Smart Fortwo, plus grande que nature

Tel que publié dans le Guide de l'auto 2010

Sur n’importe quel autre véhicule, les tares qui affectent la Smart Fortwo seraient impardonnables. Suspension « brasse-camarade », direction sans assistance pour le modèle de base, puissance minuscule (pour ne pas dire minus!), boîte de vitesse s’inspirant d’une chaise berçante… Mais sur la Smart, non seulement accepte-t-on ces vices avec le sourire, on trouve même qu’ils font partie de son charme!

Mine de rien, n’eût été de Mercedes Canada, jamais la Smart ne serait débarquée en Amérique du Nord. Heureusement, l’insistance de ceux qui croyaient en la petite citadine a fait en sorte que la Smart célèbre, cet automne, son cinquième anniversaire en sol canadien. Pour qu’elle soit viable au Canada, la Smart devait trouver 1500 preneurs en trois ans. Imaginez : en cinq ans, elle en a trouvé dix fois plus… C’est que les gens accrochent à la petite silhouette sympathique, même encore aujourd’hui. Et les blagues fusent : « Où avez-vous mis l’autre moitié? » Qu’on se le tienne pour dit, on n’en a pas besoin, de cette « autre moitié ». Les deux places sont plus généreuses en dégagement aux jambes et à la tête que des voitures pas mal plus grandes. En fait, ce n’est que lorsqu’on émerge de l’habitacle qu’on réalise que la « bibitte » est vraiment petite. Aussi, il est toujours surprenant de voir ce qu’on peut loger derrière les sièges, au-dessus du compartiment moteur : 340 litres jusqu’au toit, c’est autant que dans le coffre d’une berline Civic, ça.

Dans les petits pots…
La Smart est une bien belle preuve que l’on retrouve les meilleurs onguents dans les plus petits pots. Sa finition intérieure est soignée, les matériaux sont de belle facture et durables. À première vue, les sièges, peu rembourrés et d’ajustements limités, semblent inconfortables, mais allez savoir pourquoi, on roule des heures sans rechigner. Aussi, la sécurité est complète avec les freins ABS, la cage Tridion et le système de stabilité. Ce dernier n’accepte malheureusement pas d’être désactivé, question de faciliter les manœuvres hivernales. Par contre, les panneaux de carrosserie en polymère sont l’idéal pour survivre à nos contrées nordiques.

La première génération de Smart, qui roulait au diesel, profitait d’un tableau de bord pour le moins « hip-hop ». La nouvelle génération, qui est servie depuis 2008, fait un peu plus quelconque. Derrière cette banalisation, il y a cette entrée de la Smart aux États-Unis, où plusieurs Américains ne bouclent pas leur ceinture. Il a donc fallu couper dans les angles. Par contre, on a conservé les sièges surélevés (de 200 mm par rapport aux voitures traditionnelles), ce qui assure aux occupants une position « au-dessus de leurs affaires ». Nombreux sont ceux qui disent ne pas vouloir se trouver à bord d’une Smart en cas d’accident. À ceux-là, je veux répondre que de toute façon, on n’a pas envie d’être ni dans une sous-compacte, ni dans une compacte lors d’une collision. Cela dit, la Smart a le mérite d’offrir une cage de sécurité Tridion et d’acier haute résistance. Aux tests de collision de l’américaine Insurance Institute for Highway Safety, elle fait aussi bien que les Yaris et Fit, et pas mal mieux que les Accent et Aveo.

Mieux vaut se gâter

Sur la route, la Smart, haute sur pattes et toute légère de 820 kg, est intimidée par les coups de vent. Il faut empoigner fermement son volant, sinon c’est la déportation. Dommage que les commandes audio ne soient toujours pas au volant; elles auraient permis de conserver les mains solidement plantées là où elles doivent se trouver. Sur la variante de base (Pure), la direction n’est pas assistée et requiert de l’huile de bras en stationnement. Mieux vaut alors choisir une version avec assistance — la Passion ajoute le toit panoramique et les sièges chauffants. L’écart de prix en vaut la peine : les manœuvres sont assurément plus aisées et la conduite générale s’assouplit de belle façon. Mais qu’importe la variante, les petites dimensions sont faciles à faufiler (on aime la délinquance des stationnements perpendiculaires!) et la vision est excellente aux quatre coins. Bref, on a l’impression de faire corps avec la voiture.

Avec son moteur (à essence) trois cylindres d’un seul litre pour 70 chevaux, la Smart met… 13,3 secondes à effectuer le 0-100 km/h. Les dépassements ne sont certes pas des plus dynamiques, mais au moins sont-ils permis — ce qui n’était pratiquement pas le cas avec l’ancienne génération diesel! On peut efficacement aider la voiture à se magner en passant soi-même les cinq rapports de la boîte automatique. On réussit alors à réduire de beaucoup le mouvement de berçante entre chaque passage. Parce qu’on a souvent recours à ce mode manuel, mieux vaut choisir une version équipée des sélecteurs au volant.

Malgré sa propulsion, une architecture généralement réservée aux sportives, la Smart n’est pas la championne de la vélocité. Elle a beau pouvoir rouler jusqu’à 145 km/h, une telle vitesse est à déconseiller, sa suspension réagissant trop fortement aux cahots. Cette suspension mériterait de gagner en souplesse, ce qui compenserait le très petit empattement. Au lieu de quoi, nos routes défoncées lui donnent pas mal de fil à retordre. Enfin, le freinage est difficile à moduler.

En dépit de ces reproches, allez savoir pourquoi, la Smart vient nous chercher le plus grand des sourires. Outre sa bouille sympathique et son habitacle plus spacieux qu’escompté, elle a un petit quelque chose qui fait qu’on lui pardonne tout — encore plus en variante décapotable, avec ce toit qui accepte de se dérouler en d’infinies positions. Si on l’aime tant, la Smart, c’est peut-être pour ses passages à la pompe, toujours source de rigolades : à peine 33 litres et le compte y est! Avec sa consommation combinée de 5,4 L/100km, la Smart fait mieux que la plupart des voitures sur le marché, hybrides y comprises.

Feu vert

Habitacle étonnamment spacieux
Voiture hautement recyclable (à 95 %)
340 litres de chargement : quand même!
Sécurité complète
Très peu gourmande (5,4 L/100km)

Feu rouge

Silhouette qui prend dans le vent
0-100 km/h en 13,3 secondes…
Toujours pas de commandes audio au volant
Système de stabilité qui ne se désactive pas
Direction non assistée (modèle de base)

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