Volvo S40/V40, on efface et on recommence ?

Tel que publié dans le Guide de l'auto 2003

C'est drôle comment certains produits piquent la curiosité des consommateurs et font parler les gens avant qu'ils ne soient lancés sur le marché mais sombrent dans l'oubli quelques mois après leur dévoilement. C'est le cas typique de la tant attendue et si décevante « petite » Volvo.

Pourtant, l'allure Volvo était bien là, notamment pour l'agréable petite familiale V40. Et l'habitacle, à première vue du moins, offrait les attraits traditionnels de la marque suédoise. Mais depuis leur lancement chez nous en 2001, les deux s?urs scandinaves à la sauce japonaise (plate-forme d'origine Mitsubishi) construites aux Pays-Bas font du surplace.

Dépassées

Les raisons, il y en a plusieurs, notamment l'âge du modèle, son attrait général et le prix. CommenÇons par l'âge, en rappelant que les Volvo de la série 40 datent de 1996, année de leur lancement en Europe. Elles arrivent donc chez nous avec cinq ans de retard, ce qui signifie que le modèle 2003 est inchangé depuis sept ans. Sur la planète Automobile, sept ans, c'est une éternité, et sans être désuètes, les petites Volvo sont nettement dépassées.

Deuxième péché capital : les petites Volvo ne font pas tourner les têtes, la berline encore bien moins que la familiale. N'était-ce la calandre spécifique Volvo, ces deux voitures pourraient tout aussi bien s'appeler autrement, tant le dessin est générique. À l'intérieur, les choses s'arrangent un peu, et on reconnaît le style propre à la maison suédoise.

Troisième péché : le prix. Illustrons avec un seul exemple : à un prix comparable, la berline Nissan Altima SE en offre nettement plus (look, habitabilité, performances, etc.).

Pour essayer d'arranger les choses en attendant la refonte du modèle, Volvo s'efforce d'enjoliver ses modèles 2003 en offrant 10 chevaux de plus et un peu plus de couple, un groupe Sport à roues en alliage de 16 pouces chaussées de pneus P215/50R16, un tableau de bord révisé et une nouvelle chaîne audio à lecteurs CD et cassette. Mais toujours pas de boîte de vitesses manuelle. Autrement dit, aucun changement de fond qui pourrait modifier le comportement et, surtout, l'habitabilité de ces voitures.

Car s'il y a un défaut dans le cas des Volvo de la série 40, c'est bien le manque d'espace, notamment à l'arrière. C'est d'ailleurs ce même défaut qui a tué la Ford Contour en Amérique du Nord, et Volvo (qui appartient à Ford) aurait dû se douter que cette formule à arrière exigu ne colle pas chez nous. Le coupable : l'empattement court des Volvo (256 cm contre 270 pour une Passat) qui pénalise l'espace disponible aux places arrière.

Sécurité et économie, puis rien?

Mais trêve de reproches. A-t-elle des qualités, cette voiture ? En fouillant un peu, on constate que la sécurité passive est digne d'intérêt. Avec ses sièges avant à appuie-tête actifs qui protègent la nuque lors d'une collision arrière (coup du lapin), ses coussins de sécurité avant et latéraux et ses rideaux de sécurité pour protéger la tête, la Volvo demeure un exemple à suivre. Par contre, en matière de sécurité active, seuls les freins ABS sont livrables de série, l'antidérapage étant proposé en option.

Côté mécanique, les petites Volvo sont animées par un 4 cylindres turbo de 1,9 litre à distribution variable. La légère augmentation de puissance pour 2003 permettra d'améliorer les chronos qui se situent dans la bonne moyenne, mais en reprises, le retard du turbo (turbolag) finit par agacer.

En matière de consommation, les Volvo réussissent à crever le seuil des 10 litres aux 100 km, ce qui les place avantageusement par rapport à leurs rivales plus gourmandes. Notons d'ailleurs avec satisfaction que le poids des S40 et V40 ne dépasse pas 1 300 kg, tandis qu'une VW Passat dépasse allègrement les 1 600 kg, ce qui explique en partie la consommation raisonnable des Volvo. Malgré l'empattement assez court, les Volvo présentent un confort convenable. Sur routes très dégradées, la familiale V40 cogne plus dur, mais le châssis absorbe bien les ondulations, malgré une légère sensation de flottement. Sur route sinueuse, la Volvo exhibe le comportement typique d'une traction : roulis et sous-virage. Heureusement que la direction précise permet de corriger la trajectoire et que les freins puissants vous permettent de ralentir avant d'amorcer le virage. Malgré leur puissance, les freins ne parviennent cependant pas à éliminer les déhanchements de la caisse lors d'un freinage en catastrophe, mouvements sans doute amplifiés ? une fois de plus ? par l'empattement court.

À bord, l'atmosphère Volvo prédomine, notamment à l'avant. Instruments clairs et fonctionnels, sièges confortables mais non réglables en hauteur (sauf en option), volant ajustable, rétroviseurs chauffants. Par contre, la qualité des matériaux n'équivaut pas à ce qui se fait dans le reste de la gamme et la visibilité est partiellement obstruée par les appuie-tête arrière. Toujours à l'arrière, outre le manque d'espace, les portes aux dimensions réduites ne facilitent pas l'accès. Encore l'empattement?

Mais rassurez-vous, le coffre, lui, est fort convenable dans la berline dont les dossiers arrière se rabattent pour dégager plus d'espace. Même chose dans la familiale dont la contenance du coffre passe de 751 à 1 421 litres avec sièges abaissés. Dommage que le seuil du coffre de la berline soit si haut.

Constat donc plutôt négatif qui nous amène à formuler la demande suivante : « Messieurs les designers de Volvo et Mesdames aussi, pourriez-vous tout effacer et recommencer à zéro pour les futures S40 et V40 ? Si, si, vous êtes capables ! Pensez à la belle S60, à votre populaire V70 XC et à la très récente XC90. Laissez faire les vieilleries de chez Mitsubishi et offrez-vous une plate-forme moderne. Certes, Papa Ford est serré par les temps qui courent, mais il a quand même les reins assez solides pour vous permettre de nous concocter une formule gagnante. Vous verrez, Ça vous fera du bien. Et à nous aussi, car nous aurons moins de reproches à vous faire. »

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