État des routes : une réflexion sur la gestion et les solutions

En cette saison des nids-de-poule, l’état des routes est un sujet chaud. Une récente étude commandée par l’Association canadienne des automobilistes (CAA) nous apprenait que les Québécois doivent payer bien plus cher qu’ailleurs au pays pour réparer leurs véhicules endommagés par le piètre état des chaussées.

Il faut cependant mentionner qu’une analyse globale du réseau canadien est difficile à effectuer puisqu’il n’y a pas de base de données et que les critères de qualité diffèrent d’une province à l’autre.

« Si l’état des routes peut différer d’une province à l’autre, globalement, c’est assez similaire. Entre 15% et 25% des chaussées sont en mauvais ou très mauvais état. C’est trop, mais ces chiffres sont en baisse », a déclaré à CAA-Québec le professeur et responsable du laboratoire sur les chaussées et les matériaux bitumineux à l’École de technologie supérieure (ÉTS), Alan Carter. 

L’organisme a d’ailleurs fait appel à son expertise ainsi qu’à celle de Guy Doré, professeur titulaire à la Faculté de génie civil de l’Université Laval, pour fournir un éclairage sur les solutions et les stratégies à adopter.

Photo: Gouvernement du Québec

Qualité versus coûts

Les deux spécialistes reconnaissent que le Québec est capable de construire des routes plus durables, mais les coûts de cadrent pas dans les budgets de construction et d’entretien.

« On construit très peu de chaussées neuves au Québec. Seulement les couches supérieures de la chaussée sont refaites, signale Alan Carter. Lorsque la reconstruction est effectuée en profondeur, il est possible de produire des chaussées plus durables, en augmentant les épaisseurs et en utilisant les bons matériaux.

Contrairement à la croyance populaire, celui-ci mentionne que la province emploie de très bons granulats et que les critères pour la sélection des bitumes sont similaires partout en Amérique du Nord. « Il serait possible de payer plus pour avoir des enrobés à durée de vie plus élevée, mais chaque cas étant unique, il serait préférable d’effectuer des analyses de cycle de vie pour optimiser les investissements », dit-il.

Photo: Samuel Labrie Ross

Béton et matériaux alternatifs

Les routes en béton sont-elles la solution à préconiser au Québec? L’avis de ces experts est le même : aucune solution n’est universelle. Le béton et les enrobés bitumineux sont deux matériaux de qualité. Ils doivent être appliqués au bon endroit, de la bonne façon.

Ainsi, les chaussées en béton bien construites peuvent durer longtemps, mais elles sont difficiles à réparer, donc moins adéquates pour des réparations en dessous, particulièrement en ville.

Tant pour Alan Carter que pour Guy Doré, l’utilisation de matériaux recyclés représente une avenue intéressante sur le plan technique aussi bien que financier et environnemental. Des produits comme le verre et les plastiques recyclés, le verre cellulaire, le bardeau d’asphalte, les fibres, la lignine, les rajeunissants, les additifs pour enrobés tièdes ou anti-désenrobage offriraient des apports intéressants en matière d’économies ou d’environnement.

Photo: Gouvernement du Québec

Revoir le modèle de gestion et de développement

Durant la période 2020-2022, 1,8 milliard $ auront été investis par le Ministère des Transports du Québec (MTQ) dans des projets de maintien des structures, mais les deux experts s’entendent pour dire qu’il en faut plus pour empêcher la dégradation des routes, car les investissements actuels permettent tout juste de maintenir l’état du réseau.

Quant au principe du plus bas soumissionnaire, ça permet de faire convenablement des projets à petite échelle, en autant que les exigences soient bien adaptées. Toutefois, Alan Carter estime que cette approche empêche les entreprises d’être innovantes en testant des matériaux différents ou de nouvelles techniques qui aideraient à améliorer l’état du réseau.

En terminant, Guy Doré émet un avertissement par rapport à la construction de nouvelles artères et à l’élargissement des autoroutes. « Chaque ajout de route réduit notre capacité à entretenir convenablement le réseau actuel. Les utilisateurs doivent avoir des attentes raisonnables, tout en insistant pour consacrer des ressources à la mise à niveau et à la préservation des réseaux existants », explique-t-il.

En vidéo : Les routes sont mauvaises parce qu’on fait le minimum

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