Chevrolet Corvette, 50 ans et toutes ses dents

Tel que publié dans le Guide de l'auto 2004

Pour les « nez retroussés », la Corvette sera une éternelle caricature de la voiture sport. Mais que lui reproche-t-on, au juste ? D'être ce qu'elle est ? C'est-à-dire plus abordable, plus fiable, mieux finie et moins coûteuse à l'entretien que ses rivales italiennes, anglaises ou allemandes ? Un conseil à ses détracteurs : épiez-la moins et regardez-la mieux ; dépensez moins et investissez mieux. Cette Corvette de cinquième génération commence à montrer de signes de vieillissement, mais elle demeure néanmoins une véritable sportive, du calibre des meilleures réalisations, et ce, pour la moitié du prix ou presque?

Les festivités entourant le cinquantième anniversaire de la Vette viennent à peine de se terminer que Chevrolet remet cela et propose de célébrer les succès remportés par son cheval d'orgueil sur les circuits du monde. Chaque modèle aura droit à une version commémorative qui se reconnaîtra à sa livrée Bleu Le Mans et à ses ? nombreux ? décalques et broderies. La recette habituelle quoi ! Même la Z06 a droit à ce traitement esthétique. Cependant, elle sera la seule à s'offrir, en prime, un capot en fibre de carbone pour coiffer sa mécanique qui demeure spécifique.

Racée, pure, aérodynamique, la Corvette C5 est, malgré les années qui passent, demeurée très rigide, fonctionnelle et étonnamment spacieuse pour la catégorie. À ce chapitre, précisons que les imaginations fertiles n'auront pas l'impression de se glisser à l'intérieur d'un cercueil en prenant position à bord de la Corvette. Bien entendu, on ne monte pas à bord d'une Corvette. On y descend. Les sièges joliment sculptés vous maintiennent confortablement en place. Le tableau de bord aligne une instrumentation complète, visuellement intéressante et facile à consulter, de même que des commandes disposées en toute logique. La qualité de la finition et de l'assemblage font oublier que Chevrolet assemble également des Cavalier.

La Corvette a de la « pédale », mais du coffre aussi, à la condition de pouvoir surmonter son seuil passablement élevé et, surtout, de soulever son hayon difficile à agripper. Qu'à cela ne tienne, la Corvette vous invite tout de même à voyager avec plus qu'un bikini et une brosse à dents. D'autres défauts ? Si, à commencer par le toit amovible du coupé, dont les tubulures longitudinales ne sont pas rembourrées, ce qui rend sa manipulation difficile sous un soleil de plomb, et l'absence d'une commande électrique dans le cabriolet.

Bouclez votre ceinture

Malgré la voix caverneuse que font entendre les échappements, cette Corvette C5 est de loin la plus civilisée, la plus agréable et la plus facile à conduire (une autre critique à ajouter au répertoire de ses détracteurs ?) jamais produite (ndlr : vrai que la Corvette est plus âgée que l'auteur de ces lignes). Solidement ancrée au sol (l'antipatinage lui évite de cirer sur place), la Corvette procure un sentiment ? bien réel ? de sécurité et de stabilité. Le contrôle de stabilité électronique permet une plus grande sécurité d'utilisation sur chaussée détrempée et corrige efficacement les excès d'optimisme de celui ou celle qui se trouve au volant. Pour épater les copains et vous rassurer sur vos notions de braquage et de contre-braquage, cette béquille électronique peut être désactivée. Agréable à piloter, la Corvette l'est moins lorsqu'il s'agit de mettre les roues dans la cité. Son diamètre de braquage est digne d'un camion, les extrémités de la carrosserie se laissent difficilement deviner (pourquoi ne pas offrir des capteurs de stationnement ?) et le déflecteur avant encaisse toute une raclée dès qu'il rencontre la moindre ondulation du terrain.

Le moteur LS1 de 5,7 litres à culbuteurs, tout aluminium, est presque aussi performant qu'un V8 à arbre à cames en tête de conception récente. Il génère 350 chevaux et déploie sa puissance avec aisance tout en demeurant alerte à très faible régime et économique si vous retirez du lest à votre chaussure droite. On peut lui greffer une transmission manuelle à six rapports ou une automatique à quatre rapports. Pas assez ? Alors, que diriez-vous de la version Z06 qui, aidée de 404 valeureux chevaux, vous permet d'atteindre les 100 km/h en moins de 5 secondes et promet, si les forces de l'ordre vous l'autorisaient (quel fantasme !), d'atteindre 286 km/h de vitesse de pointe. Suffisant pour maintenir en permanence les poils de vos avant-bras au garde- à-vous.

Pas pour tous les jours

Aussi spectaculaire soit-elle, la Z06 demeure une compagne qu'on ne désire pas côtoyer tous les jours. Ses suspensions ont la flexibilité d'une plaque métallique et cherchent nullement à lisser les ? nombreuses ? imperfections rencontrées sur votre chemin. « Pourtant, les suspensions n'ont-elles pas été révisées ? » d'interroger les amateurs. Mais si, les soupapes des amortisseurs ont été retouchées, mais non pas en fonction d'accroître le confort, mais bien l'adhérence. Alors, conservez les coordonnées de votre chiro, cela vous sera très utile.

Dans sa forme actuelle, la C5 en est à son dernier tour de piste. Sa remplaÇante, dont la commercialisation est prévue au courant de l'année prochaine, reposera sur la plate-forme (modifiée, évidemment) de la Cadillac XLR. La future C6 sera vraisemblablement plus puissante encore, mais surtout plus légère, plus rigide et plus équilibrée grâce à une répartition plus équitable entre les trains avant et arrière. Ça promet !

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