Chrysler 300 M, tout pour vous plaire ?

Tel que publié dans le Guide de l'auto 2003

Accueillante (ouvrez les portes pour voir) et juste assez racée, la 300 M a tout pour plaire. Elle plaît d'ailleurs beaucoup, même s'il y a beaucoup à voir ces jours-ci chez la compétition. La preuve : son nom demeure toujours scotché au sommet des ventes de sa catégorie. Pour y demeurer, la direction de DaimlerChrysler a donné naissance à une 300 M Special? Un nouveau suffixe qui tente d'allumer les amateurs de berlines sport et de fermer les bouches de ceux qui, hier encore, l'accusaient d'être une pâle imitation de la 300 M originale.

Sans être aussi « bien portante » que sa bourgeoise de s?ur, la Concord, la 300 M n'est pas une maigriotte, loin de là. Pourtant, à la regarder, on ne dirait pas qu'elle est presque aussi longue qu'une limousine, tant sa silhouette paraît dynamique. Plus étonnant encore, la 300 M n'a, depuis sa présentation il y a cinq ans, fait l'objet d'aucune chirurgie esthétique majeure. En fait, seules les jantes et la palette de couleurs ont été modifiées au fil des années. Et l'année 2003 ne fait pas exception à la règle : de nouvelles roues (elles comptent dix rayons au lieu de sept) et quatre nouvelles teintes font leur apparition au catalogue.

Aussi subtiles sont les transformations apportées à l'intérieur. Tous les occupants apprécieront que six et non plus quatre de leurs opus préférés puissent trouver refuge dans le changeur de disques compacts. Oui, sauf peut-être le passager avant qui lui, se demandera s'il ne fait pas les frais de ce nouvel ajout. Et pour cause, non seulement le barillet de serrure de « sa » porte a été supprimé, mais son baquet compte deux réglages en moins (quatre au lieu de six).

Quelques rides

Cela dit, en matière d'élégance, la 300 M commence à montrer son âge. Certains matériaux utilisés dans la confection du tableau de bord n'ont ni l'apparence ni le toucher constatés chez la concurrence. Il faut en effet plus qu'une large bande de bois (du faux, naturellement) pour créer une atmosphère de richesse. Sa seule richesse, elle s'observe derrière la petite lucarne où patinent des aiguilles sur des nombres sérigraphiés à l'ancienne sur un fond blanc immaculé. Considérant l'image sportive qu'elle cherche à dégager, on se désole que l'indicateur de vitesse de la 300 M s'arrête à un timide 200 km/h (240 km/h dans le cas de la 300 M Special) et que le frein d'urgence ne s'actionne que du bout des doigts? de pied.

Le volume intérieur demeure, pour tout dire, le seul domaine où la 300 M ne porte pas flanc à la critique. Spacieuse et confortable comme pas une, cette Chrysler accueille cinq adultes (et leurs bagages) sans que ceux-ci aient à jouer du coude. Y a-t-il une de ses concurrentes qui ait l'audace de prétendre faire mieux ?

Une sportive timide

Sous le capot de la 300 M, on retrouve toujours le même V6 à simple arbre à cames en tête de 3,5 litres qui, dans la Special, délivre 5 chevaux et 3 lb-pi additionnels. C'est maigre, vous en conviendrez, et coûteux aussi, puisque DaimlerChrysler a le culot de recommander aux acheteurs de la Special de l'abreuver avec de l'essence super, histoire d'obtenir « un meilleur rendement ». Cinq chevaux de plus, cinq chevaux de moins, quelle différence ? Bien malin qui pourra la discerner. Surtout que toute cette puissance est transmise au sol via la vétuste transmission semi-automatique à 4 rapports (Autostick) qui ne contribue en rien à rehausser l'image sportive que cherche à véhiculer la 300 M. Peut-être que si la commande de passage des vitesses avait été dupliquée au volant, on éprouverait plus de plaisir qu'à baratter de gauche à droite (une man?uvre déjà inhabituelle) le levier de vitesses. Puisque ce n'est pas le cas (dans une autre vie, peut-être ?), on se lasse rapidement, si bien qu'on finit par le stationner de manière définitive en position D.

À défaut d'imprimer nos vertèbres dans ses baquets, la 300 M Special a le mérite de nous étonner par son comportement routier. Alors que la version de base nous donne l'impression d'être aux commandes d'une saprée grosse berline, la Special se montre, elle, plus athlétique. Certes, elle finira bien par sous-virer elle aussi, mais les limites d'adhérence mettent plus de temps à se manifester. Comment est-ce possible ? Simple, les ingénieurs ont eu recours à la quincaillerie habituelle : suspension raffermie (lire plus sèche), pneus à taille basse (il s'agit ici de 18 pouces) et direction un brin plus lourde, mais plus directe pour établir la meilleure connexion possible entre la route et le volant. Seul hic, le peu d'utilité (et que dire des grincements !) de l'antipatinage, qui ne fonctionne qu'à très faible vitesse. En revanche, les freins se révèlent une agréable surprise et immobilisent la 300 M sur une distance raisonnable.

Cela dit, sur un long et monotone ruban d'asphalte, qu'elle soit Special ou non, la 300 M fait preuve d'une grande stabilité et d'une prédisposition certaine à avaler, sans effort, les kilomètres qui s'allongent devant elle. En résumé, la 300 M n'a ni le raffinement, ni l'agilité, ni le tempérament de ses rivales européennes ou japonaises. Pis encore, sa valeur de revente n'est, elle non plus, pas exceptionnelle. Mais qu'à cela ne tienne, DaimlerChrysler se fait un devoir de nous rappeler que sa 300 M se vend beaucoup moins cher que ses rivales et est aussi beaucoup plus spacieuse pour vos passagers et leurs bagages. Un argument qui ne manque pas de poids et qui explique, en partie, pourquoi nous croisons autant de 300 M sur nos routes.

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