vraiment très performante comparée à la concurrence dans la même catégorie.

C’est là tout le problème de ce modèle, il n’est pas vilain en soi, mais il y a mieux ailleurs et à prix égal. Sur une note plus positive, soulignons que la tenue de route est très bonne et rassurante d’autant plus que la transmission intégrale de série est efficace et répond rapidement lorsque les conditions d’adhérence sont radicalement modifiées. La direction est précise, ce qui ajoute à la maniabilité de la voiture. Malheureusement, la suspension est quelque peu trop souple ce qui entraîne un roulis assez désagréable dans les virages. Cette voiture aurait eu un potentiel fort intéressant si on avait pris le temps de bien analyser le marché de la voiture de luxe d’entrée de gamme au lieu de vouloir finasser et réaliser des économies de bouts de chandelle qui ont mené à un cuisant échec.

FEU VERT

Version familiale
Tenue de route équilibrée
Traction intégrale
Équipement complet
Carrosserie élégante

FEU ROUGE

Assemblage perfectible
Bruits de caisse
Dépréciation vertigineuse
Habitabilité parcimonieuse
Planche de bord rétro

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