Buick Regal TourX 2019 : on l’a échappée, celle-là!

En renouvelant sa Regal l’an dernier, Buick en a surpris plus d’un. D’une part, on abandonnait la berline conventionnelle au profit d’une berline à hayon, ajoutant aussi à la gamme une version GS équipée d’un puissant V6 de 310 chevaux. Puis, on introduisait une version familiale baptisée TourX, laquelle allait certainement contribuer à attirer une nouvelle clientèle, tout en changeant la perception de la marque auprès des consommateurs. Hélas, peu de temps après le dévoilement de la Regal, GM Canada annonçait que seule la berline viendrait de ce côté-ci de la frontière. La familiale n’allait donc être disponible qu’aux États-Unis.

Une fois de plus, on nous prouvait ainsi que les œillères sont bien fermées du côté d’Oshawa, où se situe la maison-mère de GM Canada. Pourquoi une fois de plus? Parce qu’il y a quelques années, on avait aussi dit non à l’élégant cabriolet Buick Cascada. Un modèle convaincant que certains concessionnaires canadiens se procurent aujourd’hui comme véhicule d’occasion chez nos voisins du Sud, dans l’optique de l’offrir à leur clientèle.

Racine d’Opel

Vous êtes peut-être sans savoir que la Regal, depuis sa relance en 2011, dérive en fait de l’Opel Insignia vendue du côté de l’Europe. Là-bas, on la commercialise notamment comme une rivale de la Ford Mondeo (Fusion) et de la Mazda6. Or, puisque GM a récemment cédé la filiale Opel/Vauxhall au groupe PSA (Peugeot/Citroën), l’avenir de l’Insignia est incertain. Du moins, sous cette forme.

Photo: Antoine Joubert

Chez Buick, on garantit une offre minimale de trois ans pour ce modèle qui, entre vous et moi, gagne à être connu. Un essai récent de la berline GS, qui se compare directement avec la Kia Stinger GT, m’a prouvé une fois de plus que la Regal demeure plus que jamais un secret bien gardé. En fait, voilà une voiture efficace en tout point, qui impressionnerait les plus sceptiques, mais qui comme la plupart des berlines du genre, débarque à la mauvaise époque. Pourquoi? Parce que bien sûr, les gens n’en ont que pour les VUS et les multisegments. Pas surprenant que Buick mise ainsi sur son trio Encore/Envision/Enclave pour garder la tête hors de l’eau.

D’ailleurs, hormis la Regal, Buick ne propose comme autre voiture que la grande berline Lacrosse. D’une rare élégance, plus traditionnelle, elle se vend également au compte-goutte. Est-ce que la Regal TourX aurait pu permettre à Buick de faire grimper ses ventes canadiennes? Chez GM Canada, on est persuadé que ce modèle n’a aucune chance de succès. Or, une petite heure passée au volant de cette automobile me laisse croire qu’en un claquement de doigts, cette familiale éclipserait à la fois les ventes de la berline Regal et de la LaCrosse. Voici pourquoi.

Dans la mire de l’Outback?

Chez nos voisins du Sud, on affirme avec la Regal TourX vouloir rivaliser avec les récentes Audi A4 allroad et Volvo V60 Cross Country. Une stratégie compréhensible (parce que ça paraît bien de le dire…), mais une affirmation aussi viable que lorsque Kia mentionne vouloir séduire les acheteurs de Mercedes-Benz de Classe S avec sa K900. En réalité, il faut voir cette Regal comme une rivale directe de la Subaru Outback. Même format, même volume de chargement, même échelle de prix, avec comme seul handicap une garde au sol un peu moins élevée.

En y pensant bien, la Regal TourX possède même ce dont les amateurs de Subaru rêvent voir depuis 2010 dans l’Outback : un moteur 2,0 litres turbocompressé de 250 chevaux, léger et généreux en couple, qui permet d’obtenir d’excellentes performances pour un rendement énergétique des plus raisonnables. Évidemment, l’entêtement de Subaru à ne pas offrir le 2,0 litres de la WRX sous le capot de l’Outback agace ceux qui ne veulent rien savoir d’un vieillissant six cylindres, et qui condamnent avec raison le manque de puissance du quatre cylindres de 2,5 litres (175 ch). De plus, la Regal fait appel à une boîte automatique à huit rapports, plus agréable que la CVT de Subaru, et s’équipe bien sûr de la transmission intégrale de série.

Étonnamment confortable, la Regal TourX recourt à une suspension relativement souple, mais tout de même très bien calibrée. Conséquemment, le roulis en virage est limité et la stabilité à grande vitesse est digne d’une authentique routière. On apprécie également l’absence complète de craquements, de bruits de caisse ou de sifflements éoliens, même du côté du toit ouvrant panoramique. Voilà la preuve d’une construction bien ficelée.

Photo: Antoine Joubert

Avoir du coffre!

Vous doutez de son espace de chargement et de son côté pratique? Vous croyez qu’un VUS fait mieux? Alors, sachez que l’espace fourni par cette Regal se situe à mi-chemin entre celui de l’Envision et l’Enclave. Et croyez-moi, tout a été pensé pour que cette voiture soit aussi polyvalente que possible. Grande ouverture du hayon, facilité d’accès au coffre, rangements de soubassement, banquettes rabattables à plat et à distance ainsi qu’un cache-bagages amovible extrêmement bien conçu. À ce jeu, la Regal est franchement difficile à battre et se compare sans gêne à ce que Volvo a fait de mieux, côté aménagement.

Fort heureusement, la Regal TourX n’est pas vendue au prix d’une Volvo. De 29 000 $ à 35 000 $ US selon la version, ce qui signifierait environ de 33 000 $ à 40 000 $ en dollars canadiens. Un prix très honnête compte tenu de l’équipement, des performances, de l’espace et de tout le reste. J’oserais même croire que la dépréciation de cette voiture serait faible si elle était vendue chez nous, puisque la demande sur le marché d’occasion pour les familiales du genre demeure très forte par rapport à l’offre actuelle. À preuve, il suffit d’observer la valeur d’une Outback sur le marché d’occasion pour constater que l’intérêt y est.

Oshawa, ce n’est pas le Canada!

Je me permets ainsi de revenir sur le fait que les stratèges de GM Canada, observant sans doute leur marché local avec grand intérêt, ne semblent pas conscients qu’Oshawa ne représente guère le Canada tout entier. Dans cette région, il est vrai que les parts de marché de GM sont importantes et qu’elles l’ont toujours été, notamment parce que l’on y retrouve une usine d’assemblage du constructeur.

Or, aujourd’hui, Buick bat de l’aile. Qu’importe le modèle, et qu’importe l’endroit. On peine à séduire la clientèle, face à la concurrence. Il n’y a en fait que les Encore et Enclave qui se défendent correctement, sans toutefois connaître de vrais bons chiffres de ventes. D’ailleurs, GM Canada explique sa décision de ne pas offrir la Regal TourX par peur de cannibaliser les ventes de l’Enclave. Ironique, n’est-ce pas? Comme si l’acheteur d’une Regal pouvait aussi considérer ce gros VUS à sept ou huit passagers!

Évidemment, dans l’optique où l’Enclave est nettement plus profitable à vendre (parce que fabriqué au Michigan et non pas en Allemagne comme la Regal), on peut comprendre que GM Canada soit désireux de vendre l’Enclave, que l’on étiquette à environ 60 000 $. Cette affirmation prouve que les gens de GM ne connaissent pas l’acheteur de la Regal TourX. Ils ne savent pas comment le rejoindre, quels sont ses besoins réels et son mode de vie. Et visiblement, par paresse ou par peur de l’inconnu, ils ne sont pas intéressés de le voir entrer chez Buick.

On pourrait aussi expliquer le désintérêt des gens de Buick envers la Regal (en incluant la berline) par un trop faible profit à la vente, ainsi que par diverses autres décisions politiques internes. Or, si tel est le cas, à quoi bon offrir le modèle sur d’autres marchés? Ou même la berline? Au fait, saviez-vous que Subaru vend cinq Outback pour une berline Legacy? Imaginez si ce ratio était le même pour la Regal TourX versus la berline…

Chose certaine, cette familiale Buick constitue une solution pour faire renaître le genre sur un marché qui l’a presque abandonné, mais aussi une marque sur son déclin. Parce qu’assurément, il s’agit d’un bien meilleur produit qu’un utilitaire Made in China comme l’Envision ou qu’un pseudo VUS urbain sur bases de Chevrolet Sonic comme l’Encore.

En terminant, quelle était la toute dernière familiale vendue par Buick en Amérique du Nord? En fait, il faut remonter en 1996 pour se remémorer non seulement l’inoubliable Roadmaster Estate, mais aussi la Century Special. Deux voitures qui, par leur disparition, allaient marquer la fin d’une époque chez Buick. Reste à voir si GM Canada aura un jour assez de cran pour la faire renaître…

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