Lamborghini Gallardo 2010- La Polizia Stradale s'en mêle

C’est un fait connu et non pas une légende urbaine : les Italiens sont fous de voitures sportives. J'en ai eu la preuve une fois de plus lors de cet essai assez spécial d'une Lamborghini Gallardo Ultraleggero. En effet, dans le cadre d'un programme organisé par Audi et Lamborghini portant sur les matériaux ultra légers, notre séjour à l'usine de ce dernier constructeur à Santa Agatha de Bologna s'est terminé par un petit tour de voiture. Quoi de plus normal lorsqu'on est chroniqueur automobile et visitant une usine d’automobiles!

Mais ce ne fut pas un essai comme les autres. En effet, on avait préparé plus d’une douzaine de Gallardo pour que les journalistes présents puissent faire un petit « tour de char ». Je dois avouer que si j'avais été responsable des relations publiques de ce constructeur j'aurais été quelque peu inquiet de confier une voiture de ce prix et de cette puissance à des journalistes en mal de sensations fortes. Les envoyer individuellement sur les routes avoisinantes de cette usine comportait quelques risques car la circulation est passablement dense, les routes très étroites et les limites de vitesse généralement inférieures à 60 km/h. On a trouvé une solution originale : demander à la police des routes italiennes, la Polizia Stradale, de gérer les déplacements de cette colonne de bolides.

En effet, les policiers ouvraient la marche au volant d'une voiture de police et nous la suivions à la queue leu leu. À chaque intersection ou presque, d’autres policiers allaient bloquer la circulation pour nous permettre de passer.

Une voiture de patrouille fort originale

Règle générale, les policiers italiens se déplacent au volant de voitures Alfa Romeo de tout modèle et de toutes dimensions. Mais il y a de spectaculaires exceptions. En effet, la police routière  italienne dispose de deux Lamborghini transformées en véhicule de police. Ces voitures arborent la couleur bleue poudre typique aux véhicules policiers de ce pays et on y  retrouve même des gyrophares sur le toit.

Pour le reste, c'est une Lamborghini Gallardo LP-5604 2008, la toute dernière version de cette voiture qui en est à de nombreuses révisions depuis son lancement en 2003. Bien entendu, cette voiture de police sert davantage à des séances de photos et de relations publiques avec les Italiens qu'à pourchasser les criminels. Toutefois, on l'utilise dans la région préfectorale de Lazio pour surveiller certains tronçons d'autoroutes où des voitures circulent à haute vitesse. Mais sa principale utilisation est le transport d'organes visant à être transplantés et nécessitant des délais de transport très courts. Avec une voiture dont la vitesse de pointe est supérieure à 300 km/h, ce n'est pas un problème.

Donc, cette Gallardo très spéciale ouvrait la route à notre caravane d’une douzaine de voitures similaires. Toutefois, celles qui nous ont été confiées affichaient les couleurs standards qui sont proposées aux clients intéressés par ce modèle. Nous retrouvions entre autres les couleurs orange, vert lime, blanc, noir et noir mat.

Quant aux Gallardo mises à notre disposition, il s'agissait du tout dernier modèle dévoilé l'an dernier. Soit la version LP 570-A Superleggera dont le poids a été réduit à 1340 kg, ce qui en fait le modèle le plus léger dans la catégorie. Nos Gallardo sont propulsées par un moteur V10 de 5,2 litres produisant 570 chevaux qui permet de boucler le 0-100 km h en 3,04 secondes tandis que la vitesse de pointe est de 225 km/ h.

Un petit tour de bolide

Bien entendu, l'essai d'une grande sportive roulant en convoi derrière une voiture de police n'est pas la recette pour se payer des sensations fortes. Quoi qu'il en soit, la seule vue de cette voiture et le fait de prendre place à bord valait quasiment le voyage à lui seul. Je n'ai pas choisi, mais je me suis retrouvé au volant d'une voiture de couleur orange avec l'intérieur noir. Les sièges baquet ne sont ajustables qu'horizontalement, donc pas question d'incliner le dossier ou de jouer avec le réglage du siège. Mais avant d'y prendre place, il faut faire preuve d'une certaine souplesse car l'ouverture de la portière est relativement petite et il faut vraiment se pencher la tête en avant pour prendre place à bord. Une fois assis, il faut ensuite trouver le moyen de faire pénétrer ses jambes dans l’habitacle. Ce ne fut pas trop compliqué et lorsque j’ai réussi à glisser mes souliers de taille 46 dans l'espace réservé au pédalier, je dois avouer que c’était pas mal confortable. De plus, il est possible de régler le volant en hauteur et en profondeur, ce qui permet de trouver une bonne position de conduite.

La Gallardo est dotée d'une transmission semi-automatique avec embrayage hydraulique géré électriquement comme sur les voitures de Formule un. Ce qui explique pourquoi cette boîte de vitesses ne possède pas de position P comme sur une transmission automatique normale. Pour passer au point neutre, il faut tirer simultanément les de palettes de passage des vitesses vers le volant pour accéder à ce rapport. Quant à la marche arrière, on l'active à l'aide d’un bouton placé à l'extrémité gauche de la planche d'abord. Trois réglages sont disponibles pour cette transmission : sport, automatique et course. Vous l'aurez deviné, en mode automatique, le passage des rapports s’effectue … automatiquement. Mais vous pouvez toujours intervenir à l'aide des palettes de commandes. À ce moment, la transmission devient  manumatique et vous contrôlez les passages de rapports. Quant au réglage sport, les rapports sont nettement plus espacés et lorsqu'on rétrograde, la transmission effectue le blip automatiquement. Enfin, la version course optimise les réglages sport.

Contrairement aux anciennes Lamborghini Countach et Diablo dont la visibilité arrière était quasiment inexistante, la Gallardo se mérite une excellente note à ce chapitre. En effet, les rétroviseurs extérieurs sont de bonnes dimensions, faciles à régler et à consulter. Quant au rétroviseur central intérieur, sa consultation est efficace car la lunette arrière est tout de même assez grande. Soulignons également que depuis que la marque Audi a pris la gérance de Lamborghini lorsque cette marque prestigieuse a été achetée par le groupe Volkswagen, la qualité de la finition intérieure et des matériaux utilisés est de loin supérieure. On y retrouve même un système audio tout de même intéressant et une climatisation efficace.

Bref, c'est dans un habitacle confortable et capable d'accueillir des personnes de grande taille que nous lançons le moteur. Comme dans bien d'autres voitures, il suffit de tourner la clé de contact pour que le V10 rugisse avec une sonorité qui plaira aux amateurs du genre.
Après quelques minutes d’attente, la voiture de tête s’avance et les autos qui me précèdent font de même. J’appuie donc sur le bouton A pour passer en mode complètement automatique, histoire de trouver mes repères. Contrairement à d’autres autos qui sont très nerveuses à ce chapitre, il faut appuyer passablement fort sur l'accélérateur pour que la voiture s’ébranle. Puis, une fois en route, les accélérations ne se font pas attendre. Bien entendu, il a fallu passer devant le policier qui faisait la circulation sans trop appuyer sur l'accélérateur. En route, j’essaie les freins et ceux-ci tardent beaucoup à réagir. Ce qui est normal puisque les disques de freins en céramique nécessitent un certain réchauffement avant que l'on puisse profiter de leur efficacité. Pour le reste aucun problème même si le passage des rapports en mode automatique n'est pas exemplaire avec un certain temps d'hésitation. Il faut donc accélérer vigoureusement pour éliminer ce temps de réponse. Une autre solution, c'est bien entendu de procéder à l'aide des palettes de commandes montées sur le volant.

Après quelques kilomètres sur une route principale, nous tournons à gauche et empruntons une route secondaire dont la limite de vitesse est de 60 km/h. Grâce à la présence de la Lamborghini policière à l'avant, les voitures accélèrent franchement et un coup d'œil à l'indicateur de vitesse me permet de réaliser que je roule à plus de 160 km/ h et ce sur une route relativement étroite. Puisque la voiture devant moi continue d'accélérer, j’appuie encore sur l’accélérateur pour finalement atteindre 195 km/ h. C’est rapide, mais elle est capable de 100 km/h de plus ! À tout près de 200 à l’heure, la voiture est stable, la direction est précise et d'une assistance qui est ni trop lourde, ni trop assistée.

Un changement de direction nous entraîne sur une route relativement sinueuse et la voiture avale les courbes sans coup férir. Je me prends à songer que si j'étais seul, que si je roulais sur une route un peu plus large et totalement dénuée de trafic et que si je pouvais une fois de plus bénéficier de la protection de la police, les performances seraient grisantes à tout le moins.

Malgré tout, l'expérience s’avère intéressante et très concluante. Contrairement à certaines Lamborghini essayées par le passé, la voiture est nettement plus homogène tant au chapitre de la finition, du comportement routier, de l'agrément de conduite et du raffinement de la mécanique.

En dépit de la silhouette quasiment lunaire, de la construction ultralégère et du puissant V10 de 570 chevaux de la Gallardo, je dois avouer que j'opterais pour une Audi R8 équipée du même moteur. L’allemande me semble davantage intéressante pour une conduite de tous les jours tout en bénéficiant de performances quasiment identiques.

Finalement, après quelques autres kilomètres et après avoir franchi quelques intersections bloquées par les agents de la Polizia Stradale, nous revenons sagement à l'usine pour remettre les clés de notre bolide aux responsables de l'événement... en espérant avoir la chance de bénéficier d'une occasion semblable dans un prochain avenir.

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