Ford Focus, le chant du cygne

Tel que publié dans le Guide de l'auto 2004

Quatre ans. Quatre ans déjà que la Focus promène sur nos routes ses lignes tendues, son pavillon en arc de cercle, ses phares et ses feux à la géométrie complexe. Quatre ans aussi qu'elle traîne la réputation d'une automobile à la fiabilité douteuse en raison des nombreux rappels (souvent insignifiants) dont elle a fait l'objet. Dans un peu plus d'un an, on efface et on recommence chez Ford, qui promet pour sa compacte des habits tout neufs. D'ici là, la version actuelle entreprend son dernier tour de piste.

Je ne sais pas pour vous, mais moi j'ai toujours apprécié les carrosseries à hayon qui habillent la Focus. Et cette originalité de style se retrouve également dans son habitacle avec un tableau de bord lacéré à coups de canif. Un peu compliqué comme dessin, mais Ça nous change des tableaux de bord produits par la concurrence. De plus, on sent un réel souci de fonctionnalité à l'intérieur de cette auto. Grâce au plancher bas, l'accès à bord est des plus aisés : il est possible de poser un pied par terre tout en demeurant assis sur son siège. Ensuite, les diverses commandes sont toutes très accessibles, à défaut d'être toutes « intuitives ». Tenez, par exemple, celle qui a pour fonction d'actionner les gicleurs de lave-glace. On la confond souvent avec celle qui permet d'arroser la lunette arrière. Par contre, les commandes des glaces et des rétroviseurs électriques sont regroupées sur la porte du conducteur, celles des réglages de ventilation sont implantées à mi-hauteur sur la console tapissée d'une bande de plastique imitant l'aluminium. Juste au-dessus on retrouve la radio capable d'avaler vos six disques compacts préférés alors qu'ici, à gauche, la commande d'ouverture à distance du coffre s'avère accessible puisqu'elle est située à côté du bloc d'instrumentation et non à vos pieds. Enfin, les rangements sont assez grands et en nombre suffisant, sauf aux places arrière qui, à défaut de bac dans les portières, se limitent à des vide-poches cousus à l'endos des dossiers avant. Quant à la position de conduite, elle s'avère excellente grâce au siège réglable en hauteur et à la colonne de direction ajustable à la fois en hauteur et en profondeur.

Tout aussi surprenant, la sensation d'espace procurée par le pavillon en arc de cercle, le pare-brise incliné et la planche de bord assez profonde. Ce n'est pas la place qui manque à bord de cette Focus qui s'avère l'une des plus habitables de sa catégorie. La largeur aux coudes, l'espace au-dessus de la tête et celui dévolu aux places arrière semblent vraiment très généreux. À noter que derrière, les passagers profitent d'un bon espace pour étendre leurs jambes et caser leurs pieds sous les baquets avant.

Le coffre, très facile d'accès avec son seuil de chargement bas, offre un volume correct, mais sans plus. Heureusement, côté fonctionnalité, les dossiers de la banquette se rabattent pour accroître l'espace utilitaire.

Rigoureuse, mais?

Sur la route, la Focus marque encore des points. Rassurante et efficace en virage, cette Ford se révèle en outre d'une direction précise et incisive ainsi qu'agile. Facile et légère à conduire, elle ne manque décidément pas de talents. De plus, elle est l'une des seules automobiles de ce segment (la Mazda3 en sera vraisemblablement équipée) à offrir un dispositif de stabilité électronique du nom de Advance Trac qui prévient, à l'aide de capteurs, la perte de maîtrise. Une « aide à la conduite » précieuse certes, mais que Ford facture au prix fort : 1775 $. Personnellement, je doute que plusieurs consommateurs fouillent dans leurs économies pour s'offrir les services de cet « ange gardien ».

Contrôle de stabilité ou pas, d'un point de vue dynamique, cette Focus se hisse au niveau des meilleures, ajoutant même un plaisir de conduire dont certaines de ses concurrentes ne bénéficient pas. Cela dit, la tenue de route pourrait assurément être meilleure n'eût été de la trop grande souplesse de sa suspension. Remarquez, il y a du bon, les amortisseurs absorbent avec sérénité (pour une petite voiture) les défauts de la route.

"US only"

Avant de soulever le capot, sachez que le quatre cylindres de 2,3 litres annoncé ne sera offert que dans les Focus vendues en territoire américain. Au Canada, la compacte de Ford retient toujours les services de l'un des deux quatre cylindres de 2 litres. Lequel choisir ? Celui qui offre 130 chevaux (Zetec). Ce dernier permet de tirer meilleur profit des qualités dynamiques de cette Ford que l'autre (110 chevaux), monté dans les modèles plus économiques. Mais ce moteur déÇoit tout de même. Ses prestations ne sont guère éloquentes. À sa décharge, il est vrai que la transmission automatique qui l'accompagne (moyennant supplément) la pénalise tant au chapitre des accélérations que des reprises. Même son étagement est un brin trop long. Notre préférence va à la boîte manuelle.

Pour plus de frissons au volant, c'est du côté des versions SVT qu'il faut prendre rendez-vous. Puissantes (170 chevaux) et agiles, ces petites bombes ne craignent pas la comparaison avec les MINI Cooper S, Golf GTi, Honda SiR et autres bombinettes du même genre, comme en fait foi notre match comparatif réalisé l'année dernière.

Rafraîchissante par son style, accueillante par ses dimensions intérieures et amusante par son comportement routier, la Focus avait visiblement tous les appâts nécessaires pour changer notre perception des compactes américaines. Dommage que des campagnes de rappel aient miné sa réputation.

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