Robert Lutz, l'homme qui a transformé General Motors

Dans le secteur de l’automobile qui domine la vie industrielle et financière de Détroit, la plupart des dirigeants des compagnies nord-américaines sont des gens de chiffres, et pas nécessairement des maniaques de l’automobile. Cependant, il existe une exception à cette règle, et il s’agit de Robert « Bob » Lutz qui a roulé sa bosse dans plusieurs compagnies automobiles et qui en fin de carrière a été celui qui a le plus influencé le développement de produits intéressants et même excitants chez General Motors.

Né à Zurich en Suisse le 12 février 1932, il déménage aux États-Unis alors qu’il avait seulement sept ans. Ce fils de banquier est devenu citoyen américain en 1943 avant de retourner à Lausanne pour y étudier. Ses origines helvétiques expliquent qu’il parle le français, l’alémanique, l’allemand, l’anglais bien entendu et il se débrouille assez bien en italien.

Soulignons que son père et ses oncles étaient des maniaques d’automobiles.

Des Marines à GM

Après avoir effectué son service militaire dans le corps des Marines où il apprend à piloter des avions de combat, il est engagé par GM Europe (1963-1971) avant de passer chez BMW (1971-1974) à titre de vice-président des ventes. À ce titre, il aurait contribué au développement de la Série3 de ce constructeur.

Par la suite, notre homme à la bougeotte devient vice-président exécutif de Ford (1974-1986) où il a amorcé le développement des modèles Sierra et Explorer. Le départ de Lee Laccoca de chez Ford et son arrivée chez Chrysler met en œuvre un exode de cadres exécutifs en provenance du constructeur de Dearborn. Malheureusement pour notre ami, il ne s’entend pas avec le bouillant Laccoca qui, à sa retraite, nomme Robert Eaton pour le remplacer. Pourtant, Lutz aurait été un meilleur choix. Laccoca a d’ailleurs avoué son erreur par la suite. Arrivé en 1986, Lutz quitte en 1998.

À la suite de la prise de possession de Chrysler par Daimler, Lutz encaisse ses gains et devient grand patron des batteries Exide (1998-2002) avant que Rick Wagonneer, le grand patron de GM à l’époque, vienne le chercher en 2002 pour lui confier le développement des nouveaux modèles de GM. Une fois en place, notre ami bouleverse la hiérarchie traditionnelle de ce constructeur et met en place les éléments qui vont permettre à ce géant de l’industrie automobile de produire des véhicules de qualité mondiale et même supérieure à la concurrence.

Un passionné d’automobile au pays des comptables

La génétique doit être bonne chez les Lutz alors que ce septuagénaire mesurant plus de 1m90 se tient toujours droit comme un « I » et dont la forte crinière blanche le démarque dans la foule. Mâchonnant souvent un gros cigare non allumé, dès qu’il entre quelque part, tous les regards se tournent vers lui. Les journalistes l’adorent, car il n’a pas peur d’émettre son opinion avec sa voix graveleuse si facile à reconnaître. Et tant pis si ses dires provoquent des vagues. C’est justement cette force de caractère qui lui a permis de modifier les habitudes fort bien ancrées à Détroit. Si Lutz n’avait pas brassé la cage, GM nous proposerait toujours des véhicules sans saveur et à la mécanique dépassée.

En plus de cette force de caractère, c’est un passionné des voitures. Chez Chrysler, il a été l’instigateur de la Viper  en plus de donner le feu vert à Tom Gale pour la réalisation d’autos au design très avant-gardiste. Chez GM, en pleine crise financière, il ne cesse de se battre pour que ses exigences en matière de qualité, de mécaniques modernes et de voitures agréables à conduire soient la règle plutôt que l’exception. Ses efforts ont permis à ce constructeur de revenir à l’avant-plan. Il a également été le grand responsable du développement de la Chevrolet Volt, une voiture électrique à rayon d’action étendu, qui a été fortement louangée par la critique.

Mais en plus d’être un personnage qui n’a pas peur de ses idées, c’est un passionné de l’automobile qui possède de nombreuses voitures de collection en plus d’être un amateur de moto. Mais ce qui les différencie encore davantage de ses collègues de Détroit, c’est qu’il est propriétaire d’un avion de chasse de l’aviation de la République tchèque — Aero L-39 Albatros — à bord duquel il a invité plusieurs chroniqueurs automobiles à faire un vol.

Après avoir quitté définitivement GM en 2010, il s’est intéressé au développement de plusieurs véhicules électriques et fait partie du conseil d’administration de plusieurs sociétés.

Malgré son franc-parler et ses idées bien arrêtées, notre homme n’a pas toujours eu raison et quelques-unes de ses décisions ont abouti en de cuisants échecs, notamment la nouvelle génération de la Pontiac GTO fabriquée par la filiale Holden en Australie. Et il n’a jamais eu peur non plus d’affirmer ses opinions concernant le réchauffement climatique qui ne vont pas toujours dans le même sens que celles des mouvements écologistes.

Maintenant octogénaire, il n’a pas ralenti ses activités et dès qu’il se présente dans un Salon de l’automobile ou toute autre activité du genre, il y a un buzz dans la foule :« Lutz est présent, ça va être intéressant. »

Homme de caractère pas tellement porté sur les compromis, talentueux et visionnaire, il n’a jamais été grand patron d’une grande compagnie automobile. Le conseil d’administration craignant sans doute son franc-parler et ses prises de décision généralement dictés non pas par les chiffres, mais par son amour du beau design et des bonnes voitures.

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