Chrysler 300, l'enfant du divorce

Tel que publié dans le Guide de l'auto 2009

Voici une voiture qui dès son arrivée, s’est fait acclamer par la critique tout en permettant à la division Chrysler de regagner ses lettres de noblesse. On ne pouvait même pas, chez ce constructeur, anticiper l’impact qu’allait avoir cette grosse berline sur la culture automobile nord-américaine. À preuve, vedettes du hip-hop et autres joueurs de la NBA normalement affectés à des volants de Bentley et Range Rover se procuraient en grand nombre cette berline de « bas de gamme » ! Pourquoi ? Simple question de tendance. Objet culte et dont le mot d’ordre est attitude, la 300 n’a aujourd’hui rien perdu de son panache, malgré ses cinq ans bien sonnés. Et c’est parfait ainsi.

Cette voiture, née de l’alliance entre Daimler AG et Chrysler, aura cependant vu sa famille déchirée par le divorce des deux entreprises en 2007. L’impact n’aura pas été important pour elle, puisque la 300 demeure encore l’un des produits les plus marquants de toute la gamme Chrysler. En revanche, il lui faut cette année dire adieu à sa jumelle non identique, la Dodge Magnum, avec qui toute cette belle aventure a débuté. Les ventes très discrètes de cette familiale (moins de 2 500 unités au Canada l’an dernier) auront forcé les nouveaux gestionnaires de Chrysler à l’éliminer.

Du style !

Bien sûr, le style provocateur de la 300 est en grande partie responsable de son succès. Le designer Ralph Gilles, à qui l’on doit aussi la nouvelle camionnette Ram, s’est véritablement surpassé en concevant les voitures issues de la plate-forme LX. Le porte-à-faux avant très court, la calandre agressive, les pourtours d’aile proéminents et la ceinture de caisse très élevée ne sont que quelques-uns des éléments qui font de cette voiture une pure réussite sur le plan esthétique. Bien sûr, en lui infligeant une quantité importante d’accessoires chromés et des jantes surdimensionnées, le résultat est encore plus sensationnel. Il faut cependant admettre qu’en optant pour un modèle à traction intégrale, la 300 voit sa garde au sol augmentée de quelques centimètres, ce qui influe sur le style de la voiture. Cette impression de low-rider que trans- met la 300 s’estompe donc avec le rouage intégral, changeant ainsi son caractère de façon directe.

À bord, on affectionne la présentation soignée, l’instrumentation très riche et le style réussi de la planche de bord, mais on déplore la présence de certains plastiques un peu bon marché. Heureusement, les ingénieurs ont su corriger l’an dernier bon nombre de défauts relatifs à la qualité d’assemblage, ce qui permet d’affirmer que les craquements sont aujourd’hui presque inexistants à bord de la 300.

Grâce à une colonne de direction inclinable et télescopique ainsi qu’un siège confortable et réglable de multiples façons, le conducteur peut adopter une position de conduite des plus agréables. Certains n’affectionnent peut-être pas le fait de devoir composer avec une ceinture de caisse aussi élevée, parce que cela réduit la visibilité, mais il faut dire qu’une grande partie du caractère de la voiture est issu de cet élément de style. Naturellement, l’espace est généreux devant comme derrière, et le confort est royal. Quant au coffre, il est lui aussi très volu mineux, mais sa finition est malheureusement bâclée.

Intégrale assoiffée

Compte tenu du prix du carburant qui fluctue à la hausse en moins de temps qu’il en faut pour écrire ces lignes, il est clair que la majorité des acheteurs porteront leur choix sur les versions Touring et Limited. Ces dernières sont dotées d’un V6 de 3,5 litres qui fait équipe avec une boîte automatique à quatre rapports. Cette mécanique, vous en conviendrez, n’a rien de bien exceptionnel, mais propose un bon rendement, tant en matière de performance que du point de vue de la consommation. Il faut cependant savoir qu’en optant pour la traction intégrale, la consommation d’essence grimpe radicalement, au point de dépasser légèrement celle de la 300C à moteur V8 HEMI de 5,7 litres. De 12 litres aux 100 km avec un modèle à moteur V6 propulsé, vous passerez à 13,5 litres avec une 300C et à environ 14 litres avec une version à traction intégrale, qu’elle soit équipée du V6 ou du V8.

Peut-être aurez-vous compris qu’avec la traction intégrale, vaut mieux se tourner du côté du moteur HEMI qui propose un rendement nettement plus impressionnant que celui du V6. Il faut dire que ses 90 chevaux supplémentaires, ajoutés au fait qu’il compose avec une boîte automatique plus moderne, changent de façon radicale le tempérament et la conduite de la voiture. Quant à la version SRT8, elle affiche des performances carrément hallucinantes (0-100 km/h en 5 secondes), une sonorité des plus envoûtantes et une gueule à couper le souffle. Mais tout cela se paie, car la consommation appréciable vous obligera même à débourser une surcharge de taxes pour véhicule à émissions polluantes élevées. Tenez-vous-le pour dit, la 300 est dotée d’un châssis rigide et d’une direction précise.

Malgré ses dimensions, la voiture demeure maniable et n’affiche qu’un faible roulis en virage. Cependant, cette dernière affirmation concerne moins les modèles à traction intégrale, leur centre de gravité étant plus élevé. À ce propos, sachez qu’avec l’efficacité des divers systèmes d’aide à la conduite offerts sur la 300, l’option de la traction intégrale n’est pas une nécessité au Québec. En quête d’une grosse berline ? Vous avez plusieurs choix, qu’ils se nomment Taurus, Impala, Allure, Avalon ou autres. Mais si vous désirez en plus bénéficier d’un style, d’une attitude et d’un plaisir de conduite, il n’en reste qu’un : la Chrysler 300.

FEU VERT

OEuvre d’art esthétique
Routière étonnante
Puissance de haut niveau (V8)
Habitacle agréable

FEU ROUGE

Traction intégrale augmente la consommation
Gros appétit de carburant (V8)
Facture qui grimpe vite avec les options
Quelques plastiques encore bon marché

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