Québec : jusqu’à 1,4 milliard $ d’argent public pour la filière des batteries

Par Charles Lecavalier

Québec est prêt à investir jusqu’à 1,4 milliard $ pour mettre sur pied une industrie de l’électrification axée sur la batterie au lithium, qui pourrait devenir un « legs » du gouvernement Legault.

« C’est un projet de société », lance le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, en entrevue avec Le Journal.

Québec veut jouer un rôle important « du minerai, à la batterie ». Il s’agit d’une rupture avec la recette classique des ressources naturelles au Québec, soit l’extraction, puis l’exportation. 

« Une fois pour toutes, on va prendre nos ressources naturelles et les transformer dans un produit de valeur ajoutée », laisse tomber le ministre.

Le thème de l’électrification n’est pas nouveau. Jean Charest, Pauline Marois et Philippe Couillard en ont tous vanté les mérites. Mais cette fois-ci, de grosses sommes sont en jeu. D’ici 10 ans, Québec prévoit des investissements totaux qui pourraient atteindre 7 milliards $ dans cette filière, selon une étude de McKinsey, commandée par Investissement Québec (IQ) et dévoilée par Le Journal au début du mois.

Quête de partenaires étrangers

Dans cette aventure, Québec veut être un « partenaire » et compte placer ses billes. « On pourrait atteindre un milliard de dollars », a dit le ministre, avant de préciser que la proportion d’argent public dans le projet pourrait atteindre « de 15 à 20% » des investissements totaux, soit jusqu’à 1,4 milliard $.

« C’est une estimation », a indiqué M. Fitzgibbon. Il y inclut les 300 M$ que le gouvernement du Québec va injecter dans la relance de Nemaska Lithium.

Sa stratégie : partir de l’extraction du graphite, du nickel, du lithium et du cobalt, soutenir la transformation, et attirer ici la fabrication d’anodes, de cathodes et des électrolytes nécessaires à l’assemblage d’une batterie. Il veut également développer le recyclage des vieilles batteries.

« On veut que les manufacturiers de batteries en Amérique du Nord se disent “on va acheter ces éléments ici plutôt qu’en Asie” », souligne-t-il. Les tensions diplomatiques entre la Chine et les États-Unis vont d’ailleurs motiver les Américains à se tourner vers des pays alliés, estime M. Fitzgibbon.

► La filière des batteries au Québec   

  • Jusqu’à 7 milliards $ d’investissements      
  • 15% à 20% d’argent public      
  • Pas moins de 25 000 emplois, dont 12 000 liés aux mines (selon une étude commandée par IQ et obtenue par Le Journal)     

► Une stratégie en quatre étapes

1re étape : Les mines

2e étape : La transformation du minerai

3e étape : La fabrication d’anodes, de cathodes et d’électrolytes

4e étape : Attirer une usine d’assemblage de batteries au lithium-ion 

NOS CERVEAUX, NOTRE MEILLEUR ARGUMENT DE VENTE À L’ÉTRANGER     

Le gouvernement Legault est présentement en mode séduction pour attirer des entreprises étrangères afin de créer un « écosystème » de la batterie électrique au Québec. La province a des minéraux, de l’électricité peu chère, mais surtout des cerveaux, comme le chercheur renommé Karim Zaghib, qui servent de carte de visite. 

Pourquoi avoir recruté M. Zaghib, qui dirigeait le Centre d’excellence en électrification des transports et en stockage d’énergie d’Hydro-Québec ?

Pierre Fitzgibbon : « Parce qu’il est dans le domaine des batteries depuis très longtemps et qu’il a beaucoup de crédibilité. J’ai passé deux semaines en Asie au mois de décembre pour regarder les partenaires potentiels, et pas une compagnie ne m’a pas recommandé à Karim. Il va pouvoir aider à légitimer l’effort du Québec à attirer ces entreprises. » 

M. Zaghib, pourquoi avez-vous choisi de rejoindre Investissement Québec alors que vous êtes un chercheur ?

Karim Zaghib : « J’ai toujours été un entrepreneur en même temps d’être un chercheur. Je rêve qu’on produise des batteries au Québec depuis 35 ans. On a des talents, de bons ingénieurs, des universités, des centres de recherche, des centaines de brevets. Maintenant, on a besoin de capital privé et d’attirer des entreprises qui viennent s’installer ici. Et je veux aider ce gouvernement qui est très business. » 

Tournez-vous le dos complètement à la recherche ?

Karim Zaghib : « Pas du tout, je consacre 50% de mon temps à enseigner à l’Université McGill et je continue de travailler sur des projets de recherche. Je vais aider les autres professeurs et étudiants à développer des brevets. De son côté, le Centre d’excellence d’Hydro-Québec va continuer de développer la prochaine génération de batterie, la batterie solide. »

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