Ford Thunderbird, la génération perdue

Tel que publié dans le Guide de l'auto 2005

Lorsque l'année 2005 ne sera plus qu'un souvenir lointain, les amateurs de voitures anciennes se pencheront sur la toute dernière génération de la Ford Thunderbird comme ceux d'aujourd'hui se penchent sur la Pinto... Avec un regard à la fois amusé et condescendant ! Même si l'ampleur du désastre se montre moindre pour la Thunderbird, reste que le public ne retiendra de cette expérience que la perception d'un échec.

La Thunderbird avait pourtant tout pour réussir. Et n'eut été du manque de clairvoyance de Ford, elle aurait gagné haut la main. Le synchronisme était parfait puisqu'elle a été présentée au public au moment où la vague rétro surfait à son plus fort (regardez les ventes des New Beetle, PT Cruiser et Mini !). De plus, sa robe est affriolante, c'est le moins qu'on puisse dire. Mais c'est à se demander si au cours d'une réunion informelle tenue un vendredi vers 15 heures, les dirigeants de chez Ford ne se sont pas dit : « Tout ce qui est rétro se vend comme des petits pains chauds ! Claude, trouve-nous un concept pour lundi matin, on va le mettre en vente lundi soir ! » J'exagère mais peut-être pas tant que ça. Regardons-y de plus près...

La plus récente génération de la T'Bird, comme l'appellent ses intimes, a vu le jour en 2002. Sa ligne reprend plusieurs signatures visuelles qui avaient fait le succès de la première mouture, dévoilée en 1955. Pour le châssis et la mécanique, on a repris les principaux éléments de la Lincoln LS. Cette dernière affiche une tenue de route affirmée, une solidité de construction imparable et une qualité d'ensemble impressionnante. Malheureusement, la sauce Thunderbird n'a pas tourné comme prévu...

Mais cessons d'assassiner celle qui n'est pas encore morte (ça devrait venir sous peu puisqu'on chuchote qu'il n'y aurait pas de modèle 2006...) ! Même après quelques années, la pureté de la carrosserie fait encore tourner les têtes. Les designers ont su s'approprier une partie du passé sans tomber dans la nostalgie à outrance. Du grand art. Dans l'habitacle, c'est du « j'aime » ou du « j'haïs ». Personnellement, j'aime les beaux cadrans abrités dans une nacelle en forme de demi-cercle et les plastiques de couleur plutôt voyante offerts en option. D'ailleurs, pas moins de quatre coloris s'offrent au consommateur pour égayer l'habitacle. L'assemblage, par contre, se montre quelquefois lâche et les espaces de rangement sont pratiquement inexistants. La position de conduite ne cause pas vraiment de problèmes et les sièges, que certains trouvent inconfortables, n'ont pas incommodé mon douillet corps. Le système audio a de quoi vous emplir les oreilles et jamais un CD des Beach boys ne m'est apparu aussi intéressant écouter... ou plutôt à faire écouter aux passant !

Le toit électrique se manipule aisément et rapidement, et sa toile se montre particulièrement étanche, autant à l'eau qu'aux bruits environnants. Dans un climat comme le nôtre où l'été se passe entre le 7 et le 9 juillet les années paires seulement, ce genre de détail vaut son pesant d'or ! Par contre, lorsque la capote est baissée, quiconque s'évertue à placer le cache-capote en est quitte pour aller en enfer le reste de l'éternité, les mots religieux étant soudainement utilisés sans trop de discernement... Finalement, on le fout au fond du garage jusqu'à la prochaine vente de garage. Pour un cabriolet, il est surprenant de ne pas trouver, même en option, de filet pare vent. L'explication se trouve peut-être du côté du coffre qui, avec son pauvre espace de rangement de 190 litres, ne pourrait tout simplement pas contenir pareil accessoire... Pour les 363 jours de mauvais temps, un très joli toit rigide est offert (avec l'incontournable hublot si cher aux premières T'Bird) selon Ford du Canada, ce toit serait en équipement de série en 2005. Trop beau pour être vrai, nous sommes incrédules. Il ajoute pas moins de 37,6 kilos à la voiture tout en réduisant dangereusement la visibilité 3/4 arrière !

Maintenant, on tourne la clé de contact... Le V8 3,9 litres jouit d'une belle sonorité et ses 280 chevaux ne se font pas prier pour travailler dès que le pied droit effleure l'accélérateur ou l'enfonce lors d'un dépassement, peu importe le régime du moteur. La transmission automatique à cinq rapports effectue généralement un excellent boulot mais, à certaines occasions, en accélération assez vive, par exemple, elle hésitait beaucoup trop. L'homogénéité d'un véhicule relève de plusieurs facteurs et non seulement de la puissance. On a doté la Thunderbird d'une direction aussi légère qu'un gâteau des anges. Les suspensions assurent un bon confort, mais elles s'avèrent trop flasques et leur géométrie ne permet pas d'assurer un bon contact avec la route, surtout si elle est bosselée. De plus, ces éléments de suspension sont boulonnés à un châssis manquant nettement de rigueur. Malgré tout, la voiture demeure stable si le virage est bien pavé même si on note un important roulis. Quant aux freins, ils effectuent leur besogne avec professionnalisme.

La T'Bird est décevante si on veut exploiter le côté sportif que sa carrosserie laisse présager. Mais à 110 km/h sur une belle autoroute ou stationnée devant un Dairy Queen par une chaude soirée de juillet, on ne peut guère demander mieux. Si j'avais un peu plus de cheveux blancs et plus de 50 000 $ à dépenser pour me faire remarquer, je signerais un contrat d'achat avec plaisir !

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