Land Rover Discovery, une déception de 58 000 $

Tel que publié dans le Guide de l'auto 2004

Il y a des véhicules qu'on aimerait pouvoir louanger et, pour moi, le Discovery de Land Rover fait partie de ceux-là. Sa silhouette dessinée pour répondre à des besoins pratiques sort de l'ordinaire et nous fait rêver à de longues excursions dans la jungle amazonienne. Sa soute à bagages avec ses deux strapontins et son accès par un marchepied hydraulique est un autre élément du véhicule qui fait différent et nous permet de croire que ce gros tout-terrain fait partie d'une classe à part. Malheureusement, à l'usage, cet essai a été une déception de 58 000 $, soit le prix affiché sur un carton indicateur glissé dans le vide-poches de la portière gauche.

Pourtant, le « Disco » a connu une multitude d'améliorations l'an dernier alors que plus de 368 modifications mécaniques ont été apportées à cette excentrique britannique à la fiabilité mécanique aussi fragile que son comportement hors route était impressionnant. Et veuillez croire que ce Land Rover est un vrai passe-partout. De plus, un nouveau moteur V8 de 217 chevaux venait ajouter un peu plus de muscles. Compte tenu d'un poids de 2235 kilos, cette puissance n'était pas superflue.

Mais avant de prendre la route, vous allez constater que l'habitacle est une source d'irritations majeures.

Prenez place !

Dans mon entrée, je dois admettre que le Disco 4,6 avait fière allure avec sa calandre redessinée inspirée du Range Rover et cette partie arrière du toit qui lui donne ce cachet si particulier. Cette coquetterie permet aux occupants des strapontins d'avoir un meilleur dégagement pour la tête. Et s'il n'y a personne, la capacité de chargement verticale est plus grande. Cette excentricité vous empêche également de fréquenter la plupart des stationnements souterrains de Montréal, comme l'a malheureusement constaté Jacques Duval.

Lorsque le temps est venu de prendre place derrière le volant, j'ai été contraint de me livrer à quelques contorsions, et ce, même si le volant était relevé et le siège reculé à son maximum. Ce n'est pas mal une fois en place, mais il faut presque s'entraîner pour le Cirque du Soleil pour réussir. Mon voisin, de taille plus normale, s'est trémoussé un peu moins, mais il a quand même trouvé l'exercice pénible. Puis, une fois en place, il n'a pu s'empêcher de s'esclaffer : « Le volant cache toutes les commandes placées le long des cadrans indicateurs. Il faut tourner le volant pour les voir et savoir ce qui est quoi. » Chasseur et pêcheur invétéré, notre homme s'est également inquiété du fait que la sellerie de cuir était d'un beige très pâle, une sélection qui cadre mal avec la vocation du véhicule. Imaginez l'état des lieux lorsque deux chasseurs avec chiens et bagages prendront place à bord après une longue journée de chasse !

Il faut également souligner que l'accès à la banquette arrière n'est pas une sinécure en raison d'une ouverture de portière assez étroite. De plus, si votre postérieur est plus large que la moyenne, l'une de vos fesses sera suspendue dans le vide, car la partie extérieure de la banquette est coupée en biais !

Si votre gabarit convient à l'habitacle, vous serez en mesure d'apprécier les multiples espaces de rangement et une finition en progrès. Vous serez sûrement intrigué tout comme moi par la forme inédite des porte-verres. D'ailleurs, il suffirait de quelques changements d'ordre pratique pour que je puisse tomber en amour avec ce gros pataud. Mais il faudrait également améliorer son comportement routier.

Attention, je stationne !

L'anecdote suivante vous donnera rapidement un aperÇu de la conduite d'une Discovery en milieu urbain. Je pénètre dans le stationnement d'un centre commercial au volant de mon Discovery et deux piétons s'arrêtent pour me permettre de stationner. Je m'exécute et tourne vers la gauche. Mais le diamètre de braquage est tellement important que je dois m'y prendre à deux reprises avant d'aligner le véhicule entre les lignes jaunes. J'ai eu l'air d'un nul et pas à peu près. Alors que je sors frustré du Discovery, l'homme et la femme s'approchent pour me dire qu'ils regardent l'émission Le Guide de l'auto et qu'ils me trouvent très drôle. Ils semblent d'ailleurs me trouver encore plus drôle à la suite de mes prouesses de stationnement.

Assis démesurément haut, ayant entre les mains un volant dont le boudin est très gros, le conducteur a l'impression que le véhicule va se renverser dans les virages. D'ailleurs, ce n'est pas par hasard si Land Rover a été la première compagnie à offrir en option le système ACE (Active Cornering Enhancement) qui est un système de correction d'assiette en virage utilisant des vérins hydrauliques commandés par ordinateur. Soulignons au passage que le moteur est bien adapté et la boîte automatique sans reproche. C'est déjà un progrès marqué, car l'ancien moteur était poussif.

Éviter la ville

Irritant en ville, ce Land Rover se trouve sur son terrain de prédilection dans les terres et les sentiers perdus. Son rouage intégral est très efficace, le débattement de la suspension plus que généreux de même que la garde au sol, tandis que la position de conduite, désagréable en ville, semble idéale en forêt. Je ne fais toujours pas confiance au système électronique de retenue en pente, mais Ça fonctionne.

Bref, le Discovery est amélioré, mieux fini et sans doute plus fiable, mais pourquoi annihiler ces progrès par quelques détails qui nous empêchent de l'aimer ?

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