Kia Borrego, le soleil se lève en retard

Tel que publié dans le Guide de l'auto 2009

Durant les années 30, Chrysler lançait une série qui, selon les prévisions de l’entreprise, allait révolutionner le monde de l’automobile. Mais l’Airflow, avec ses lignes aérodynamiques, était vingt ans en avance sur son temps. Résultat : personne n’a voulu de cette voiture bizarre. C’est à l’Airflow que je pensais en faisant l’essai du Kia Borrego, un très bon véhicule. Le malheur de ce VUS intermédiaire c’est d’arriver trop tard, lui ! Alors que Chevrolet et Ford, passés maîtres dans l’art du VUS, réduisent la cadence faute d’acheteurs, on voit mal qui pourrait avoir besoin de ce Kia.

Ce VUS intermédiaire à sept places, construit sur un châssis à échelle comme les camions, arrive alors que la ten- dance actuelle évolue vers le marché des multisegments, des VUS moins prompts à quitter la route et offrant un confort aussi relevé que celui d’une berline de luxe. Car, on dira ce qu’on voudra, seulement une infime partie des acheteurs de VUS va jouer dans la boue ou remorque de lourdes charges. Et voilà que la crise des prix de l’essence vient perturber ce marché il n’y a pas si longtemps prometteur des multisegments…

Un deuxième VUS intermédiaire pour Kia

Le Kia Borrego (borrego signifie, selon Kia, cornes de bélier en espagnol) est un véritable utilitaire. Ses dimensions, tout en étant plus généreuses, le rapprochent du Sorento, un autre VUS intermédiaire de Kia. Les compétiteurs directs du Borrego sont les Toyota 4Runner, Nissan Pathfinder et Jeep Grand Cherokee même si Kia le compare aussi aux Ford Expedition et Dodge Durango, plus gros et plus dispendieux.

Le Borrego propose deux moteurs. On retrouve tout d’abord un V6 de 3,8 litres de 276 chevaux et 267 livres-pied de couple, marié obligatoirement à une transmission automatique à cinq rapports. Il y a aussi un V8 de 4,6 litres développant 337 chevaux et 323 livres-pied de couple, associé à une automatique à six rapports. Alors que les Américains ont le choix entre le modèle deux roues motrices (propulsion) et 4x4, les Canadiens ne peuvent se procurer que cette dernière version. Dans la version de base (LX), le rouage intégral permet de rouler en mode deux roues motrices (2HI) et quatre roues motrices (4HI et 4LO). La version EX, plus luxueuse, reçoit un rouage qui ajoute un mode auto. Sur ce mode, le rouage se comporte comme une intégrale qui distribue le couple selon les besoins et de façon tout à fait transparente.

Lors de la présentation du Borrego, les dirigeants de Kia nous ont emmenés dans des sentiers relativement faciles pour un 4x4. Le véhicule s’y est amusé comme un enfant sautant à pieds joints dans un trou d’eau. Nous avons ainsi pu vérifier l’extrême solidité du châssis.

Pendant cette journée d’essai, nous avons aussi pu tirer un bateau d’environ 4 000 livres (1 814 kilos) avec un Borrego à moteur V6. Même si les capacités de remorquage donnent ce modèle bon pour 5 000 livres (2 268 kilos), il ne fallait pas détenir un doctorat en ingénierie pour constater que dans les côtes, le V6 peinait beaucoup. D’ailleurs, après notre randonnée d’environ 75 kilomètres, l’ordinateur de bord affichait une moyenne de 21,9 litres aux cent kilomètres ! Heureusement, il s’agit d’essence régulière. Le V8, lui, peut remorquer jusqu’à 7 500 livres (3 400 kilos). Même si le V6 semblait dépassé par les événements avec un bateau derrière, c’est le moteur à privilégier si vous n’avez pas à transporter de lourdes charges. Ses prestations sont très correctes compte tenu de la masse à déplacer (plus de 2 000 kilos). Bien entendu, le V8 procure des accélérations et reprises plus dynamiques au détriment de la consommation.

Des plus et des moins

Le Kia Borrego est un véhicule sept places. D’ailleurs, l’espace habitable ne manque pas. Par contre, celui dédié aux bagages, lorsque les trois rangées de sièges sont relevées est assez modeste. À l’avant, le tableau de bord des versions LX est invariablement noir et immanquablement tristounet. Les modèles EX, eux, ont droit à un gris souris plus vivant mais la qualité des plastiques est aussi désolante, peu importe la couleur. Les espaces de rangement sont nombreux et on compte, sur la console, des prises auxiliaires et USB. On ne retrouve aucun système de navigation, même en option, ce qui se justifie par des prix qu’on a voulus le plus bas possible. Les sièges avant sont confortables mais j’ai eu un peu de difficulté à trouver une bonne position de conduite. Si le volant avait été ajustable en profondeur, aussi… Les sièges de la deuxième rangée sont faciles d’accès et confortables.

L’espace disponible ne fait pas défaut mais la place centrale, comme tant d’autres places médianes, est très dure. Quant aux sièges de la troisième rangée l’accès, le confort et l’espace sont convenables. Lorsque cette rangée est abaissée (de façon 50/50), le fond du coffre est en partie fait d’un plastique dur qui s’égratigne juste à le regarder. Il est aussi possible de baisser les dossiers des sièges de la deuxième rangée pour se retrouver avec un espace de chargement de 1 675 litres, ce qui, curieusement, n’est pas très élevé. Pourtant, de visu, on lui en aurait donné bien plus. Comme mentionné au début de cette analyse, le Kia Borrego est loin d’être un mauvais véhicule. Sauf que le marché dans lequel il évolue fond comme neige au soleil. Dans ces conditions, il devrait être très difficile pour Kia d’écouler au Canada les 200 unités prévues mensuellement…  

FEU VERT

Design agréable
V6 bien adapté (sauf si remorquage)
Bonnes capacités hors route
Prix bien étudiés
Sièges confortables

FEU ROUGE

Véhicule peu adapté au marché
Moteur V8 gourmand
Plastiques désolants
Transmissions un peu lentes
Suspensions dures

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