Mercedes-Benz Classe S, la Maybach du pauvre

Tel que publié dans le Guide de l'auto 2004

Même s'ils ont été surclassés par la Maybach au sommet de la gamme Mercedes-Benz, les divers modèles de Classe S demeurent de superbes voitures de luxe exhibant fièrement les vastes ressources technologiques de ce constructeur et une qualité de construction rarement prise en défaut. Aussi bien la S430 que les S500 et 600 possèdent tous les atouts pour jouer les limousines, abandonnant à la Maybach son titre de voiture d'apparat frisant la démesure. D'autant plus que l'on peut trouver plaisir à conduire une Classe S alors que l'autre exige obligatoirement un chauffeur privé.

Arrivées au mitan de leur carrière, les grandes Mercedes se sont vu offrir l'an dernier tout un bagage de nouveautés. Visuellement, les pare-chocs, les phares, la calandre et les feux arrière ont été retouchés tandis que l'intérieur nous montre un écran agrandi pour le système de commandes COMAND. Côté technique, le système PRE-SAFE est programmé pour déceler l'imminence d'une collision et prendre les mesures nécessaires pour minimiser les dégâts. Ainsi, le toit ouvrant se referme tout seul pendant que les ceintures de sécurité se resserrent.

Offerte en cinq versions (S430 normale et à empattement allongé, S500, S600 et S55 AMG), la Classe S voit sa puissance s'échelonner de 275 chevaux (S430) à 493 chevaux (S600) et la gamme de prix est tout aussi élastique. La S600, incidemment, vise à détrôner la BMW 760Li qui doit se contenter de 438 chevaux.

Curieusement, la S55 AMG à moteur V8 de 5,5 litres gavé par deux turbocompresseurs affiche la même puissance que la S600. Il y a une histoire d'orgueil là-dessous puisque la berline à moteur V12 pouvait en imposer à la S55 l'an dernier avec ses 500 chevaux bien comptés. Pour qu'il n'y ait pas de chichis entre AMG et Mercedes, on les a mises à égalité.

Une transmission à sept rapports

Pour 2004, la S500 bénéficie, comme plusieurs autres modèles Mercedes, d'une nouvelle transmission automatique à sept rapports appelée 7G-TRONIC, une première mondiale pour une voiture de série, tandis que les S430 et S500 peuvent se battre contre les Audi A8 en proposant le très efficace système 4MATIC, une désignation qui identifie la présence de quatre roues motrices.

Revenons brièvement sur la nouvelle transmission pour souligner qu'elle n'augmente pas sensiblement le poids de la voiture en raison de son enveloppe en magnésium. Les ingénieurs de Stuttgart ont préféré cette solution à la transmission CVT à rapports continuellement variables pour abaisser la consommation et le niveau sonore tout en améliorant les accélérations et les reprises. Avec un tel nombre de rapports, les changements de vitesse sont quasi imperceptibles et la transmission s'avère d'une grande douceur.

Déjà très silencieux avec l'ancienne transmission à cinq rapports, le moteur de la S500 4MATIC mise à l'essai est désormais à peine audible. Non seulement il livre sa puissance avec discrétion, mais ses performances se révèlent assez remarquables pour une voiture pesant plus de 2 tonnes. Si je devais acheter une Mercedes de Classe S, je me contenterais d'une 430 à empattement court avec traction intégrale que je considère comme le modèle offrant le meilleur rapport qualité/prix. Avec l'option 4MATIC, même la tenue de route en sort gagnante et la voiture affiche un comportement routier spectaculaire. Il est loisible de régler la suspension pour obtenir un roulement axé sur le confort ou sur la tenue de route. Dans ce dernier cas toutefois, la voiture préfère les revêtements plus que parfaits et elle peut devenir un peu brutale au passage de nids-de-poule ou d'autres vices apparents de notre réseau routier. Si le freinage est rassurant, la direction pourrait se faire un peu moins lourde et offrir une meilleure sensation de contact avec la route?

Pas de clé mais une carte

Je ne consommerai pas le reste de ce compte rendu à vous parler du luxe copieux de ces grandes Mercedes. Qu'il me suffise de dire que les équipements sont à la fois nombreux et somptueux. Et il est important de souligner qu'en matière de sécurité active et passive, il n'existe pas beaucoup de voitures aussi bien nanties que ces modèles de la Classe S. La clé qui prend la forme d'une carte électronique m'apparaissait comme un simple gadget avant que je constate à quel point il est commode de ne pas avoir à fouiller dans ses poches (ou dans son sac à main) pour retrouver ses fameuses clés. Le seul fait d'avoir la carte sur vous vous permet de déverrouiller la porte simplement en appuyant sur la poignée et de lancer le moteur au moyen d'un bouton placé sur le dessus du levier de vitesses. C'est plus facile que de dégrafer les pare-soleil qui exigent une poigne solide pour sortir de leur logement.

Ce beau conte de fées a cependant été entaché par quelques petites anomalies de fonctionnement qui donnent à penser qu'une trop forte dépendance électronique peut quelquefois assombrir le dossier d'une voiture au demeurant très bien construite. Notre voiture d'essai ne faisait pas exception à la règle et le frein d'urgence avait la fâcheuse habitude de ne pas se débloquer complètement, provoquant une vibration assez inquiétante à une vitesse normale. En plus, après avoir enclenché le point mort, il était difficile à l'occasion de pousser le levier en Drive. Rien toutefois pour nous laisser en panne sur le bord de la route.

Il est sûr cependant que cela fait réfléchir, mais la plus belle femme du monde ne peut donner que ce qu'elle a tout en faisant des caprices occasionnels.

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