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Dodge Charger SE et Magnum XE 1975-79 : les oubliées

Lorsqu’on vous parle de Dodge Charger, vous pensez immédiatement à un coupé orange 1969 en plein saut avec le conducteur criant « Yiaaaaah !», à une poursuite avec une Mustang dans les rues de San Francisco ou bien aux berlines modernes apparues dans « Rapides et dangereux 5 ». Mais vous ne pensez certainement pas à un coupé personnel de luxe de la seconde moitié des années 70. Corrigeons cet oubli.

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Comme cela vient d’être mentionné, la Charger a capturé l’imaginaire des réalisateurs de cinéma et télévision mais aussi du public. La folie des pony cars bat son plein depuis le lancement de la Mustang le 17 avril 1964. Mais, Chrysler possède déjà une concurrente, la Plymouth Barracuda, lancée 16 jours plus tôt que la Ford. C’est pourquoi la Charger originale est plutôt envisagée comme une concurrente de la Thunderbird. La première génération est introduite en 1966 et sera produite à 53 132 exemplaires en seulement deux millésimes. Le modèle 1968-70, avec 235 580 exemplaires, réalisera de bien meilleurs chiffres, notamment grâce à son style très inspiré, sa large offre de moteurs (dont le fameux Hemi 426 pc) et sa mythique version Daytona.

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Photo: Dodge

Pour 1971, Dodge revoit sa gamme intermédiaire et redessine la Charger. Les lignes sont plus courbes et le pilier C est plus massif. Les options de performances ne manquent pas et l’auto est bien accueillie. Mais les difficultés s’accumulent tranquillement : création de l’EPA (Environmental Protection Agency) fin 1970, durcissement du Clean Air Act, nouvelles normes de sécurité, augmentations importantes des primes d’assurance pour les véhicules de performances… Le moteur Hemi ne survivra pas après le millésime 1971. Dès 1973, Dodge opère un virage vers le luxe en lançant la version SE (pour Special Edition). Et si cela ne suffisait pas, le premier choc pétrolier démarre en octobre 1973!

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La troisième génération de Charger termine sa carrière à la fin du millésime 1974, après 277 026 exemplaires produits. C’est un beau résultat pour Dodge mais, clairement, le vent a tourné et la marque doit s’ajuster.

Photo: Dodge

Plus de confort, moins de sportivité

Les travaux concernant le remplacement de la troisième génération de Charger commencent en août 1972. Il est décidé de suivre la tendance et de transformer le modèle en un coupé personnel de luxe après l’impressionnant succès des Pontiac Grand Prix en 1969 et de la Chevrolet Monte Carlo en 1970. À ce moment, deux modèles sont développés : un pour Dodge et un autre pour Plymouth (les noms Sebring, Premier ou Grand Era ont été envisagés). Ils reposent toujours sur la plateforme B (B-body) des intermédiaires (Coronet chez Dodge). Le studio de design des B-body est dirigé par Allan Kornmiller. Des proportions classiques sont choisies. L’avant, apparemment inspiré par Jaguar, est dû au designer Jack Crain alors que les flancs, délicatement sculptés, sont signés Steve Bollinger. Les autos ont encore un empattement de 115 pouces mais voient leurs dimensions légèrement altérées par rapport au modèle 1974.

Photo: Dodge

Puis arrive la crise du pétrole d’octobre 1973. Chrysler, qui vient de lancer sa nouvelle génération de modèles pleine grandeur plus gros, est du jour au lendemain la risée du secteur. La marque n’a pas grand-chose pour réagir face aux nouvelles réalités du marché. En un claquement de doigts, la Plymouth devient une Chrysler! La finition et les garnitures sont améliorées, les détails de design sont revus et… la Chrysler Cordoba 1975 est née! Celle-ci connaîtra un succès commercial inespéré pour la marque, qui aurait pu ne pas se relever de cette période tourmentée… déjà! Nous allons y revenir.

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Éditions spéciales… pas si spéciales

Les Dodge 1975 sont introduites en concessions le 1er octobre 1974. La Charger devient alors Charger SE (pour Special Edition). Un seul modèle est offert. Techniquement, il s’agit d’une construction monocoque avec des suspensions avant à barres de torsion longitudinales et arrière à ressorts à lames. Les freins sont à disque à l’avant et à tambour à l’arrière. La seule transmission proposée est la Torqueflite à 3 rapports. Au Canada, cinq moteurs sont disponibles (voir tableau ci-dessous).

Gamme canadienne des moteurs : puissance en chevaux/couple en lb-pi (disponibilité)

Cylindrée

Carburation

Échappement

1975

1976

1977

1978

1979

318 pc (5,2 L)

1x2 corps

Simple

150 / 255 (O)

145 / 250 (S)

145 / 245 (S)

140 / 245 (S)

135 / 250 (S)

318 pc (5,2 L)

1x4 corps

160 / 245 (O)

360 pc (5,9 L)

1x2 corps

Simple

180 / 290 (S)

170 / 280 (O)

160 / 280 (O)

155 / 270 (O)

150 / 265 (O)

360 pc (5,9 L)

1x4 corps

Double

230 / 300 (O)

195 / 280 (O)

400 pc (6,6 L)

1x4 corps

Simple

190 / 290 (O)

205 / 305 (O)

195 / 305 (O)

195 / 305 (O)

400 pc (6,6 L)

1x4 corps

Double

235 / 320 (O)

240 / 325 (O)

(S) : Série

(O) : Option

Les rapports de pont sont de 2,71:1 pour les 318 et 400 pc et de 2,45:1 pour les 360 pc. Dans sa version à double échappement, le 400 pc a encore de quoi intéresser les enthousiastes d’autant que des options comme le différentiel arrière à glissement limité, la suspension renforcée ou le compte-tours sont disponibles. L’équipement de série comprend des sièges baquets avec sellerie en vinyle, la direction et les freins assistés, l’horloge électrique et des roues de 15 pouces montées sur des pneus radiaux. La liste des options contient batterie renforcée, climatisation, console centrale, banquette avec accoudoir, dégivrage électrique de la lunette arrière, ensembles de remorquage léger ou lourd, vitres teintées, radios, régulateur de vitesse, rétroviseurs commandés de l’intérieur, toit en vinyle (demi ou pleine longueur) et toit ouvrant à commande manuelle. Le prix de base est de 4 903 USD/5 748 CAD.

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Photo: Dodge

Toutes les Charger SE, ainsi que les Cordoba, sortent de l’usine de Windsor, en Ontario, qui tourne alors à plein régime. Mais il y a un mais… Ce sont surtout des Cordoba : les Chrysler sont plus de trois fois plus populaires que les Dodge. La Charger SE souffre sur le marché. À cela, il y a plusieurs raisons : la Cordoba est perçue comme plus nouvelle, la Charger SE n’est plus positionnée comme les précédents modèles et cela déstabilise les acheteurs, la Cordoba bénéficie d’une campagne promotionnelle réussie (avec l’acteur Ricardo Montalbán et son fameux cuir souple de Corinthe ou soft Corinthian leather en version originale) et, surtout, avec un prix de 5 072 USD/5 950 CAD, la Cordoba est vue comme une bien meilleure affaire. C’est bien simple, en termes de ventes, face aux offres de Ford (Torino Elite ou Cougar XR-7) et de GM (Monte Carlo, Grand Prix ou Cutlass Supreme), la Charger SE est bonne dernière!

Photo: Dodge

Afin de redorer l’image de son coupé, Dodge présente en mars 1975 l’ensemble Daytona. Il comprend une peinture deux tons, le retrait de l’emblème de capot, une grille noire, des rétroviseurs couleur carrosserie, des roues en aluminium en forme de turbine, un essieu arrière à glissement limité avec un rapport de pont de 3,21:1 et un V8 400 pc. Malgré la bonne volonté de la marque, nous sommes quand même loin du mythique modèle 1969. Rien n’y fera et la production sera en baisse de 37% à la fin de l'année modèle 1975 par rapport à 1974.

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Photo: Dodge

Une petite mort…

Pour 1976, Dodge va compliquer encore un peu plus la situation de la Charger SE comme vous pourrez le lire dans l’aparté en fin de texte. Quant aux nouveautés du millésime, elles sont limitées : V8 318 pc comme moteur de base, ajustement des puissances, grille revue, nouveau volant (inclinable en option pour la première fois) et nouvel ensemble optionnel Brougham. Dans un marché qui se remet peu à peu du choc pétrolier, la production de la Charger SE baisse de 9,9%... alors que celle de la Cordoba progresse encore!

Photo: Dodge

Ce n’est qu’en 1976 que le Guide de l’Auto réalise un essai de la Charger SE (avec un V8 400 pc de 240 chevaux). La visibilité, la finition, le confort et l’insonorisation sont dans la colonne des qualités alors que les défauts sont au niveau de la position de conduite, de l’espace arrière mesuré, du volume du coffre, de la tenue de route (trépidations du train arrière et tenue de cap) ainsi que du freinage peu endurant.

L’essai se conclut par ces mots : « Dans la catégorie des coupés de luxe de la gamme intermédiaire, la Dodge Charger SE ne nous paraît pas aussi bien nantie que ses rivales immédiates. Certes, elle n’est pas dépourvue de qualités (confort, tenue de route sur bon revêtement, finition, habitabilité), mais son agrément de conduite est assombri par une mise au point encore imparfaite. »

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Photo: Dodge

La grille avant est de nouveau revue pour 1977, ainsi que les feux arrière. La séparation des couleurs de l’ensemble Daytona est modifiée et se concentre dorénavant autour des ailes (préfigurant en quelque sorte le style des Magnum XE). Une série limitée Midnight Charger entièrement blanche sera lancée en cours de millésime et ne sera fabriquée qu’à 2 937 exemplaires. Le V8 400 pc à échappement double est supprimé alors que le toit T-Top est disponible contre supplément. Malgré de nouvelles concurrentes qui battent des records de ventes (Ford Thunderbird qui passe sur un châssis d’intermédiaire et Mercury Cougar XR-7), la Charger maintient sa position avec une progression de la production de 0,9%.

Photo: Dodge

Mais c’est trop peu, trop tard. Dodge présente pour le millésime 1978 la Magnum XE pour remplacer la Charger SE… tout en gardant cette dernière au catalogue! Offerte 141 USD de moins que la Magnum, elle vient avec un équipement simplifié. Elle sera produite jusqu’en mars 1978 à 2 800 exemplaires (dont seulement 455 exemplaires après le 1er janvier 1978). Une triste fin pour un nom mythique… enfin, jusqu’à la renaissance en 1982 sur la base traction avant des Dodge Omni.

Photo: Dodge

Mieux que SE, XE!

Nouveau nom, Magnum XE, mais base connue puisqu’il ne s’agit que d’un restylage de la Charger SE. Finis les phares ronds, on passe à des phares carrés placés sous des panneaux en plastique transparent rétractables. Au centre trône une nouvelle grille imposante qui rappelle les Cylons de la série télé originale « Battlestar Galactica », elle aussi lancée en 1978. Le style de cette calandre est dû au designer Carl Cameron. Les ailes ont une nouvelle découpe, plus marquée et qui s’étire sur les portes. Les côtés ont été dessinés par Ken Carlson.

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Photo: Dodge

Enfin, les pare-chocs sont revus, les feux arrière sont aussi redessinés et la plaque d’immatriculation est positionnée différemment. Tout ce qui est au-dessus de la ceinture de caisse reste inchangé. L’intérieur n’évolue guère, à part de nouveaux sièges. La liste des options change peu, le toit ouvrant étant maintenant électrique et la sellerie cuir enfin disponible.

Photo: Dodge

Dès le lancement de la Magnum XE, Dodge annonce l’ensemble GT (pour Grand Tourisme). Il comprend des roues spécifiques, une suspension renforcée, un volant en cuir et des logos GT. Il n’arrivera en fait qu’au printemps 1978. Il équipera environ 1 000 modèles 1978 et 1 670 modèles 1979.

Photo: Dodge

Parmi les changements mécaniques significatifs du millésime 1978, il y a l’ajout d’un verrouillage du convertisseur de couple sur la boîte automatique. Un embrayage mono disque permet un lien mécanique direct entre le moteur et la transmission passé une certaine vitesse. Ceci autorise un gain en consommation d’environ 4% (cette amélioration est également installée sur la Charger SE). Avec un prix de base de 5 448 USD/6 197 CAD, la Magnum XE est plutôt bien accueillie par le public puisque la production monte de 30,3% par rapport à la Charger SE en 1977.

Photo: Dodge

Les modifications sont limitées pour 1979 : grille revue, nouveaux feux arrière, nouvelle peinture deux tons (gris métallique combiné au bleu ou au noir), retrait du 400 pc. Le marché repart à la baisse à cause du second choc pétrolier et la production de la Magnum XE est réduite de 45,2%.

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Photo: Dodge

Dodge Charger SE

Dodge Magnum XE

Chrysler Cordoba

1975

46 821

150 105

1976

42 168

167 618

1977

42 542

163 138

1978

2 800

55 431

108 054

1979

30 354

73 195

Total

134 331

85 785

662 110

La carrière de la Magnum sera de courte durée. Une nouvelle génération de coupés est lancée en 1980 sur la plateforme plus courte et plus légère des LeBaron. La Cordoba reste sur le marché mais la Magnum XE devient Dodge Mirada. Elle ne sera produite que durant 4 ans à seulement 52 947 exemplaires. Ensuite, ce sera le passage à la traction soit avec la plateforme L des Dodge Omni/Plymouth Horizon (les Omni 024 puis Charger) soit avec la fameuse plateforme K des Dodge Aries/Plymouth Reliant (Laser, Daytona et LeBaron). Mais ceci est une autre histoire…

Aparté : Dodge Charger et Charger Sport 1976 : encore plus oubliées!

Photo: Dodge

Au milieu des années 70, Chrysler commence à être en difficulté (pertes de 52 millions USD en 1974 et de 259 millions en 1975) et cherche à faire plus avec moins. Pour le millésime 1976, Dodge va lancer deux nouvelles Charger : la Charger de base et la Charger Sport. Ce ne sont en fait que des coupés Coronet apparus l’année précédente et simplement renommés. N’ayant rien en commun avec leurs illustres prédécesseurs, ces deux coupés ne seront respectivement vendus qu’à 9 906 et 13 826 exemplaires. L’année suivante, les intermédiaires Coronet prendront le nom de Monaco (alors que les modèles pleine grandeur deviendront des Royal Monaco) et toute cette histoire passera aux oubliettes. Heureusement…

À voir aussi : Antoine Joubert présente la brochure de la Dodge Charger 1971

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