Jaguar F-Type S Coupé 2015: Beauté mobile

Points forts
  • Design intemporel
  • Moteurs puissants
  • Transmission bien adaptée
  • Comportement sportif
  • Finition intérieure digne de mention
Points faibles
  • Visibilité arrière pourrie
  • Coffre assez restreint, merci
  • Mode de conduite Normal trop normal
  • Consommation correcte sans plus
  • Fiabilité encore incertaine
Évaluation complète

En 1995, le Musée des beaux-arts de Montréal accueillait une exposition exceptionnelle appelée Beauté Mobile. On y retrouvait des voitures sublimes qui ont marqué le design et leur époque. Il y avait une Voisin C6 des années 20, la Jamais-Contente qui m’a quasiment arraché une larme tellement j’étais ému de voir, de mes yeux, cette voiture unique qui fut la première à franchir la barre des 100 km/h, une Auburn Boattail des années 30, une Cord 810 et j’en passe des dizaines. Si Beauté Mobile revenait aujourd’hui, la Jaguar F-Type Coupé ferait partie de cette élite.

Je n’ai rien d’un designer (j’ai de la difficulté à tracer une ligne droite avec une règle) mais je trouve que les lignes fluides, arrondies aux bons endroits, la ligne parfaitement courbée du toit, les feux arrière allongés et l’échappement double au centre s’unissent pour former un tout parfaitement cohérent et, à mes yeux, d’une extraordinaire beauté.

Belle en dehors comme  en dedans. Le tableau de bord enveloppe le pilote, ce qui le place au centre de l’action et le petit volant, carré dans sa partie inférieure, se prend bien en main. Les sièges, très confortables, compensent les suspensions, assez dures. Quant à la qualité des matériaux, elle est excellente. C’est une Jaguar après tout.

Tout est parfait?

Que non! L’habitacle, sans être le plus petit de la catégorie, est quand même restreint et les claustrophobes pourraient ne pas apprécier. Le coffre, lui, ne fait pas dans le petit. Il fait dans le lilliputien. Dans un autre ordre d’idées, il est sans doute plus facile de reculer avec un camion de 200 tonnes dans une mine qu’avec une Type F Coupé tant la visibilité arrière est pauvre. Heureusement, il y a une caméra de recul mais sa définition est assez ordinaire.

Sur le tableau de bord, on retrouve des buses de ventilation rétractables électriquement. Ça impressionne le passager à coup sûr, néanmoins, connaissant la réputation de Jaguar en termes de fiabilité, surtout au niveau de l’électricité et de l’électronique, j’espère qu’il y a un plan B prévu pour alimenter la cabine en air frais ou chaud. Il y a beaucoup d’espaces de rangement dans la F-Type Coupé : vos poches, vos cuisses, le siège du passager s’il n’est pas occupé, le dessus de la console... Oh, il y a bien des vide-poches dans les portières et un espace de rangement entre les deux sièges, mais ils sont à peu près inutiles.

Heureux compromis

La F-Type Coupé que Jaguar nous a prêtée était une version S, dotée d’un V6 3,0 litres surcompressé développant 380 chevaux  et 339 livres-pied de couple. Ce moteur compte 40 chevaux de plus qu’une version de base mais 170 de moins que la démentielle R et son V8 5,0 litres surcompressé. N’allez surtout pas croire que les 380 chevaux sont insuffisants. En fait, ils sont amplement suffisants! Les accélérations sont vives (5,1 secondes entre 0 et 100 km/h), les reprises aussi (3,8 entre 80 et 120 km/h) dans une belle sonorité, un peu trop étouffée à mon gout, même quand l’échappement actif est en fonction.

La transmission compte huit rapports et relaie la cavalerie aux roues arrière. Cette boite passe ses rapports rapidement et son appellation Quickshift n’est pas usurpée, surtout en mode Sport. Elle réussit à maintenir les révolutions du moteur à 1 800 tr/min à 100 km/h sur le Drive. Elles montent à 3 400 quand on place la boite en mode Sport. Lors de la semaine d’essai, j’ai obtenu une moyenne de 11,2 l/100 km selon l’ordinateur de bord (12,6 selon mes calculs – 750 km pour 94,25 litres de super). Compte tenu de la puissance, du poids élevé de cette sportive et de plusieurs accélérations inopinées pour le simple plaisir, cette consommation est correcte. Soulignons la faible autonomie de la voiture. Au mieux, on peut conduire 500 km sans faire le plein.

Le moteur se réveille grâce à un bouton sur la console centrale, un bouton couleur or tout comme les palettes de changement de rapports derrière le volant. Personnellement, je considère ce choix de couleur très malheureux. Ian Callum, directeur du design chez Jaguar, aurait dû me consulter avant. Je vais lui en parler lors de notre prochain déjeuner…

Du sérieux

Dès les premiers tours de roue, la vivacité de la direction surprend. Vivement la première courbe! La F-Type S Coupé s’inscrit en virage avec une étonnante précision malgré son poids élevé. Les suspensions n’autorisent qu’un minimum de roulis et les Pirelli P Zero (255/35ZR20 à l’avant et 295/30ZR20 à l’arrière) mordent le bitume comme si leur vie en dépendait. Heureusement car la vie du pilote, elle, en dépend! En cas de pépins, les freins opèrent avec puissance, surtout en début de course. Cependant, l’ABS n’est pas très discret, une déception dans une voiture de près de 100 000 $. Si le pilote le désire, il peut désactiver le contrôle de la stabilité et s’amuser ferme… pour autant qu’il ait les connaissances et la route pour ce faire. Car les pneus ont beau coller au bitume, ceux à l’arrière peuvent décrocher très, très vite. J’ai déjà fait l’essai d’une V6 S décapotable, dotée des mêmes éléments mécaniques. Cette dernière possède des réactions un zeste moins aiguisées. On ne s’achète pas une décapotable pour les mêmes raisons qu’on achète un coupé. « Qu’on loue », devrais-je plutôt écrire dans le cas de Jaguar; la valeur de revente des voitures de la noble marque anglaise diminuant très rapidement.

C’est de valeur

La valeur… voilà où le bât blesse le plus chez Jaguar. Notre exemplaire coutait 87 000 $ avant le transport, la préparation et les inévitables taxes. Les pièces sont très dispendieuses et le réseau de concessionnaires est ténu. Pour le même prix, il y a une certaine Chevrolet Corvette, une rivale directe, plus puissante, plus fiable, technologiquement plus avancée et plus facile (et moins couteuse) à entretenir. Pourtant, si on me laissait le choix, j’irais vers la F-Type, plus rare et plus « émotive », moins froide, selon moi.

La Jaguar F-Type S Coupé n’est pas qu’une belle machine. Elle est aussi hyper compétente. J’ai eu l’occasion d’aller la montrer à des jeunes raccrocheurs de l’école le Goéland de Sherbrooke. Quand je vais parler de mon métier aux étudiants de mon amie Karina Veilleux, j’essaie de toujours arriver avec une voiture qu’ils n’oublieront pas de sitôt. Avec la F-Type Coupé, je pense avoir réussi mon coup!

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