Manic GT 1971, une voiture franco-québécoise

En cette veille des Fêtes de la Saint-Jean, il nous fait plaisir de vous présenter une voiture québécoise dont les racines sont françaises, à l'image de plusieurs Québécois, la Manic GT!

Dans le Guide de l'auto 2011, nous faisions une rétrospective de quelques voitures produites au Québec. Voici donc le reportage que nous avions fait sur la Manic. Mais avant, parlons de l'histoire de la Manic qui fait la pose pour les besoins de cet article. Cette voiture appartenait à l'oncle de Pierre Côté de la région de Sherbrooke. Quand son oncle apprit qu'il avait le cancer, il l'a donnée à Pierre pour que ce dernier la restaure et en prenne bien soin. Pierre lui a alors promis que dès que la restauration serait terminée, il irait lui faire faire un promenade dans SA Manic. Chose promise, chose dûe et Pierre a respecté sa parole!

Et maintenant, l'histoire de la marque et de la voiture Manic...

C’était au début des années 70. La Belle Province passait de la Révolution Tranquille à une période très prospère. C’était l’époque des grandes réalisations. L’autoroute Métropolitaine et l’échangeur Turcot étaient tout neufs, les Jeux Olympiques autorisaient les rêves les plus fous et nos meilleurs ingénieurs érigeaient les plus imposants barrages hydroélectriques au monde.

Dans cet élan socio-économique, une petite voiture sport est apparue, porteuse d’avenir. La Manic. Un nom qui référait à l’immensité du territoire québécois, au prestige et à la solidité de l’oeuvre.

Curieusement (peut-être pas tant que ça pourraient confirmer des sociologues !), c’est un Français qui est à l’origine de la Manic.

Jacques About, coureur automobile et hommes d’affaires, est attiré par l’émergence du Québec là où il y a assurément de bonnes opportunités. Cependant, le Français n’a pas un sou vaillant en poche. Tout ce qu’il sait, c’est qu’il y construira une voiture qui s’appellera Manic! L’histoire de la Manic commence par la course automobile. Pour financer sa future création, About se lance en compétition automobile. Soutenu par le cigarettier Gitanes (les temps ont changé…) et le constructeur français GRAC, notre homme d’affaires veut faire connaître le nom Manic. La monoplace de Formule B établit de nouveaux records aux circuits de St-Jovite et de Mosport, fournissant ainsi capital et crédibilité au projet de About.

Attirés par l'argent

Attisés par le feu ardent du profit, Bombardier, la Caisse de Dépôt, la famille Steinberg et le gouvernement du Canada ainsi que plusieurs autres bailleurs de fonds aux reins solides investissent un million et demi de dollars dans l’aventure. Les premières Manic GT sont montées à Terrebonne mais Jacques About voit grand. Une usine de 60 000 pieds carrés est déjà en construction à Granby (l’actuelle Velan pour ceux qui connaissent cette ville). Elle est inaugurée le 1er janvier 1971. Quarante emplois sont créés et il sera possible de produire trois Manic GT par jour. On prévoit déjà une production de plus de 2 000 voitures par année.

La Manic GT est étroitement dérivée de la Renault 8 dont elle reprend le châssis et la mécanique. La carrosserie est inédite même si le pare-brise et la vitre arrière proviennent encore de Renault. Son moteur arrière est un quatre cylindres de 1,3 litre et est proposé en trois versions 65, 80 et 105 chevaux. La transmission de base possède quatre rapports et une boîte optionnelle en propose cinq. Chose rare pour l’époque, les quatre freins sont à disque et les suspensions avant et arrière sont indépendantes. Selon le moteur choisi, la vitesse de pointe peut atteindre 169, 193 ou 217 km/h. Mais à de telles vitesses, la voiture d’à peine 658 kilos (1 450 livres) se soulève, victime de la mauvaise répartition du poids (tout à l’arrière) et de son aérodynamique, peu étudiée. À cette époque, la conception de la sécurité était bien différente… Puisqu’il s’agit d’une Renault carrossée différemment, l’entretien était assuré par les concessionnaires québécois de la marque française. Neuve, une Manic GT coûtait entre 2 200 et 3 400 $, une valeur assez élevée pour l’époque.

Une mort trop rapide

Une usine flambant neuve, du capital et une voiture bien née, selon le Guide de l’auto 1970. Pourtant, après seulement 100 voitures complétées, le 29 mai 1971, on met la clé dans l’usine. La Manic dépendait exclusivement de pièces Renault et comme l’entreprise française hésitait à s’embarquer à fond dans l’aventure, Jacques About dut rapidement mettre un terme à sa folle équipée.

Qui sait ce que serait devenue l’industrie automobile québécoise si la Manic GT avait connu le succès espéré…

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