Boostées par le dédain du transport en commun: les ventes de voitures reprennent

Par Alex Proteau

MONTRÉAL – Les ventes de voitures ont repris au cours des derniers jours après deux mois de vaches maigres, et on trouve parmi les clients plusieurs personnes qui n’ont plus envie d’utiliser le transport en commun, qu’ils estiment propice à la contagion.

C’est le cas d’Étienne Gilbert, qui travaille au centre-ville de Montréal et qui prenait le transport en commun plusieurs fois par semaine. Lui et sa copine ont devancé de quelques mois leur achat d’une voiture neuve, car ils n’ont plus envie de s’entasser dans le métro.

« Ça nous agace parce que selon nous, c’est impossible d’assurer un contexte de propreté optimale dans le métro, a-t-il dit. Plus ça se déconfine, plus il va y avoir du monde, et ça va être impossible de prioriser la distanciation. »

Les Montréalais Tessa Rho-Charlemagne et Evens Rho magasinent de leur côté une voiture usagée, aussi par souci de sécurité. « Avec la pandémie, c’est mieux d’avoir notre propre véhicule », a dit Mme Rho-Charlemagne.

Les sociétés de transport ont pourtant mis en place plusieurs mesures pour limiter la contagion dans les autobus, les trains et le métro, mais il peut s’avérer difficile de conserver une distance de deux mètres entre les passagers. Un bon nombre d’entre eux ne portent d’ailleurs pas de masque, malgré les recommandations de la Santé publique.

Débordés

Chez Montréal Auto Prix, un détaillant de voitures usagées qui compte trois succursales dans la métropole, les ventes explosent depuis que les commerces sont autorisés à rouvrir leurs portes.

« Les ventes sont très intéressantes, pour l’instant, c’est impressionnant! On risque même de manquer de véhicules éventuellement », a constaté le superviseur aux ventes Martin Perreault.

Le président de la Corporation des concessionnaires automobiles de Montréal et directeur général de BMW Canbec, Martin Taillandier, manque lui aussi de certains modèles de véhicules usagés. Il estime avoir effectué deux fois plus de transactions qu’à l’habitude depuis la réouverture des commerces.

Les deux professionnels constatent que les clients passent plus de temps sur les sites web avant de se présenter en magasin et qu’ils ont généralement une bonne idée du véhicule qu’ils veulent une fois sur place.

« Il y a toujours le désir du client de voir la voiture et de l’essayer. Par contre, maintenant, lorsque le client va se déplacer à la concession, 80% de la décision est déjà prise. Le client sait exactement où il s’en va », a remarqué M. Taillandier.

Bonne période

L’été qui pointe le bout de son nez a aussi contribué à convaincre certains acheteurs de faire le saut maintenant.

« On s’est dit: est-ce qu’on attend au moins de septembre ou on achète maintenant pour en profiter pendant l’été? On en est venus à la conclusion que le meilleur moment pour acheter, c’était maintenant », a mentionné Etienne Gilbert.

DU RETARD À RATTRAPER

Les concessionnaires automobiles du Grand Montréal ne sont pas près de rattraper le manque à gagner des derniers mois, même si les clients ont été nombreux à les visiter depuis leur réouverture le 25 mai.

La fermeture de deux mois imposée par la pandémie a évidemment fait mal aux vendeurs de voitures, tout comme les nombreuses pertes d’emploi dans la population, qui n’ont pas créé un climat propice aux grosses dépenses comme l’achat d’un véhicule.

En avril 2020, il s’est vendu au Canada 74,6% moins de voitures que l’année précédente durant la même période, selon la firme DesRosiers Automotive Consultants, spécialisée en analyse du marché de l’automobile.

Au mois de mai, malgré la reprise graduelle de l’économie, les ventes restaient 44% moins élevées qu’en 2019.

La reprise se dessine donc nettement, mais c'est au cours des prochains mois qu'il sera possible de savoir si les Québécois rouleront davantage en voiture après la pandémie.

Les concessionnaires croient qu'il sera difficile de rattraper l’ensemble des pertes. « C’est la pire année depuis des lunes et des lunes. Je ne pense pas qu’on va rattraper tout ce qu’on n’a pas fait », a dit Alain Turcotte, propriétaire du concessionnaire indépendant Groupe Auto ACM, sur la rue Bélanger à Montréal.

Au moins, la pandémie a donné à plusieurs l’argument qu’il manquait pour peaufiner leur site internet et s’adapter à un monde où le commerce en ligne est de plus en plus présent.

Il s’agit maintenant d’un outil indispensable pour un concessionnaire, vu l’intérêt des gens à magasiner sur le web, estime Martin Taillandier, président de la Corporation des concessionnaires automobiles de Montréal.

«Les concessionnaires qui peuvent être désavantagés sont ceux qui ne sont pas organisés sur leur site web. Ceux que ce n’est pas facile d’aller voir la photo de la voiture, la description, ou ceux qui ne sont pas rapides sur leurs réponses», a-t-il ajouté.

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