Ford GT, la Ferrari américaine

Tel que publié dans le Guide de l'auto 2005

Le titre de ce compte-rendu de l'essai de la Ford GT provoquera peut-être une réaction très émotive chez les puristes qui vouent une admiration sans bornes à la célèbre marque au cheval cabré, mais il n'en demeure pas moins qu'il existe un lien très réel entre ces deux marques, l'actuelle Ford GT rendant hommage à la mythique Ford GT40 avec laquelle le constructeur américain a battu Ferrari sur le célèbre circuit des 24 heures du Mans.

Au cours des années soixante, Ford s'est lancé dans cette grande aventure des 24 heures pour remettre la monnaie de sa pièce au regretté Enzo Ferrari qui avait cédé le contrôle de sa marque au géant Fiat, après avoir négocié la même transaction avec Henry Ford II afin de faire monter les enchères. La réponse du constructeur américain a été cinglante : la GT40 remportant quatre victoires consécutives aux 24 heures du Mans, de 1966 à 1969. Cette célèbre voiture de course fait maintenant partie de la légende du sport automobile.

Cependant, le lien entre Ford et Ferrari n'appartient pas seulement au passé mais il se décline également au présent, le châssis de l'actuelle Ferrari 360 Modena ayant servi d'inspiration aux concepteurs de la Ford GT, selon les responsables de la marque italienne. Le châssis de la GT est donc réalisé en aluminium, tout comme sa carrosserie et bien que la voiture ait le « look » de la GT40, ses formes ont été revues et corrigées selon les lois de l'aérodynamisme. C'est pourquoi la GT est dotée d'un diffuseur à l'arrière et d'un déflecteur avant qui permet de séparer le flot d'air, deux éléments qui lui permettent de générer une charge aérodynamique de 200 à 300 livres à une vitesse de 250 kilomètres/heure.

Plus rigide qu'une Ferrari 360 !

Avant de tester la GT sur le circuit de Gingerman Raceway (côte ouest du Michigan), j'ai eu l'occasion de rouler sur les routes de campagne de la région avec le prototype 001 qui appartient maintenant à Bill Ford, président et chef de la direction de Ford. Contrairement à la plupart des voitures capables de performances aussi élevées, la Ford GT est la plus facile à conduire de toutes les supervoitures sport. La tenue de route est phénoménale et le confort impressionne tout autant, les suspensions étant fermes mais pas au point de punir conducteur et passager. Ce tour de force est dû au châssis de la GT qui est plus rigide que celui d'une Ferrari 360 Modena, ce qui a permis aux ingénieurs de calibrer ressorts et amortisseurs afin de rejoindre ces deux objectifs diamétralement opposés. De plus, l'embrayage est aussi facile à actionner que celui d'une Ford Focus. Les kilomètres parcourus sur la route m'ont également permis de constater que la visibilité laisse à désirer, les piliers « A » très massifs bloquant partiellement la vue lors de l'entrée en virage et la petite lunette arrière n'aidant pas la cause lors des manoeuvres de recul. Par ailleurs, on déplore l'absence de la sonorité envoûtante d'un moteur Ferrari, le son émis par le moteur de la GT étant caractéristique d'un gros V-8 suralimenté par compresseur, ce qui n'est pas très inspirant.

Plus précise qu'une viper !

Par contre sur le circuit, la première chose qui frappe c'est justement la puissance et le couple développé par le V-8 de 5,4 litres suralimenté par compresseur et on oublie un peu le son... 500 chevaux et 500 livres-pied de couple pour un poids d'environ 1 540 kilos, ça décolle et pas à peu près... Un autre élément qui donne à la GT cette poussée si soutenue au départ, c'est le profil des pneus arrière qui est plutôt élevé puisqu'il est de 40, ce qui autorise une légère déformation du flanc des pneus et qui permet cette motricité initiale accrue propre aux voitures d'accélération. Les chiffres sont très semblables à ceux d'une Dodge Viper mais le comportement de la GT est supérieur en raison de son moteur logé en position centrale, ce qui autorise une meilleure répartition des masses (43% avant/57% arrière) et une conduite beaucoup plus précise et inspirée. De plus, la GT, comme la Viper, est dépourvue de systèmes de traction asservie ou de contrôle de la motricité, ce qui est tout à fait conforme à leur philosophie de design. À la limite, la GT s'est avérée

très prévisible, quoique sensible au transfert de poids longitudinal. La performance des freins développés par Brembo est impressionnante, même s'il ne s'agit que de disques de freins réalisés en acier et non pas en composite de carbone comme ceux qui peuvent équiper les Porsche 911 GT2 et Ferrari Challenge

Stradale.

Les performances sur circuit sont donc exceptionnelles et le confort sur la route est impressionnant pour une voiture aussi performante. Le meilleur de deux mondes ? Voilà ce qui attend ceux qui auront éventuellement la chance de la conduire, l'arrivée de la GT au pays étant retardée par la non-conformité des pare-chocs aux normes canadiennes. Au moment d'écrire ces lignes, les négociations entre Ford et Transports Canada se poursuivent...

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