Land Rover Range Rover, un sceptique confondu

Tel que publié dans le Guide de l'auto 2003

Passons tout de suite aux aveux ! Primo, je déteste les véhicules utilitaires sport et, secundo, je n'ai jamais été très entiché des produits Land Rover. J'ai même écrit dans le passé de très vilaines choses au sujet de leur piètre rapport qualité/prix. Mais, comme il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'idée, je dois dire que j'ai été passablement impressionné par le nouveau Range Rover 2003. Je ne suis pas devenu pour autant un adepte des VUS et ma passion pour les automobiles sportives et performantes demeure intacte. J'admets volontiers toutefois que l'on puisse éprouver un certain plaisir à rouler dans un 4X4 aussi somptueux que le Range Rover de 3e génération.

Fidèle à sa réputation, Land Rover avait sorti sa grande machine à impressionner pour nous permettre d'étrenner son dernier rejeton dans une mise en scène spectaculaire. « La vie de château dans le nord de l'Écosse » aurait très bien pu résumer le programme de deux jours mis sur pied par le service des relations publiques de la marque anglaise. Premier arrêt : la base aérienne ARRC Kinloos, où, après une brève initiation au véhicule, notre feuille de route nous commande d'effectuer tout de go un virage à droite. Le hic, c'est que le hangar d'où nous venons de sortir se trouve justement à notre droite. On ne peut tout de même pas passer par-dessus me disais-je? jusqu'à ce que j'aperÇoive un panonceau aux couleurs de Land Rover pointant dans cette direction. Qu'à cela ne tienne, nous voilà en train d'escalader le toit en demi-cercle d'un hangar camouflé sous une épaisse couche de terre afin d'échapper au repérage du haut des airs en temps de guerre. Le Range Rover s'en tire justement avec les honneurs de la guerre et vient de marquer le premier point d'une épreuve qui n'est qu'un pâle aperÇu de ce qui nous attend au cours des prochaines heures. Des pentes abruptes en plein c?ur de la forêt, des descentes à pic, des rigoles boueuses et une impressionnante série d'obstacles franchis sans le moindre effort finiront par me convaincre que le Range Rover est un redoutable engin que la nature la plus coriace est incapable de stopper.

Du sang germanique

J'attendais la suite pour me convaincre que toutes ces prouesses hors route avaient un prix et que notre mastodonte aurait bien de la difficulté à conserver la tête haute à 120 km/h sur des chemins publics. Mais j'anticipe un peu sur le programme et j'oublie surtout de faire les présentations.

Avant de revenir aux impressions de conduite, faisons brièvement le tour du propriétaire du nouveau Range. Première chose importante à souligner, cet utilitaire sport haut de gamme est une création germano-britannique puisque sa conception remonte à l'époque où BMW était propriétaire du groupe Rover. Depuis, la division Land Rover est passée sous le grand chapiteau de Ford où elle fait partie du Premier Automotive Group (PAG) au sein duquel se retrouvent également Volvo, Jaguar et Aston Martin. Tous ces remaniements sont porteurs de bonnes nouvelles et il est permis de croire que les nouveaux modèles issus de ces partenariats bénéficieront d'une qualité de fabrication améliorée. Chose certaine, les Range Rover 2003 essayés en Écosse ont fait preuve d'une robustesse rassurante et, croyez-moi, rien n'a été épargné pour faire ressortir d'éventuelles faiblesses. Malgré de longues excursions hors route sur des sentiers impitoyables, aucun des sept Range Rover soumis aux pires excès des journalistes présents n'a subi la moindre défaillance. Si l'on ajoute à cela un agrément de conduite jusqu'ici impensable pour ce type d'engin, on comprendra mieux ma volte-face vis-à-vis du porte-étendard de Land Rover.

Son moteur V8 de 4,4 litres et 282 chevaux est pétant de santé et fait rudement contraste avec l'antiquité qui traînait péniblement l'ancienne carcasse du Range Rover. Le contraire serait étonnant compte tenu que ce groupe propulseur, jumelé à une transmission automatique séquentielle à 5 rapports, provient de chez BMW où il a la tâche d'animer la X5 et diverses berlines aux performances bien aiguisées.

Ajoutons que ce nouveau modèle n'a rien en commun avec l'ancien, si ce n'est un air de famille assez prononcé. Les lignes sont élégantes et sans artifice, hormis peut-être les ouïes latérales sur les ailes avant et des phares à vitrage clair. Si la silhouette cubique paraît un peu sévère, la présentation intérieure en revanche est plus réjouissante grâce à un heureux mélange de cuir, de bois mat et de métal. Un peu plus et l'on se croirait au volant d'une Audi. Et l'ergonomie, si souvent incongrue dans les créations anglaises, est sans reproche majeur. Même dans un véhicule avec conduite à droite, je m'y suis trouvé à l'aise après quelques heures au volant.

Une technique d'avant-garde

Pour verser dans les détails plus techniques, soulignons que le Range Rover 2003 a tout ce qu'il faut pour affronter les pires conditions de conduite imaginables. Il peut compter sur une pléthore de systèmes de contrôle à commande électronique : contrôle d'adhérence en descente (Hill Descent Control), de la traction aux quatre roues, de la stabilité dynamique et de la répartition du freinage. Le freinage, incidemment, est assuré par quatre disques et bénéficie en outre de l'ABS ainsi que d'un système d'assistance spécial pour les arrêts d'urgence. Et comme tout 4X4 qui se respecte, le Range possède une boîte de transferts offrant deux gammes de rapports de vitesse (High et Low Range) que l'on peut sélectionner sans avoir à immobiliser le véhicule.

En complément, la suspension pneumatique à gestion électronique permet de régler la hauteur du véhicule selon les besoins du moment. Pour aider madame à monter à bord, le Range s'abaisse de 60 % tandis que le même système, combiné à des suspensions à grand débattement, autorise une garde au sol de 27 cm, ce qui s'avère très utile, croyez-moi, quand vient le moment de traverser une rivière. D'ailleurs, à l'orée des passages les plus ardus, les gens de Land Rover avaient affiché les recommandations suivantes : « Raise Suspension », « Use Low Gear » et « Engage Hill Descent ». Ce dernier système, déjà utilisé antérieurement, procure une tranquillité d'esprit certaine aux conducteurs peu familiers avec les subtilités de la conduite hors route. Au sommet d'une pente particulièrement à pic et glissante, il suffit d'enclencher le Hill Descent et de laisser le véhicule faire le reste. C'est à peine s'il faut toucher le volant pour maintenir le véhicule dans la bonne direction.

La vie de château

Après toutes ces émotions, c'est la vie de château qui attendait nos coureurs des bois. Construit il y a une centaine d'années par le magnat de l'acier Andrew Carnegie, le Skibo Castle n'est pas un hôtel mais une résidence de premier choix que l'on a transformée en club privé. Avant que Land Rover nous invite à y passer deux jours, le château avait été témoin de la réception de mariage de Madonna et, plus récemment, du couple Ashley Judd-Dario Franchitti. Mais, trêve de mondanités et revenons à nos moutons d'Écosse.

Avec sa nouvelle suspension arrière à roues indépendantes, le Range Rover a aussi fait d'immenses progrès au chapitre du confort et de la tenue de route. Ce fut d'autant plus évident pour moi que j'avais conduit le Cadillac Escalade EXT pendant toute la semaine ayant précédé mon essai du Range Rover. Ce dernier absorbe les inégalités du terrain avec toute la souplesse (enfin presque) d'une berline de luxe.

À ce propos, Bob Dover, le président de Land Rover, affirme que ce nouveau modèle est suffisamment luxueux et sophistiqué pour rivaliser non seulement avec les utilitaires sport haut de gamme mais également avec les Mercedes de Classe S ou BMW de Série 7. Chose certaine, son prix estimé à 100 000 $ le place en concurrence directe avec les prestigieuses berlines allemandes. L'absence de bruits de caisse et le comportement routier très satisfaisant notés lors de l'essai résultent en bonne partie de l'utilisation d'une nouvelle structure monocoque à châssis intégré dont la rigidité dépasse celle de l'ancien modèle de 240 % (sic).

Un poids lourd

Malgré une utilisation intensive de l'aluminium dans la construction du nouveau Range Rover, celui-ci a pris du poids et dépasse désormais la barre des 5 000 livres (2 272 kg). En revanche, il peut remorquer jusqu'à 3 493 kg. Cet embonpoint, fort heureusement, n'est nullement détectable sur la route ou même dans les raidillons que nous avons dû affronter sur les terrains d'une superbe ferme, Novar Wind Farm, dans la région de Dornoch en Écosse. Sur le chemin du retour vers l'aéroport militaire de Kinloss où nous attendait le jet privé devant nous ramener à Londres, j'ai profité des petites heures du matin pour pousser le Range Rover à la limite dans les nombreux round abouts (ronds-points). Les flaques d'eau ont fait ressortir la faible résistance des pneus à l'aquaplanage mais, hormis ce détail, la tenue de route s'est révélée plus que satisfaisante avec un roulis minimal. Un dernier coup d'?il à mon carnet de notes me rappelle que le nouveau Range est peu sensible au vent latéral et d'une grande stabilité à haute vitesse. En plus, le système de contrôle de la stabilité a prouvé sa grande efficacité lorsque le véhicule est sorti des ornières d'un sentier. Le dérapage imminent a été rapidement anéanti par le système.

Parmi les autres petits détails relevés au cours de l'essai, mentionnons la fermeté de la banquette arrière, un dégagement pour la tête insuffisant pour les grandes tailles, l'absence d'une poignée pour refermer le hayon ou la lunette arrière, la lenteur des glaces électriques et l'affichage des rapports de la boîte de vitesses qui prête à confusion parce qu'il est placé juste à côté du levier de la boîte de transferts.

Ajoutons à tout cela un moteur très en verve, une direction juste à point et un freinage sans heurt et il n'en faut pas plus pour conclure que cette 3e génération du Range Rover (le modèle n'a été remanié que 3 fois en 30 ans) est à des années-lumière des précédentes versions. Je serais même enclin à croire que les gens de Land Rover ont tout à fait raison lorsqu'ils parlent de ce nouveau modèle comme d'un crossover. C'est en effet une belle synthèse d'un utilitaire sport, d'une familiale, d'une fourgonnette et, il faut bien l'avouer, d'une berline de grand luxe. Quel revirement de Land Rover? et d'un chroniqueur qui n'avait jamais été un grand ami de la marque.

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