Allard J2X MKII, rarement vue, jamais oubliée!

Roger Allard, amateur de voitures anglaises des années 50, profitait d’un voyage en Angleterre pour faire l’acquisition d’une Austin-Healey 100S. Pour mieux connaître la bagnole désirée, il fouille pour trouver de la littérature. Sa curiosité est cependant piquée par un autre livre portant sur une marque nommée… Allard. Intrigué, Allard veut en savoir davantage sur Allard.

Notre Québécois ne le sait pas encore mais son avenir vient de basculer. Après tout, ce n’est pas tout le monde qui est confronté à une marque, aujourd’hui disparue, qui porte son nom de famille! Lors de son périple britannique, le Québécois apprend qu’un Californien fabrique des carrosseries de Allard J2X en fibre de verre et il va le rencontrer. Six mois plus tard, après bien des péripéties, Roger Allard devient, avec un ami, propriétaire des droits de la Allard et fonde Allard Motor Works. Nous sommes en 1999. Mais n’allons pas trop vite dans les courbes de la vie… commençons par le début!

Il était une fois…

Fondée en 1936, par Sydney Allard, la Allard Motor Company produit environ 1900 voitures, dont plusieurs sont des sportives, son fondateur étant un pilote chevronné. Entre autres modèles, la J2X est construite à 83 exemplaires entre 1951 et 1954 et s’avère la plus couronnée des Allard en course. D’ailleurs, certains grands noms de l’automobile ont piloté, avec succès, des J2X : Zora-Arkus Duntov, le père de la Corvette, l’inimitable Carroll Shelby, John Fitch (1ière place GP Argentine) et l’acteur/pilote Steve McQueen. À cause de coûts de développement trop élevés, Allard Motor Company cesse sa production en 1959. Sydney Allard demeure actif dans le domaine de la course automobile jusqu’à son décès en 1966.

…une deuxième vie

La Allard de Roger Allard est une réplique tellement sérieuse qu’elle est approuvée par le Répertoire Allard (Allard Register) comme étant une véritable J2X. À preuve, chaque MK II reçoit une plaque délivrée par cette autorité, confirmant son authenticité. Mais pour en arriver là, il a fallu à Roger Allard créer une voiture moderne qui soit le plus près possible de l’originale. L’entrepreneur québécois devait, en plus, répondre aux normes actuelles, autant au chapitre de la mécanique, du confort que de la sécurité. Par exemple, la MK II est 4 pouces plus longue que l’originale, question de pouvoir aménager suffisamment d’espace pour les deux occupants. Le réservoir d’essence est en acier inoxydable avec parois intérieures, on retrouve des barres d’impact dans les portières, il y a deux arceaux de sécurité à l’avant et autant à l’arrière (ces derniers sont d’ailleurs bien visibles) et les pare-chocs peuvent résister à un impact de 8 km/h (5 mph). Les instruments du tableau de bord sont des répliques exactes de ceux d’origine mais ils sont infiniment plus fiables… à tel point que plusieurs propriétaires d’Allard d’antan veulent en acheter! Le mécanisme pour des essuie-glaces n’est pas visible mais il est là pour ceux qui en désirerait, tout comme les deux prises 12 volts cachées sous le tableau de bord.

Le secret? Le rapport poids/puissance

Côté mécanique, le modernisme prime. L’acheteur a le choix entre trois V8, deux Chrysler (5,7 et le 6.1 Hemi) ou un GM (350 Ramjet). La transmission est une manuelle Tremec à cinq rapports et le ratio du différentiel est 3.5 :1. Le 5,7 est le plus populaire et sans doute le mieux adapté à la voiture. J’ai pu faire l’essai d’une J2X MKII équipée de ce moteur pendant quelques kilomètres et je peux vous confirmer en trois copies notariées que la puissance est phénoménale. Imaginez un moteur de 350 chevaux et 400 livres-pied de couple dans une voiture d’à peine 1250 kilos (2750 livres) : Chaque cheval doit déplacer 3,57 kilos, ce qui est meilleur qu’une Porsche Boxster S ( 4,11), qu’une Lotus Elise SC (4,19) ou qu’une smart (11,71) Et une sonorité en accélération mes amis… J’en ai la chair de poule juste à y penser!

L’accès à bord n’est pas des plus aisés mais le contraire eut été surprenant. Il faut apprendre à s’y glisser, en entrant les genoux en premier. Une fois assis, on se trouve bien près du sol et la visibilité vers l’avant est correcte, sans plus. Vers l’arrière, c’est la faible dimension des rétroviseurs qui altère la visibilité. Mais qui a envie de regarder en arrière au volant d’un tel bolide! La ceinture optionnelle à quatre points de notre voiture n’était pas évidente à enclencher mais, heureusement, Allard offre, de série, une ceinture traditionnelle à trois points.

En appuyant sur le bouton qui lance le moteur, la sonorité de ce dernier invite aussitôt à la conduite sportive. L’embrayage, plutôt ferme et dont le point de friction est assez éloigné, se module parfaitement. Le pédalier ravira les amateurs de pointe-talon.  La course du levier est précise mais elle m’est apparue un peu longue pour une voiture aussi sportive. À basse vitesse, la direction n’est pas des plus précises mais elle gagne en vivacité en même temps que l’aiguille du compteur de vitesse s’éloigne, rapidement, du zéro absolu. La voiture testée étant neuve et les freins froids, la force requise pour ralentir la MK II était supérieure à la normale. Mais une fois réchauffés, les freins répondent parfaitement… ce qui est impérial dans une telle voiture! À noter qu’à l’arrière, ils sont de type inboard, c'est-à-dire qu’ils sont accolés au différentiel, comme sur les voitures de course, ce qui permet de réduire le poids non suspendu. Les suspensions sont évidemment dures mais les sièges sont étonnamment confortables.   De façon surprenante, aucun bruit de caisse ou de « couic-couic » inopportun n’est venu troubler notre essai, preuve que le châssis tubulaire de la voiture est très solide. Comble de raffinement, les échappements latéraux sont en céramique, ce qui les empêche de devenir bouillants et ainsi de brûler quelques mollets. Il y a quelques années, pour les besoins de notre émission au Canal Vox, la pilote Valérie Limoges avait eu un plaisir évident à piloter la MK II sur le triovale de Sanair. Jay Leno aussi, en Californie cette fois-là!

Allard et le monde

Contrairement à de vulgaires « kit cars », chaque composante de la MK II est conçu avec soin pour obtenir un résultat impeccable dont la qualité des différents matériaux et composantes ne peut être pris en défaut. La plupart des MK II déjà vendues l’ont été aux États-Unis, là où la marque Allard est bien connue des amateurs de voitures anciennes grâce, entre autres, aux nombreuses apparitions des modèles originaux à des courses d’époque comme à Lime Rock ou Watkins Glen. Cependant, Allard commence à se faire connaître partout et les demandes d’information d’Australie, d’Europe et de Grande-Bretagne affluent. AMW peut compter sur un concessionnaire californien, (déjà dépositaire de la marque Morgan), ainsi qu’un autre à Boston et au Moyen Orient. Des pourparlers sont en cours avec d’autres représentants, d’Allemagne, d’Angleterre et de la Chine.

Le prix de détail d’une Allard J2X MK II est de 138 000$ US, ce qui peut paraître très élevé mais qui, compte tenu de la qualité de la voiture et de ses capacités sur une piste de course n’est, finalement, pas si cher payé. Si vous désirez vous payer une cure de jeunesse au volant d’une voiture d’exception, la Allard J2X MKII est tout indiquée. Il faut juste prévoir entre 10 et 12 semaines avant de recevoir votre exemplaire! Pour plus de renseignements : www.allardj2x.com

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