Toyota Corolla, rayée de la liste des somnifères

Tel que publié dans le Guide de l'auto 2003

J'ai longtemps cherché pour trouver un titre à cet essai mais, pour une fois, ce n'était pas par manque d'inspiration. C'est même tout le contraire tellement il y a de choses à dire à propos de la nouvelle Corolla 2003. Quelle métamorphose ! Après avoir fait une concurrence quasi déloyale aux meilleurs somnifères sur le marché, cette petite Toyota est finalement devenue une voiture que l'on peut acheter pour autre chose que sa remarquable fiabilité. Jouant sur tous les plans, elle se déguise tantôt en une mini Lexus, tantôt en une berline sport, du moins dans la version S mise à l'essai. En somme, la Corolla n'est plus ce qu'elle était et l'on a intérêt à mettre ses préjugés au vestiaire avant de la conduire.

Avant que vous pensiez que je délire, laissez-moi vous raconter une petite anecdote qui met drôlement en relief la nouvelle personnalité de cette Corolla revue et corrigée. Précisons d'abord que mon essai s'est déroulé en Floride dans la région de Palm Beach. Alors que je séjournais chez des amis habitant une de ces riches communautés résidentielles dont l'accès est protégé par des agents de sécurité, mon humble petite Corolla a volé la vedette à toutes les voitures de haut standing qui pullulent dans ce coin de pays. Parmi les dizaines d'Aston Martin, de Porsche, de Jaguar, de Ferrari, de BMW ou de Mercedes qui meublent le paysage automobile, c'est la Corolla S qui faisait l'envie des gardiens de la paix à chacun de mes passages à la guérite de surveillance. Côté look, il ne fait donc aucun doute que les stylistes de chez Toyota ont eu la main heureuse en dessinant le modèle de 9e génération de la voiture la plus vendue de tous les temps. En ajoutant de précieux centimètres à l'empattement (+ 13,5) et à la longueur (+ 11), ils ont pu aménager des places arrière que le propriétaire d'une Mercedes-Benz C320 a avalées de travers tellement il les a trouvées plus spacieuses que celles de sa propre voiture.

Mais une jolie frimousse et une bonne habitabilité ne sont pas les seules qualités que l'on recherche dans une voiture. Qu'en est-il alors du reste ?

Un équipement décent

Précisons d'abord que la gamme Corolla se décline cette année en trois versions : CE, LE et S (Sport). Même la plus dépouillée (CE) propose en équipement de série une banquette arrière à dossier rabattable et une radio AM-FM avec lecteur CD. Vous aurez aussi droit à un volant inclinable tandis que la version LE s'enrichit pour sa part d'un climatiseur, de roues en alliage, d'un régulateur de vitesse, de freins ABS avec des disques à l'arrière et de quelques autres petites gâteries.

Sous le capot, toutes les versions sont sur un pied d'égalité avec le moteur 4 cylindres de 1,8 litre et 130 chevaux jumelé à une transmission automatique à 4 rapports ou à une boîte manuelle à 5 vitesses comme sur le modèle essayé.

Avec ses longues jupes et son aileron arrière, la Corolla S fait nécessairement des promesses qu'elle ne peut pas tenir. Son allure sport devient de la frime quand on constate que le chrono met entre 9 et 10 secondes pour marquer le 0-100 km/h. La puissance est néanmoins satisfaisante et le couple adéquat pour assurer des reprises qui ne vous mettront pas dans l'embarras. Il convient simplement de se rappeler que, malgré sa panoplie sport, cette Corolla n'a pas l'étoffe pour narguer une Civic SiR ou une Golf GTI. La boîte manuelle se manie sans difficulté et le seul inconvénient provient de l'embrayage que l'on doit obligatoirement enfoncer au maximum pour lancer le moteur, ce qui n'est pas toujours facile tellement la pression à exercer est énorme.

Les documents de presse de Toyota font état de l'utilisation de feutre et de mousse d'uréthane pour amortir les secousses et bien insonoriser la voiture. Cette précision paraît superflue, car il suffit de prendre le volant de cette Corolla pour se rendre compte que tout a été mis en ?uvre pour donner aux occupants une impression de douceur. La direction surtout est complètement détachée des biens de la terre (ou des maux, selon l'état de la route) et vous place dans un état d'isolement qui, encore là, ne concorde pas très bien avec l'image projetée.

C'est sans doute la qualité du châssis et l'efficacité de la suspension qui permettent à la Corolla de se départir de sa réputation de voiture soporifique. On peut désormais attaquer les virages avec un peu plus d'ardeur sans que les pneus poussent des cris de désespoir ou que la carrosserie prenne un roulis inquiétant. Remercions les barres stabilisatrices avant et arrière ainsi que les pneus P195/65R15 qui donnent un peu plus de mordant à la Corolla S sans pour autant saboter le confort. Le freinage, grâce à des disques ventilés à l'avant, est lui aussi parfaitement à la hauteur de la tâche. Ambiance de deuil

À l'intérieur, l'ambiance est un peu triste, pour ne pas dire endeuillée par l'omniprésence de plastique noir plutôt bon marché si j'en juge par le couvercle d'un des vide-poches de la console centrale qui m'est restée dans les mains. Dans la version S, l'instrumentation sur fond blanc et un joli volant à trois branches (emprunté à la Celica) contribuent à égayer la présentation. On pourra aussi se réjouir de trouver pas moins de sept espaces de rangement aménagés ici et là et de constater que la visibilité est raisonnablement bonne sous tous les angles. Les sièges méritent aussi une bonne note pour leur confort et leur revêtement en tissu compense pour l'absence de support latéral.

Tout compte fait, mon essai de plus de 1 000 km m'a permis de découvrir une Corolla radicalement transformée qui est loin d'être déplaisante à conduire. Bien qu'elle ressemble à une Camry miniature, je n'hésiterais pas à la décrire comme une Lexus ES 300 en format de poche. Par son habitabilité, son confort, son insonorisation et un comportement routier somme toute très convenable, la Corolla est une voiture conÇue pour monsieur et madame tout-le-Monde. Ces derniers seront heureux de savoir qu'à partir de 2003, leur voiture ne risque plus de les endormir au volant.

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