Dodge SX 2.0, oups! On recommence!

Tel que publié dans le Guide de l'auto 2003

Il est toujours intéressant de constater avec quelle désinvolture les constructeurs automobiles butinent d'une philosophie de mise en marché à l'autre. De voir comment ils dénigrent un produit une journée pour l'embrasser le lendemain ! Nous en avons une belle preuve avec l'arrivée du nouveau Dodge SX 2,0 sur notre marché. Il y a quelques années, pour éviter une concurrence fratricide, la direction de DaimlerChrysler a décidé de confier les ventes de voitures à Chrysler et les ventes de véhicules à vocation utilitaire à Dodge.

Cette année, cette décision est partiellement modifiée puisque la gamme Chrysler est amputée de la Neon qui refait surface en tant que Dodge SX 2,0 litres. Les stylistes lui ont concocté une nouvelle calandre, les responsables de la mise en marché ont abandonné avec soulagement la désignation Neon, et voilà, la SX 2,0 est parmi nous !

Un astucieux changement

Lorsque la Neon est apparue au printemps 1994, elle a intéressé le public par sa silhouette dynamique, son habitacle spacieux et un moteur de base de 130 chevaux. Les acheteurs attirés par ces qualités et une campagne de marketing très réussie ont appris à leurs dépens que cette compacte créée pour la génération X n'était pas sans défauts. D'une fiabilité erratique, elle était également affligée d'une suspension mal calibrée, d'un moteur bruyant et surtout d'une boîte automatique à 3 rapports qui ne faisait rien pour arranger les choses. En peu de temps, Neon rimait pratiquement avec citron dans l'esprit des gens

Les ingénieurs ont corrigé plusieurs défauts de jeunesse dans le modèle de seconde génération apparu au début de 2000. Non seulement la plate-forme était devenue plus rigide, mais l'insonorisation avait progressé et le moteur était moins rugueux. Mais le mal était fait et la seule mention de Neon continuait d'effrayer les clients. Pourtant, la fiabilité avait augmenté. Nous avons même fait subir à une Neon équipée d'une boîte manuelle un essai longue durée qui s'est avéré positif. Bien que d'une finition un peu fruste, cette compacte s'est révélée à la fois fiable et économique sur le plan de la consommation. Malgré tout, le fait de s'appeler Neon nuisait certainement à sa diffusion. De plus, que faisait un modèle économique dans la gamme Chrysler qui veut se positionner comme une marque de luxe ? En la transformant en Dodge SX 2,0, les décideurs ont réglé deux problèmes à la fois. Chrysler se débarrasse d'un modèle économique néfaste pour son image et la marque Dodge effectue un retour dans le secteur des automobiles. Et je ne serais pas surpris qu'il s'agisse d'un ballon d'essai et que la Chrysler Intrepid devienne une Dodge d'ici peu, comme elle l'est aux États-Unis. Ce qui permettrait à la branche canadienne de profiter des succès de ce modèle dans les courses NASCAR.

De 132 à 215 chevaux

Malgré son changement de nom et une nouvelle présentation extérieure, la SX 2,0 litres ne renverse pas la vapeur en ce qui concerne les performances et le comportement routier. Il faut toutefois souligner que, cette année, les ingénieurs ont revu les algorithmes de la boîte automatique. Celle-ci travaille maintenant davantage en harmonie avec le moteur. L'an dernier, son arrivée représentait une amélioration par rapport à la boîte à 3 rapports utilisée précédemment, mais les passages de vitesses ne semblaient pas toujours arriver au bon moment. Cette fois, les accélérations s'effectuent plus en douceur et le beuglement du moteur a été sensiblement diminué. Et, bien entendu, la consommation de carburant est réduite.

Malgré ses atours voulant la faire passer pour une sportive, cette berline est une petite bourgeoise. Cela se traduit par des sièges trop mous, un roulis en virage et une certaine imprécision de la direction. Au fur et à mesure qu'on tente de conduire plus vite, les limites du châssis se mettent en évidence. Bref, la SX 2,0 litres se trouve à sa place lorsqu'elle est utilisée comme véhicule familial assigné aux besognes de tous les jours. Ses dimensions un peu plus grosses que la moyenne permettent à quatre adultes d'y prendre leurs aises tandis que le coffre est quand même assez grand. Il ne faut donc pas trop en attendre de la version R/T dont les 150 chevaux du moteur de 2 litres nous ont semblé bien timides tandis que la suspension ne fait pas le poids avec les autres sportives de cette catégorie.

Si vous êtes du genre patient et un inconditionnel de la marque Dodge, l'arrivée au cours de 2003 de la SRT-4 mettra à votre disposition une version non seulement plus puissante, mais dont le comportement routier n'aura aucun lien avec la SX 2,0 litres conventionnelle. Elle a été revue et corrigée par les sorciers de la vitesse du nouveau groupe PVO de DaimlerChrysler qui est l'équivalent de la section SVT chez Ford.

Cette Dodge toute en muscles est équipée d'un moteur 4 cylindres turbocompressé de 2,4 litres d'une puissance de 215 chevaux. Ce qui lui permet de devenir la Dodge la plus rapide en fait de temps d'accélération après la Viper. En plus de sa suspension révisée, d'une boîte manuelle renforcée et de pneus de 17 pouces, elle compte sur quatre freins à disque pour s'immobiliser. La SRT-4 n'est pas un modèle de douceur et de raffinement, mais elle est capable de répondre aux attentes des jeunes conducteurs qui veulent une voiture qui « a de la pédale », pour emprunter une expression populaire. Il va sans dire que sa production sera plutôt limitée. Son prix devrait excéder les 25 000 $ si on se fie aux allusions d'avant lancement.

Le fait de changer de nom n'a pas corrigé les faiblesses et les limites de cette berline, mais il faut également admettre que de nombreuses améliorations apportées au fil des mois lui ont permis de se raffiner et de devenir une automobile de plus en plus à la hauteur de ses concurrentes. Dorénavant, vous n'avez plus à rougir de votre Neon? oups ! de votre Dodge SX?

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