Les données au service de la Formule 1

À l’époque où la Formule 1 était sous le contrôle de Bernie Ecclestone, tout semblait être un secret bien gardé. Même s’il était diffusé au petit écran, le sport motorisé que l’on qualifie de plus important au niveau mondial semblait hors de portée pour le commun des mortels, surtout lorsqu’on voulait reluquer son arrière-scène.

Or, vous avez probablement remarqué que la Formule 1 est plus divertissante et plus compétitive de ces temps-ci. On attribue cette effervescence à un remaniement important des règlements, mais également à une panoplie de nouveautés qui gravitent autour du sport. Des éléments qui sont le résultat de longues études menées dans le but d’amener de nouveaux adeptes. La série à succès de Netflix Drive to Survive est la preuve la plus visible de cette nouvelle vision d’ouverture.

Si la Formule 1 fait dorénavant des pieds et des mains pour se rendre plus attrayante et accessible, ses organisateurs doivent inévitablement baser leurs décisions sur les données qu’ils collectent dans le but d’être non seulement à l’écoute des spectateurs, mais des pilotes et leurs voitures.

La Formule 1 est le sport le plus avancé sur le plan technologique, en plus de produire des tonnes et des tonnes de données. Et le traitement de ces données exige des efforts informatiques herculéens.

« Les données en Formule 1 existent depuis toujours, mais nous sommes dans l’aire de la collecter. Le défi pour l’organisation de la Formule 1, c’est de comment utiliser ces données pour les mettre au service du spectateur » explique Rob Smedley, un consultant en données pour l’organisation de la Formule 1 et ancien ingénieur de course au sein de Ferrari et Williams avec qui nous nous sommes entretenus.

Les technologies infonuagiques au service de la performance

« Les données viennent de presque partout. Par exemple, on utilise en moyenne 300 capteurs dans une F1 pour comprendre la dynamique de la voiture sur la piste. Avec 20 voitures dans le peloton, donc ça fait 5000 points de données uniquement au chapitre mécanique. Ensuite, il y a les données de chronométrage partout sur la piste, celles reliées à la météo et celles fournies par Pirelli venant des pneumatiques. En combinant tous ces capteurs, les points de données se chiffrent dans les millions » affirme Smedley.

Photo: Louis-Philippe Dubé

Les technologies infonuagiques avancées offrent la capacité à l’organisation de la Formule 1 de traiter ces quantités gargantuesques de données, et ce, sur demande, sans devoir recourir à ses propres installations. Et c’est là que des entreprises interviennent, comme l’un des commanditaires principaux de la série (et le commanditaire titre du Grand Prix du Canada), Amazon Web Services (AWS).

 « On cherche tout le temps à rendre le sport plus excitant pour les fans, et quand on leur a demandé, ils ont dit qu’ils voulaient des courses plus proches, avance Smedley. Il fallait donc proposer aux équipes de retravailler l’aérodynamisme des voitures. On ne voulait plus que la voiture à l’avant crée une turbulence telle que la voiture derrière ne pourrait la suivre. Mais on ne voulait surtout pas pénaliser la voiture de tête », conclut-il.

Photo: Amazon

À l’aide de simulations informatiques de dynamique des fluides, qui permettent de recréer une soufflerie virtuelle, les ingénieurs ont pu dessiner un modèle virtuel de deux véhicules qui se suivent et faire des simulations qui grâce, aux technologies infonuagiques d’AWS, ont coupé nos temps de simulation de 60 heures à 12 heures. Ceci a créé les balises pour le design des voitures, que chaque équipe a pu adapter à ses propres spécifications.

« Il faut aussi comprendre que tout est aux mains des équipes à la fin, et que le meilleur gagne! » ajoute Smedley.

Photo: Louis-Philippe Dubé

…mais également au service des fans

Il y a un noyau de réels passionnés au sein de la Formule 1, ceux qui connaissent absolument tout. Mais l’organisation, comme toute autre entreprise, veut développer une relève à sa clientèle.

Vous avez probablement remarqué que tout semble être plus simple en F1. Et avec la série Netflix Drive to Survive, il y a toute une autre classe de gens qui sont devenus des experts à leur façon.

Les technologies infonuagiques d’AWS servent donc également à simplifier les données traitées pour expliquer ce qui se passe sur piste, mais aussi ce qui pourrait se passer tout au long de la course et du championnat, et vulgariser en quelque sorte ce que les ingénieurs conservaient jadis comme un secret bien gardé.

Photo: Louis-Philippe Dubé

Prédictions sur les stratégies d’arrêts aux puits, performances en arrêt aux puits, performances du pilote, analyses sur le développement futur des voitures, tout est sur la table.

 « On a une responsabilité de s’occuper des nouveaux fans qui recherchent une expérience nouvelle » conclue Smedley.

L’industrie de l’automobile en profite aussi

On sait que beaucoup de technologies développées en Formule 1 se retrouvent dans nos véhicules de promenade. Mais les constructeurs font également appel aux services d’AWS et autres entreprises spécialisées en technologies infonuagiques pour surmonter certains défis.

Plus près de chez nous, par exemple, AWS travaille avec l’entreprise Blackberry pour développer la plateforme logicielle IVY qui permettra aux constructeurs automobiles de fournir un moyen sécurisé de lire les données des capteurs du véhicule, de les normaliser et de créer des informations exploitables à partir de ces données, à la fois localement dans le véhicule et dans le cloud.

Au final, si seulement ces technologies pouvaient à elles seules régler la course à l’approvisionnement en semi-conducteurs pour que nous puissions recevoir nos véhicules dans des délais raisonnables, l’industrie automobile se porterait pas mal mieux!

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