Rolls-Royce Ghost 2010, une suite princière qui dévore la route

Points forts
  • Comportement et roulement impressionnants
  • Silence et douceur remarquables
  • Performances très solides
  • Élégante, chic et imposante
Points faibles
  • Rétroviseurs extérieurs gigantesques
  • Menus de contrôle déroutants
  • Prix stratosphérique
  • Consommation
Évaluation complète

Sir Winston Churchill se serait certainement retourné dans sa tombe en apprenant que Rolls-Royce et Bentley, les plus nobles marques britanniques de voitures de luxe appartiennent maintenant à des constructeurs allemands. La première est une des marques du groupe BMW, tout comme Mini, autre icône britannique et la seconde est intégrée au grand conglomérat Volkswagen.

Puristes et chauvins auraient tort de s’offusquer de ces transferts de propriété puisque Rolls-Royce et Bentley, longtemps jumelles, ont été ranimées et relancées avec une vigueur et un respect impressionnants de leurs traditions. Sans compter qu’elles profitent maintenant des technologies les plus avancées et du savoir-faire allemand en matière d’ingénierie et de fabrication. Ça nous change de la qualité et de la modernité souvent douteuses et approximatives qui ont jadis désintégré la réputation des voitures anglaises.

De ces deux marques, la plus prestigieuse et réputée est assurément Rolls-Royce, associée plus que toute autre à la royauté et à la grande richesse. Avec leur silhouette toujours imposante et leur immense calandre aux allures de temple grec, couronnée de l’emblème Spirit of Ecstasy, une figure féminine aux ailes déployées, on les reconnait instantanément.

Premier acte : repartir de zéro

Si la marque existe depuis 1904, le constructeur actuel n’a vu le jour qu’en 1998. Suite à un coup d’audace du patron de l’époque, BMW s’est retrouvée propriétaire du précieux nom sur un bout de papier et c’est tout. Les Munichois ont aussitôt fondé Rolls-Royce Motor Cars, formé des équipes et construit une usine en Angleterre – of course – près de Goodwood. Cinq années plus tard on y assemblait une toute nouvelle Rolls-Royce, la spectaculaire Phantom.

Mais puisque Rolls-Royce a toujours connu plus de succès avec deux séries complémentaires, la nouvelle Ghost sera la ‘Rolls’ de tous les jours. Longue de 5,4 mètres, cette nouvelle méga-berline est pourtant plus courte que la berline Phantom de 43,4 cm et un peu plus étroite et basse aussi, sur un empattement également raccourci de 27,6 cm. Mais parce que l’acier de sa coque est plus mince que la structure d’aluminium de la Phantom, la Ghost est aussi spacieuse. Elle fait près de deux tonnes métriques et demie (2 469 kg) mais c’est quand même 160 kilos de moins que sa grande sœur.

Les carrosseries sont fabriquées dans une section spéciale du grand complexe de Dingolfing en Allemagne où BMW produit également ses Séries 5 et 7. Elles sont ensuite expédiées à l’usine de Goodwood. En tout, la construction chaque Ghost exige environ 20 jours de travail presque entièrement fait à la main. Le résultat est dans le pur style Rolls-Royce avec des lignes plus douces que celles de la Phantom. La calandre est typique mais moins massive et le montant arrière plus mince de son toit allège sa silhouette. La Ghost est également plus aérodynamique avec un Cx acceptable de 0,33 contre le 0,38 de son aînée.

Le développement des Rolls-Royce se fait en Bavière, où l’équipe profite des outils, ressources et technologies de pointe dont dispose BMW. Si environ 20 % des composantes de la Ghost sont partagées avec la Série 7, il est quasi impossible de les repérer tellement leur intégration et leur fonctionnement sont conformes au style et à la philosophie de Rolls-Royce.

Comme passer au salon

La Ghost est spacieuse et l’accès aux places arrière, qu’il s’agisse de la banquette de série ou des fauteuils individuels en option, est assuré par des portières qui s’ouvrent vers l’arrière à un angle de 83 degrés et qu’on referme en appuyant sur un bouton. Les sièges avant sont aussi moelleux et offrent un maintien latéral étonnant en conduite énergique. La position de conduite est superbe, les réglages faciles d’accès et leur mise en mémoire disponible en tout temps. Le volant est un classique pour Rolls-Royce avec sa jante mince drapée de cuir anthracite lisse, un grand moyeu rond et des boutons chromés pour la plupart des contrôles secondaires.

L’élément le plus reconnaissable que partage la Ghost avec la Série 7 de BMW est l’écran large et clair qui niche au milieu du tableau de bord. Dissimulé sous un couvercle de bois vernis il n’apparaît qu’au besoin. Les menus sont disposés selon l’interprétation que fait Rolls-Royce du système iDrive de BMW. Ils sont complets mais encore trop complexes. En contrepartie, on trouve des boutons noirs ronds cerclés de bagues chromées et des barillets pour le réglage de la climatisation, tout ça dépourvu du moindre chiffre. On choisit bleu pour le froid et rouge pour son contraire.

L’équipement de série est déjà surabondant et s’ajoute à des touches caractéristiques telles que des moquettes incroyablement épaisses et des parapluies enduits de téflon et blottis dans les portières avant. On peut évidemment ajouter beaucoup de choses en pigeant parmi la liste des options. Notamment une finition ‘argent satiné’ contrastante pour le capot, des roues d’alliage de 20 pouces – nickelées ou pas – un grand toit ouvrant Panorama, des stores rétractables, une chaîne audio de 600 watts avec 16 haut-parleurs et un disque dur de 12.5 Go qu’on peut alimenter par une clé USB.

Parmi les systèmes optionnels on compte une caméra infrarouge pour la vision nocturne, des phares qui s’atténuent automatiquement et un régulateur de vitesse automatique qui peut immobiliser la Ghost et la faire redémarrer en plus de réduire sa vitesse en courbe et des caméras périphériques. L’option ‘théâtre’ ajoute un écran à cristaux liquides de 9.2 pouces pour chaque passager et une petite table escamotable en bois vernis. Bonne note, enfin, pour le grand coffre de 490 litres dont toutes les surfaces sont couvertes d’une épaisse moquette et dont le seuil assez bas est protégé par une belle plaque de friction chromée.

Sa majesté le bolide

Sous le long capot de la Ghost se niche un V12 à double turbocompresseur et injection directe de 6,6 litres qui génère 563 chevaux à 5 250 tr/min et 575 lb-pi de couple à seulement 1 500 tr/min, des données qui en font la Rolls-Royce la plus puissante à ce jour. Ce nouveau V12 est dérivé de celui de la BMW 760 dont on a gonflé la cylindrée de 600 cm3 en le dotant des pistons plus larges du V8 de 4,4 litres. Il est jumelé à une nouvelle boîte automatique à 8 rapports fabriquée par le spécialiste ZF.

Rolls-Royce jure que la Ghost, malgré son poids, atteint les 100 km/h en 5 secondes. La poussée est forte et continue en pleine accélération, accompagnée d’un hurlement feutré tout à fait réjouissant. Aucune inquiétude pour le freinage puisque la nouvelle Rolls est dotée des énormes disques qui équipent la Série 7 blindée à cause de son poids. Leur diamètre est de 409 mm à l’avant et 401 mm aux roues arrière.

La douceur et le confort de roulement sont essentiels pour une Rolls. La Ghost roule donc sur des ressorts pneumatiques et des amortisseurs qui sont ajustés à tous les 2,5 millièmes de seconde. Les ressorts permettent aussi d’abaisser la voiture d’environ 2,5 cm pour augmenter la garde au sol ou améliorer l’accès. Sur la route c’est la grande douceur, sauf pour les tremblements minimes ressentis sur un bout d’autoroute californienne lors du lancement, ce qui est déjà un exploit avec des pneus anticrevaison montés sur des jantes de 20 pouces.

C’est toutefois lorsqu’on pousse fort, sur une route vraiment sinueuse, que la Ghost impressionne le plus. Malgré son poids substantiel, elle attaque les virages avec un aplomb et un équilibre assez inouïs. Avec la répartition quasi parfaite des masses entre les deux essieux et le mordant des pneus optionnels de taille 255/45R20 le sous-virage est à peu près nul. La suspension pneumatique réduit également le roulis et la plongée au freinage à presque rien. Pour sa taille et son poids, la Ghost tient la route comme ce n’est pas permis et vous plaquera un grand sourire sur le visage. On n’a vraiment plus les Rolls qu’on avait.

Et la marque Rolls-Royce n’a plus les mêmes acheteurs que jadis non plus. Ils en sont d’abord à leur première dans huit cas sur dix et 90 % d’entre eux la conduisent eux-mêmes. Ce sont d’ailleurs pour la plupart des « entrepreneurs » de tous âges, vraiment prospères et qui aiment les voitures. Pour eux, le prix de base de 245 000 $ US est un détail et ils ne sourcilleront pas devant les 303 125 $ US que coûtait notre voiture d’essai, options incluses. Après tout, c’est nettement moins que les 380 000 $ US d’une Phantom et la Ghost est une vraie Rolls. Elle est seulement plus rapide et c’est incontestablement la sportive de la famille.

Partager sur Facebook

À lire aussi

Et encore plus

Commentaires