Hyundai NEXO 2019 : la poule avant l'oeuf

Points forts
  • Autonomie élevée
  • Coffre volumineux
  • Finition d'habitacle épatante
Points faibles
  • Infrastructures de remplissage limitées
  • Il sera assurément très dispendieux
  • Coût de revient inconnu
Évaluation complète

LOS ANGELES, Californie – Plus tôt cette année, mon collègue Gabriel Gélinas s’envolait vers Séoul, en Corée, afin de mettre à l’essai un tout nouveau véhicule à pile à combustible à hydrogène, le Hyundai NEXO. On promettait, dans ce temps-là, de le commercialiser sur nos routes en quantité limitée d’ici la fin de 2018.

Nous voici en octobre, deux mois avant son arrivée officielle, et Hyundai propose un véhicule prêt à arriver en concession et vendu partout au pays!

C’est un pari osé pour Hyundai, car pour le moment, les stations de remplissage d’hydrogène sont rares au Canada. Au Québec, par exemple, on n’en dispose que d’une dans la région de Québec. Une deuxième devrait arriver à Montréal en 2019.

Mais pourquoi diable sortir un véhicule du genre avec aussi peu d’infrastructures? On a affaire ici à un cas de « poule avant l'oeuf » afin de stimuler un nouveau marché. C’est à Los Angeles, en Californie, que nous avons mis le NEXO à l’essai en primeur nord-américaine.

Photo: William Clavey

Rectifions les faits

Il est facile de tomber dans les multiples débats et de se laisser engloutir par la désinformation au sujet des voitures à pile à combustible à hydrogène (FCEV). Certains parlent d’une auto extrêmement dangereuse, pouvant exploser à tout bout de champ. D’autres proclament l’implantation d’un nouveau cartel qui contrôlera le prix du gaz, et il y a ceux qui argumentent que la production d’hydrogène s’avère souvent très polluante et beaucoup plus énergivore que l’extraction de pétrole.

La réalité est tout le contraire. L’hydrogène n’est pas nouveau. Il fait même partie de nous – dans l’eau que l’on boit –, mais il est utilisé et rejeté par plusieurs entreprises manufacturières au pays. À l’heure actuelle, le Canada bénéficie d’un surplus d’hydrogène important.

De plus, il existe déjà des entreprises spécialisées dans la transformation propre et renouvelable du gaz. Prenons Air Liquide, par exemple, une entreprise française qui vend de l’hydrogène propre, conçu avec l’électricité bleue du Québec à son centre à Bécancour, en banlieue de Montréal.

Et pour ce qui est des craintes en matière d’explosion soudaine, sachez que les risques sont beaucoup moins élevés qu’avec un réservoir à essence. L’hydrogène est un gaz très léger qui se dissipe rapidement dans l’atmosphère. Or, dans le cas peu probable que le réservoir soit obstrué, le gaz s’échappera tellement vite dans l’air que les risques d’ignition sont faibles.

Mais pourquoi s’en servir pour alimenter une voiture?

L’auto à hydrogène, c’est en réalité une auto électrique, sauf que l’on se débarrasse presque entièrement de la batterie au lithium et de la dépendance à un réseau électrique.

Au lieu de l’énorme batterie, la voiture dispose d’une pile à combustible à hydrogène, mieux connue sous le nom Fuel Cell. Ainsi, grâce à une réaction chimique – en quelque sorte le contraire de l’électrolyse –, elle transforme le gaz en électricité pour alimenter le moteur. On a donc affaire à une voiture qui crée sa propre électricité. Certes, une petite pile au lithium est encore nécessaire pour aider à stocker l’énergie produite, mais elle est beaucoup moins volumineuse que celle d’un VÉ conventionnel.

Tout ce qui sort de l’échappement, c’est de la vapeur! De plus, le remplissage du réservoir s’effectue en quelques minutes, comme pour une auto à essence, contrairement à une voiture électrique qui requiert, du moins pour le moment, quelques heures pour recharger ses batteries.

Finalement, le grand avantage, c’est l’autonomie, qui promet d’être ex aequo avec l’auto à essence, et des fois même plus élevée. Pour ce qui est du Hyundai NEXO 2019, on promet une autonomie totale de 600 km.

Le NEXO n’est pas le premier en son genre, car il représente le deuxième effort du constructeur suite au Tucson FCEV commercialisé en 2013 sous location limitée seulement. À l’heure actuelle, Toyota et Honda disposent eux aussi de voitures FCEV : la Toyota Mirai est disponible en location dans certaines régions ciblées du Québec; la Honda Clarity Fuel Cell, quant à elle, n’est commercialisée qu’en Californie, en location. Le NEXO est donc le premier véhicule à hydrogène que les consommateurs canadiens pourront acheter.

L’idée derrière sa commercialisation est de mettre un véhicule sur la route, forçant ainsi les infrastructures à croître. Des pourparlers avec certaines entreprises pétrolières, comme Shell et Irving, sont déjà en branle afin de greffer des stations d’hydrogène aux pompes à essence.

Photo: William Clavey

Un VUS comme les autres

Pas beaucoup plus gros qu’un Hyundai Santa Fe à essence, le NEXO dispose d’un coffre volumineux, n’affichant aucun compromis en matière de polyvalence malgré son système de propulsion innovateur. Hyundai promet un espace de chargement total de 1 600 litres une fois la banquette arrière rabaissée, un tantinet moins spacieux que son frère à essence, le Hyundai Tucson (1 754 litres), ou que ses concurrents comme le Mazda CX-5 (1 852 litres).

Pour l’instant, le NEXO est le seul FCEV à offrir autant de polyvalence.

Propulsé par un moteur de 120 kW d’une puissance de 161 chevaux et d’une couple de 291 lb-pi, le NEXO n’est pas rapide ni aussi agile que son petit frère, le Kona, mais il est doux, les accélérations sont promptes, et la qualité de roulement est du même niveau que les meilleures voitures de luxe à essence sur le marché. On apprécie également l’habitacle somme toute spacieux, confortable, silencieux et pourvu d’une finition et d’un design dignes de mention, arborant des matériaux écologiques et de grande qualité. L’interface multimédia, incorporée dans un énorme écran de 12,3 pouces – manipulable soit de façon tactile, soit avec des commandes physiques – est attrayante, facile à saisir et intuitive, tout en intégrant les plus récentes technologies en matière de connectivité.

Hyundai protège le NEXO, ainsi que sa pile, sous une garantie de huit ans / 160 000 km. Pour le moment, aucun prix de vente n’est annoncé, mais si l’on se fit à sa concurrence, la Toyota Mirai, il risque d’être très dispendieux. On ignore aussi le coût de revient, car les tarifs d’hydrogène ne sont pas encore adaptés à la propulsion de voitures, et on ignore si les infrastructures grandiront comme Hyundai l’espère. Pour le consommateur désirant s’en procurant un, c’est un risque.

Le Hyundai NEXO représente néanmoins un effort d’un constructeur automobile de proposer un carburant alternatif. Avec les batteries au lithium qui deviennent de plus en plus performantes, qui sait si la voiture à hydrogène prendra de l’ampleur? Chose certaine, nous vivons dans une révolution automobile fascinante où les consommateurs auront bientôt plusieurs choix écologiques à leur portée.

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