BMW Z8, le pur-sang

Tel que publié dans le Guide de l'auto 2003

Dans le but d'échapper à la monotonie des voitures aussi parfaites qu'ennuyeuses d'aujourd'hui, les constructeurs ressortent les vieux cartons de leurs archives pour y puiser l'inspiration, dans l'espoir de faire revivre les modèles qui ont fait leur gloire passée. Mais pour puiser dans le passé, il faut évidemment avoir eu un passé. Sinon, on copie. Heureusement pour BMW, le passé, sans être éminemment glorieux, a tout de même donné lieu à quelques créations intemporelles. La Z8 s'inspire justement de la plus célèbre.

FaÇonnée par Chris Bangle, l'éblouissante Z8 a vu le jour au printemps 2000. Vendue au prix d'une Ferrari et construite au rythme d'une Aston Martin, la sublime BMW se veut une réinterprétation de l'élégant roadster 507 né en 1955 dont le succès commercial fut particulièrement éphémère (252 exemplaires). Mais comme aurait dit le Cid : aux âmes bien nées, la valeur n'attend point le nombre d'exemplaires construits? Autrement dit : au diable les considérations matérielles, ce qui compte, c'est la beauté des lignes et la noblesse de la mécanique.

Beauté allemande

Sur le plan de la beauté, la Z8 est tout simplement éblouissante. D'ailleurs, c'est l'une des rares voitures devant lesquelles j'ai véritablement senti le besoin de me recueillir, de faire le vide, le temps d'en admirer l'élégance, la pureté des lignes, l'exquise finition des détails et les innombrables rappels au modèle historique que fut la 507, depuis l'immuable double haricot qui forme la calandre jusqu'aux ouïes chromées qui ornent les flancs, en passant par le capot long et les ailes bombées.

Saveurs néo-rétro aussi à l'intérieur où se mêlent harmonieusement les commandes en aluminium et les cuirs Nappa riches et odorants qui habillent les baquets et tapissent les contre-portes ainsi que le bas du tableau de bord, dont la finition évoque la haute couture. Comment aussi ne pas admirer le magnifique volant à trois branches « guitare », dans le pur style des belles d'antan, ainsi que les instruments nichés sous un saute-vent symbolique aux allures anciennes ? Certes, la position centrale du bloc d'instruments n'est pas un bon exemple d'ergonomie, surtout en conduite sportive, car il devient difficile de bien surveiller le compte-tours. Mais ciel, que c'est beau ! Un seul regret : le plastique qui cherche à imiter la tôle peinte des anciens tableaux de bord se mêle aux matériaux nobles qui habillent le reste de l'habitacle et n'est pas digne ? aussi bien exécuté soit-il ? d'une création de ce prix.

Des serrures chauffantes !

Pour le reste, la Z8 est magnifiquement équipée : contrôle de pression des pneus, phares au xénon, clignotants et feux arrière au néon, essuie-glaces avant sensibles à la vitesse, arceaux de sécurité gainés de cuir, sièges sport superbement galbés, volant à réglage électrique en hauteur et en profondeur, chaîne audio avec lecteur à six CD logé dans la console arrière, entre les deux sièges et, raffinement suprême, des buses de lave-glace et des serrures de porte chauffantes, sans oublier le sac à outils assorti d'une paire de gants ! Des bémols ? Oui, il y en a, notamment la lunette arrière en plastique qui équipe la capote à commande électrique et les bruits de vent qui se manifestent lorsqu'on roule capote fermée. Il paraît que l'élégant toit rigide amovible dont vous pouvez coiffer votre Z8 contribue à assourdir les turbulences. Et si la manipulation de ce toit vous inquiète, rassurez-vous, il vient accompagné d'un diable qui en facilite la manutention.

L'aluminium à l'honneur

Montée sur de grosses jantes de 18 pouces en alliage léger chaussés de Bridgestone hautes performances, la Z8 comporte une « structure spatiale en aluminium » (un châssis, en termes clairs), des éléments de suspension en aluminium et une carrosserie en aluminium, ce qui ne l'empêche pas de peser 1 615 kg. C'est beaucoup, mais Ça ne nuit que partiellement à l'agrément de conduite. Agrément et facilité d'ailleurs, car la Z8 est d'une docilité exemplaire en ville, son gros V8 de 5 litres ? en aluminium ? ronronnant tranquillement sous le long capot galbé. C'est le même V8 de près de 400 chevaux qui anime (le mot est faible) la « meilleure berline sport au monde », la BMW M5. Livrable avec la seule boîte manuelle à 6 vitesses, la Z8 ne s'adresse pas à ceux qui veulent tout simplement flâner sur la Main.

Pour l'apprécier vraiment, et justifier ainsi en partie son prix astronomique, il faut non pas conduire la Z8, mais la piloter, de préférence sur un circuit fermé où les risques sont évidemment moindres. Là, vous pourrez exploiter l'énorme potentiel de son V8, la rigueur de ses suspensions, la perfection de la répartition du poids, la puissance de ses énormes freins à disque et aussi l'efficacité de tous les « anti » qui équipent la belle bavaroise : antiblocage, antipatinage, antidérapage, bref tous ces systèmes électroniques qui permettent aujourd'hui aux non-initiés à la course automobile de vivre en harmonie avec quelque 400 chevaux sous le pied droit. Certes, si le c?ur vous en dit et si vous vous sentez le courage et la compétence, vous pouvez déconnecter les « anti » et vous mesurer aux lois de la physique qui chercheront à vous précipiter contre le garde-fou ou dans le ravin qui borde le virage que vous aurez négocié un peu trop vite ou dont vous aurez tenté de sortir en appuyant trop fort sur l'accélérateur électronique qui gère les 394 chevaux animant les roues arrière.

Construite en série limitée à 5 000 exemplaires, la Z8 constitue déjà un objet de collection et de contemplation. C'est peut-être pourquoi BMW garantit aux heureux propriétaires ? et à leurs descendants ? la disponibilité des pièces de rechange pendant 50 ans.

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