Bentley Mulsanne 2016: Pour toutes les sortes de riches

Tel que publié dans le Guide de l'auto 2016

Depuis son arrivée sur cette Terre, l’Humain n’a eu de cesse de façonner celle-ci à sa guise. Cette transformation fut d’abord lente puis s’est accélérée de manière exponentielle avec la révolution industrielle. En quelques dizaines d’années sont apparus le cinéma, la radio, le téléphone, l’automobile, l’avion et les gratte-ciel. Puis l’électronique a amené la télévision, facilité les communications, fait rapetisser les dimensions de tous les appareils. L’Humain a appris à observer l’infiniment petit et à construire l’immensément grand. Les barrages hydroélectriques, les zeppelins, la Bentley Mulsanne…

Il faut dire que Bentley n’a jamais fait dans le petit. Créée en 1919 par Walter Owen Bentley, un homme qui n’était satisfait que lorsqu’il obtenait le meilleur, la marque à la lettre B ailée s’est rapidement fait un nom dans la course automobile. Ses créations ont toujours été surpuissantes, démesurées, intenses. La tradition se poursuit encore aujourd’hui.

Allez, allez, on dégage…

La Mulsanne en est la plus récente preuve. Son style, tout d’abord, en jette plein la vue. À la limite du grotesque, la partie avant, avec ses grands phares placés de chaque côté d’une immense calandre, annonce aux mortels une présence hors du commun. Oui, de la présence, la Mulsanne en a! Coller au derrière d’une Civic blanche ayant pris possession de la voie de gauche sur l’autoroute 20 et voir, via son rétroviseur intérieur, le visage terrifié du conducteur puis le clignotant de droite se mettre en fonction est un bonheur qu’il faut avoir vécu au moins une fois dans sa vie (tout en restant dans les limites de la légalité, évidemment…) 

Le confort de l’habitacle ne peut se décrire qu’en termes poétiques et, enfermé dans cet espace dont le luxe a fait son apanage, prêt à prendre le volant d’une voiture qui tient de l’hommage, on fait attention pour ne pas salir les sièges quand on mange du fromage.

La Mulsanne, c’est le genre de voiture dont le luxe n’a pas été ajouté. C’est du luxe auquel on a ajouté une voiture. Rien, absolument rien n’a été négligé. Une moulure en aluminium brossé coûtera 1 000 $ de plus qu’une autre d’une qualité un zeste inférieure? Chez Bentley, comme chez quelques autres marques prestigieuses, on ne se pose pas la question! On augmentera le prix de vente d’autant, c’est tout. Sur un demi-million de dollars, ça ne paraîtra même pas. 

La noblesse des matériaux ne se décrit pas avec de simples mots et le dictionnaire des superlatifs est requis. Le design un peu vieillot du tableau de bord constituerait un accroc au protocole de la modernité pour toute automobile le moindrement dispendieuse. Pas dans une Mulsanne. Au contraire, en plus de rappeler les origines anglaises, donc forcément nobles, de la marque, il nous lance au visage que ce n’est pas le reste de l’industrie automobile qui dictera à Bentley le chemin à prendre.

Un V8, tout simplement

Sous le capot, un V8, tout simplement. Huit cylindres comme on en retrouve chez les vulgaires BMW ou Mercedes-AMG. Mais un huit cylindres de 505 chevaux et 752 livres-pied de couple. À 1 750 tours/minute, svp. Si vous ne savez pas ce que ces chiffres veulent dire, ce n’est pas grave. Écrasez l’accélérateur et laissez-les s’exprimer. Il va probablement vous en coûter une dizaine de dollars d’essence (super, bien sûr) pour cette unique accélération, mais ce sera comme une révélation. Qu’est-ce que ça avance!

Quoique parfaitement inutile, une version encore plus puissante de ce moteur est installée dans la Mulsanne Speed. Selon Bentley, elle permet le 0-100 km/h en 4,9 secondes. Même si 530 chevaux et, surtout, un couple de 811 livres-pied constituent une inépuisable source de puissance, il demeure que 2 711 kilos à déplacer, c’est pas de la tarte. Mais, bon, quand on navigue dans les très hautes sphères du pouvoir économique, sans doute qu’il s’agit là de la moindre des choses pour une automobile…

Mais tout ce que vous venez de lire, c’était pour les riches les plus pauvres. Pour les autres, il y a Mulliner, un carrossier associé à Bentley depuis des décennies qui existe pour répondre aux extravagances les plus sérieuses comme les plus folles. Le prix des voitures qui sortent de ses ateliers est tout simplement indécent. Et ça, ça fait plaisir aux riches les plus riches.

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