Nissan Maxima, double personnalité

Tel que publié dans le Guide de l'auto 2004

À l'époque où Nissan était à la dérive sur les plans financier, esthétique et commercial, la Maxima était l'un des rares modèles à succès de la marque nippone. Malgré ses allures de voiture de directeur de funérailles, elle représentait l'une des bonnes valeurs sur le marché autant en raison de ses performances et de ses dimensions que de son excellente fiabilité. Son comportement routier et un moteur V6 aussi increvable que nerveux étaient des atouts supplémentaires que personne n'espérait obtenir dans une voiture vendue à ce prix.

C'était à l'époque où l'Altima connaissait une diffusion limitée. Mais depuis deux ans, la nouvelle version de cette dernière, fort en demande, porte ombrage à la Maxima malgré les retouches apportées à cette dernière. Il était impérieux de la remplacer par un modèle plus luxueux et à la silhouette plus audacieuse sans pour autant empiéter sur les plates-bandes de l'Altima. Les concepteurs de la sixième génération de la Maxima savaient à quoi s'en tenir : cette berline devait être le porte-étendard de la marque !

L'héritage de la Z

La venue de la 350Z avait pour but de galvaniser l'esprit d'équipe et de mettre la marque en évidence. Mais elle a fait plus que cela. Dans certains cas, tout repose sur cette dernière ou tout s'y rapporte. Par exemple, la silhouette est inspirée par ce coupé sport autant en raison de sa calandre que par la courbe du toit tandis que le capot est même doté de deux rainures, elles aussi inspirées de la Z.

La présentation de l'habitacle est de même inspiration, du moins en ce qui concerne les principaux éléments. Trois tubes placés côte à côte et reliés à la colonne de direction permettent une bonne visibilité des instruments et un réglage efficace afin d'optimiser la position de conduite. Enfin, l'incontournable volant à trois branches avec ses rayons garnis d'appliques en aluminium brossé est sans doute le même que celui utilisé dans tous les modèles Nissan dévoilés récemment.

Parmi les caractéristiques exclusives à la nouvelle Maxima, il faut mentionner le toit Skyroof constitué de deux hublots rectangulaires fixes respectivement placés au-dessus des occupants des places avant et arrière. Un toit ouvrant conventionnel est également offert. L'autre astuce est la présence d'une version à deux sièges individuels arrière au lieu d'une banquette. Leurs occupants seront plus à l'aise, mais le dossier arrière ne peut être rabattu dans ce modèle. Seule une trappe d'accès pour de longs objets est prévue. Les berlines cinq places bénéficient, elles, d'un dossier rabattable.

La nouvelle Maxima a du panache, c'est incontestable. Il est toutefois dommage de constater que la finition de la plupart des modèles essayés était irrégulière, à preuve les nombreux bruits de caisse.

Sport ou confort

Pour répondre aux exigences du nouveau standing de la Maxima, ses concepteurs ont allongé son empattement de 7,4 cm et sa longueur hors tout de 5 cm. Elle est également légèrement plus large et plus haute que la 2003. Bien entendu, pour respecter la tendance du moment, la nouvelle carrosserie est plus rigide de 40 %. Il s'agit en fait de la plate-forme FF-L déjà utilisée pour l'Altima, la Murano et la Quest. La Maxima n'est donc plus équipée de cette suspension arrière multibras à essieu rigide, mais d'une suspension indépendante à liens multiples utilisant de nombreuses composantes en aluminium. Comme il fallait s'y attendre, elle est propulsée par l'incontournable moteur V6 3,5 litres qui développe 265 chevaux cette fois.

Passons aux détails maintenant puisque la plus luxueuse des Nissan est proposée en deux versions : la SE avec sa suspension sport et ses pneus de 18 pouces et la SL, visant le confort. Cette dernière est nettement plus bourgeoise. Elle est uniquement offerte avec la boîte automatique à quatre rapports, une banquette arrière et une suspension plus souple associée à des pneus de 17 pouces. Les modèles SE peuvent être commandés en version cinq places ou quatre places en plus de proposer une boîte manuelle à six rapports et l'automatique à cinq vitesses.

Un plouc au volant

Mon premier contact avec cette nouvelle venue est survenu à Hollywood, en Californie. J'avais alors hérité d'une SE quatre places dotée de la boîte manuelle à six rapports. Après avoir solidement agrippé le volant en accélération en raison d'un effet de couple fort intimidant, je me suis aventuré dans Sunset Boulevard. Chaque fois que je changeais de rapport, la voiture devenait instable et l'accélérateur géré par fil (drive by wire), se payait ma tête en continuant à alimenter le moteur en carburant une fraction de seconde. De plus, la suspension ferme faisait sautiller la voiture. Bref, j'avais l'air d'un plouc au superlatif et les conducteurs des autres voitures me jetaient des regards désapprobateurs dans le genre : « Hé ! Va apprendre à conduire ! »

Un autre essai effectué au volant d'une SL m'a permis de faire meilleure figure sur le même parcours et d'apprécier le raffinement du châssis, le confort des sièges et le comportement routier très sophistiqué de cette Nissan.

De retour au Québec, j'ai passé une semaine au volant d'une SE quatre places équipée de la boîte automatique à cinq rapports. Ce modèle est plus intéressant à piloter que la SL, trop bourgeoise à mon goût, mais dont la suspension plus souple convient mieux à notre réseau routier. La tenue de route de la SE est supérieure à celle de la SL, mais les amortisseurs sont fermes et le volant sert d'agent de transmission des trous et bosses de la chaussée. Il faut de plus souligner que le moteur 3,5 litres est toujours fidèle à sa réputation au chapitre des performances. Il m'a permis de boucler le 0-100 km/h en 6,9 secondes tandis que la consommation de carburant de 13,8 litres aux 100 km est dans la moyenne pour une voiture de cette catégorie. Par contre, il doit être alimenté au super, ce qui entraîne une dépense additionnelle.

Attention à l'Acura TL

Prometteuse dans sa version « Sport », la nouvelle Maxima est toutefois handicapée par une suspension très ferme qui risque d'en décourager plusieurs. La SL offre davantage de confort, mais elle est plus boulevardière. Malgré tout, cette berline a plus de qualités que de défauts. Et si jamais on parvient à resserrer la qualité de l'assemblage, elle sera encore plus désirable.

Il y a toutefois un os dans la soupe. La nouvelle Acura TL réussit à mieux combiner le confort et la tenue de route tandis que ses performances sont dans la même fourchette. En revanche, la TL n'a pas de toit Skyroof ni de siège arrière double. Alors ! Denis Duquet

Contrepartie

Si Ford avait encore des affinités avec Nissan, la Maxima pourrait facilement être vendue sous le nom de Taurus. C'est en effet ce à quoi devrait ressembler une Taurus bien fignolée avec ses grandes qualités et ses petits défauts. Par exemple, l'apparence peu soignée des plastiques de la présentation intérieure sent la voiture nord-américaine à plein nez, mais le tissu habillant les contre-portes rachète un peu la situation. Les fauteuils sont d'un confort exceptionnel et il suffit de lorgner l'épaisseur des dossiers pour constater que Nissan n'a pas lésiné de ce côté.

À l'avant comme à l'arrière, on a de l'espace à revendre et l'immense pare-brise découvre la route à la faÇon d'un écran panoramique. Le tableau de bord avec son bloc d'instruments qui se déplace en même temps que le volant est facilement lisible et on ne peut que lui reprocher son côté déjà-vu puisque Nissan et Infiniti l'utilisent à outrance. Et que dire de l'écran central avec ses multiples données quasi illisibles par temps ensoleillé ?

À l'accélération, la Maxima impressionne avec son gros V6 de 3,5 litres vif comme l'éclair et sa transmission automatique bien adaptée. Nissan n'arrive toujours pas malheureusement à maîtriser l'effet de couple de ses tractions dont le volant « tire » à qui mieux mieux d'un côté ou de l'autre selon l'humeur du revêtement. La tenue de route n'en reste pas moins très potable tout comme le comportement routier en général. Le bruit de vent par contre se manifeste plus que de raison à grande vitesse. La faute n'est toutefois pas majeure. Bref, la Maxima de Nissan est une voiture très aimable, spacieuse, bien équipée, confortable et nantie d'un moteur plus en verve que le six cylindres en ligne d'une BMW 530. Si seulement Ford avait pu aller dans cette direction avec la Taurus, la marque centenaire ne s'en porterait que beaucoup mieux. Jacques Duval

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