Jeep : l’histoire d’un enfant de la guerre

Lorsque la Seconde Guerre mondiale débute en 1939, les États-Unis demeurent neutres. La neutralité prend toutefois le bord le 7 décembre 1941 quand le Japon attaque la base américaine de Pearl Harbor. Les Américains entrent immédiatement dans le conflit, armés jusqu’aux dents et possédant dans leur arsenal un petit véhicule qui décidera, en partie, de la fin des hostilités.

Ce petit véhicule, vous l’auriez deviné, c’est le Jeep. Mais il n’est pas arrivé comme ça, en criant victoire.

Dès 1939, Bantam, constructeur de voitures basé en Pennsylvanie, fournit à la Pennsylvania National Guard trois véhicules, surnommés Belly Flopper, pour des essais lors de manœuvres de l’armée. Ces véhicules sont rejetés. À l’été 1940, l’armée lance un appel d’offres à plus de 100 constructeurs. Seulement deux répondent à l’appel, Bantam et Willys-Overland. Un prototype doit être livré dans… 49 jours, pas un de plus. Ce véhicule devra avoir un rouage à quatre roues motrices, ne pas peser plus de 1 300 livres (590 kilos) et pourra transporter 500 livres (227 kilos).

Bantam, ou le rêve détruit

Bantam, alors sur le point de faillite, engage Karl Probst, un designer réputé… qui travaille d’abord sans salaire. Le style du Jeep d’aujourd’hui, c’est à lui qu’on le doit. Le 24 septembre 1940, Bantam présente son BRC (Bantam Reconnaissance Car) qui satisfait tous les critères de l’armée, excepté pour le poids, trop élevé. Mais ladite armée n’est pas convaincue, avec raison, des capacités de production de la petite entreprise. Elle expédie les devis de Bantam à Willys-Overland et Ford pour la fabrication de prototypes. Ces véhicules se ressemblent étrangement. Pas si étrangement que ça à bien y penser! Après quelques mois, Bantam, à l’origine du Jeep, est écartée du projet tandis que Willys et Ford remportent la mise.

Au final, 650 000 Jeep seront construits durant la Seconde Guerre mondiale. Bantam n’en fera pas plus de 3 000. Le Willys MB commence sa fulgurante carrière militaire en juillet 1941. Ford aussi fabrique des Jeep, des Willys MB sous licence.

Photo: Jeep

Pourquoi Jeep?

Au fait, d’où vient le nom Jeep? On ne le sait pas vraiment. Il pourrait s’agir de la contraction de General Purpose (véhicule tout usage), de la prononciation des lettres GP (Government Purpose) ou encore d’un personnage de la bande dessinée Popeye, Eugene the Jeep. Quoi qu’il en soit, dans, un texte de Karl Probst (Automobile Quarterly Volume 14, numéro 4) fait mention d’un article publié le 16 mars 1941 dans le Washington Post. Ce texte utiliserait, pour la première fois, le terme Jeep, terme qui est resté.

C’est ainsi qu’est née la série CJ…

Toujours est-il que c’est en partie grâce au Jeep, à sa versatilité, sa légèreté, sa simplicité mécanique et ses capacités en hors route que les Alliés remportent la Seconde Guerre mondiale. Lorsqu’elle se termine en 1945, c’est l’euphorie partout sur la planète, sauf peut-être chez Willys qui se demande bien ce qu’elle fera par la suite. Quelqu’un a alors une idée de génie : transformer le Jeep militaire en Jeep civil. C’est ainsi que naît la série CJ (Civilian Jeep). Le premier modèle est le CJ-2A, apparu dès le 17 juillet 1945, une version à peine moins rustre que le MB qui se distingue surtout par ses sept fentes de calandre au lieu de neuf.

Photo: Jeep

Bye, bye Willys!

Les premières années, les changements sur le modèle 2A se font au rythme des performances de son quatre cylindres 134,2 cc de 60 chevaux, c’est-à-dire très, très lentement. En 1949, Willys dévoile un nouveau Jeep, le CJ-3A mais c’est surtout son successeur, le CJ-3B doté du moteur Hurricane de 72 chevaux, apparu le 28 janvier 1953, qui change la donne.

Le 28 avril de la même année, tandis que Willys-Overland fête ses 50 ans, elle est vendue à la marque Kaiser. Willys-Overland devient alors Willys-Jeep, une division de la Kaiser Motors Corporation. Quoi qu’il en soit, Kaiser se retire du marché civil à la fin de 1955. Willys continue son aventure avec Jeep, tout en demeurant sous la férule de Kaiser. En 1963, l’entreprise propriétaire de Jeep est renommée Kaiser-Jeep Corporation. Bye, bye Willys, du moins aux États-Unis, la marque continuant ses opérations au Brésil.

Passons outre le CJ-4, fabriqué à une seule unité. Le CJ-5 apparaît pour l’année-modèle 1964. On note quelques changements esthétiques ici et là, néanmoins, 20 ans après ses débuts en tant que véhicule civil, l’apparence du Jeep a très peu évolué, ce qui, étonnamment, assure sa pérennité.

Photo: Alain Morin

AMC entre dans la danse

Le 5 février 1970, un événement majeur vient toutefois modifier les choses, alors que AMC (American Motor Corporation) se porte acquéreur de Jeep. Il faut attendre 1972 avant que des changements soient apparents. Comme la mise au rancart du vénérable 134,2 pc et l’arrivée du six cylindres en ligne de 232 pc développant 145 chevaux. L’année suivante le CJ-5 reçoit un tableau de bord plus moderne et, pour la première fois, il peut être doté d’une radio installée en usine tandis que deux ans plus tard, il a droit au climatiseur! Le Jeep se plie lentement mais sûrement aux diktats de la société… Plus important, son châssis, autrefois partiellement fermé, le devient entièrement et la voie avant est élargie pour une meilleure stabilité. En 1972 apparaît le premier V8, un 304 pc AMC optionnel (Renegade). Le CJ-5 mène sa carrière jusqu’en 1983.

À partir de 1976, le CJ-5 doit partager le plancher des salles d’exposition avec le CJ-7, nettement plus moderne avec son châssis allongé de 10 pouces et son rouage 4x4 Quadra -Trac fabriqué par Borg-Warner. Il demeure en poste jusqu’en 1986, année où le CJ-8, Scrambler pour les intimes, qui avait débuté en 1981, poursuit seul la lignée vieillissante des CJ. Ce CJ-8 bénéficie d’un empattement de 103,5 pouces, soit un peu plus de 10’’ supplémentaires par rapport au CJ-7. Cependant, après plus de 40 ans et environ 1,6 million de CJ produits, il est temps de passer à autre chose…

Photo: Alain Morin

Bonjour Chrysler!

Cette autre chose, c’est le nouveau Jeep 1987, baptisé YJ au Canada et Wrangler chez nos voisins du Sud. Les phares carrés plutôt que ronds ne laissent personne indifférent. La grille, maintenant légèrement inclinée, les voies avant et arrière plus larges et l’habitacle plus moderne et confortable passent beaucoup mieux! Le 5 août 1987, AMC Corporation est avalée par la Chrysler Corporation. Cette dernière se fout pas mal des voitures; c’est la marque Jeep qui l’intéresse. Ainsi se forme la division Jeep-Eagle sous l’égide de Chrysler. La génération YJ, honnie de plusieurs, quitte la scène en 1995.

Photo: Jeep

Au Salon de Detroit en janvier 1996, apparaît son successeur, le Wrangler TJ, beaucoup plus moderne avec ses phares redevenus ronds et sa suspension à ressorts hélicoïdaux qui remplace la vétuste suspension à lames. En 2004, on découvre un TJ allongé, le Unlimited. Par contre, il ne possède pas encore quatre portes. Ça s’en vient…

Photo: Fiat Chrysler Automobiles

Le Wrangler JK…

Le Wrangler JK a été développé dans de bien belles conditions, bénéficiant des fonds quasiment sans limites de DaimlerChrysler, le célèbre constructeur américain s’étant uni à la non moins célèbre Mercedes-Benz en 1998. Il est dévoilé au Salon de New York au printemps 2006. Bien qu’elles ne soient pas frappantes, les différences visuelles sont nombreuses et l’œil avisé a tôt fait de différencier le JK du TJ. Quelques mois après le dévoilement de ce dernier, le modèle Unlimited pose ses pneus au Salon de New York. Cette livrée comptera, dix ans plus tard, pour 75% des ventes du JK. Parmi la pléthore de versions qui verront le jour entre 2007 et 2018, notons le Rubicon dont les organes mécaniques permettent de franchir l’un des sentiers les plus difficiles au monde, le Rubicon Trail dans la Sierra Nevada.

Photo: Alain Morin

… et le JL

Après une carrière de 11 ans, le JK est mûr pour la retraite. Voici le JL 2018! Promenant toujours les lignes apparues 73 ans plus tôt et qui le rendent incroyablement populaire et sympathique, le JL, tout comme son prédécesseur, bénéficie de toutes les technologies possibles, ce qui en fait un véhicule quasiment confortable et offrant tout le luxe possible. La dernière itération, la camionnette Gladiator, reprend un nom qui fut fort populaire entre 1962 et 1971. Le succès du Gladiator 2019 semble déjà confirmé.

Photo: William Clavey

Quant aux capacités en hors route du JL, personne ne peut les mettre en doute même si, grâce à l’électronique, plusieurs véhicules peuvent désormais prétendre faire du hors route sérieux. Aucun, toutefois, n’a le charme à la fois suranné et moderne du Jeep Wrangler.

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