Toyota Camry Solara, l'art de l'imitation

Tel que publié dans le Guide de l'auto 2003

Il paraît que l'imitation est le plus sincère des compliments? à condition, évidemment, que la chose imitée suscite l'envie. Les constructeurs japonais ont fait leurs premières armes en imitant les constructeurs européens et américains et en ajoutant un ingrédient essentiel : la fiabilité. Toyota, comme les autres compagnies nippones, maintient cette pratique pour mieux grignoter des parts de marché? une fois de plus aux dépens des constructeurs américains. C'est l'histoire du coupé Solara lancé en 1998 et suivi en 2000 du cabriolet, les deux versions ayant fait l'objet de retouches en 2002.

J'aurais dû m'en douter avant de monter à bord de mon coupé Solara SE : le gabarit, la ligne, le tableau de bord, la forme des sièges. Tous ces indices qui crient haut et fort : « Je suis née spécifiquement pour concurrencer les américaines. C'est d'ailleurs pourquoi vous ne me verrez pas ailleurs qu'en Amérique. Et je m'appelle Solara parce que je suis faite pour les contrées ensoleillées, là où les retraités aiment se promener sans être pressés. D'ailleurs, je suis livrable en cabriolet, pour vous faire profiter encore plus du soleil de la Floride ou de la Californie. Permettez-moi d'ajouter que je suis la candidate rêvée des compagnies de location et que je me substitue à merveille au cabriolet Chrysler Sebring? dont je copie sans vergogne la formule gagnante. Non, Ça ne me gêne absolument pas? après tout, les affaires sont les affaires ! »

Si la formule peut plaire chez nos voisins du Sud, elle semble être moins prisée chez nous où les deux versions de la Solara remportent un succès plutôt limité, et ce, malgré le succès soutenu de la berline Camry qui prête sa plate-forme et sa motorisation aux Solara. Pourquoi ce manque d'affection pour les Solara ? Voici ma réponse qui porte sur le coupé (le cabriolet ayant fait l'objet d'un essai dans Le Guide de l'auto de l'an dernier).

Une formule perdante

D'abord la formule : un coupé 2 portes de taille intermédiaire dans lequel l'accès aux places arrière est franchement désagréable à cause du manque de dégagement des portes et de l'enchevêtrement des ceintures avant qui bloquent le passage. Dans ce type de voiture, seules les ceintures fixées au dossier des sièges avant permettent de dégager l'accès aux places arrière. Et pour compliquer les choses, le dossier du siège avant ne reprend pas sa position initiale après que vous avez cédé le passage à l'infortuné passager arrière. En somme, cette 4 places (même si le catalogue dit 5) aux dimensions intermédiaires est une 2 + 2 n'offrant pas plus d'espace qu'une compacte.

Ensuite, les sensations de conduite. En un mot : aseptisées. Si le silence est de mise ? qualité appréciable surtout que notre SE est équipée d'un 4 cylindres ?, l'absence de sensations annule tout espoir d'agrément de conduite. La direction ne laisse pas sentir la route, la suspension est molle, l'équipement pneumatique est quelconque (roues de 15 pouces) et, pour comble de misère, les freins arrière sont à tambour (mais l'ABS est de série)? Résultat : la voiture se conduit mal sur une route sinueuse tant la précision de conduite est absente. Seul remède : modérer la cadence. Et sur l'autoroute ? La Solara se trouve plus dans son élément, notamment en ce qui concerne le silence de fonctionnement. Mais on a une surprise sur le plan de la tenue de cap. En effet, notre Solara SE louvoie sans cesse et semble étrangement sensible aux vents latéraux. Est-ce un défaut de parallélisme de notre voiture, une monte pneumatique vraiment inadaptée ou tout simplement une caractéristique de cette « américaine signée Toyota » ?

Un 4 cylindres surprenant

Et comme si Ça ne suffisait pas, la Solara propose un habitacle morose doté d'un tableau de bord tristement vieillot et de sièges avant au confort très moyen, le tout enrobé d'une visibilité réduite de 3/4 arrière. Seules lueurs d'espoir : la qualité de la finition, une spécialité Toyota, le silence de fonctionnement que nous avons cité ci-haut ainsi que la souplesse et le rendement du moteur qui font croire véritablement que nous avons affaire à un V6. Or, il s'agit d'un 4 cylindres de 2,4 litres développant 157 chevaux et ? chiffre important ? 161 lb-pi de couple à 4 000 tr/min. Outre sa belle insonorisation, ce moteur présente des reprises convenables (80 à 120 km/h en 7 secondes) et une souplesse remarquable, sans doute à cause de la présence de deux arbres d'équilibrage qui atténuent considérablement les vibrations inhérentes à tout moteur 4 cylindres, surtout quand on dépasse les 2 litres de cylindrée.

Autre moteur au catalogue, le V6 de 3 litres, le moteur à tout faire de Toyota qui équipe les coupés SE V6, SLE V6 et le cabriolet SLE V6 et développe 200 chevaux. Dans ces versions, la Solara reÇoit quatre freins à disque (enfin !), les coussins de sécurité latéraux et, dans les SLE, l'antipatinage (TRAC). Notons aussi la présence d'une boîte manuelle à 5 rapports dans le coupé SLE tandis que les trois autres versions reÇoivent la boîte automatique à 4 rapports.

Pour le reste, le coupé SE offre la climatisation, la chaîne AM/FM/cassette/CD, les glaces et le verrouillage électrique, mais il faut passer à la version SLE pour mériter l'antivol et la climatisation automatique. Comme il fallait s'y attendre, le coffre du cabriolet où loge la capote présente une contenance moindre que celle du coupé dont le volume tombe dans la bonne moyenne pour ce type de carrosserie. À noter les dossiers arrière rabattables qui permettent d'agrandir le coffre sur le coupé. Dommage que le seuil de chargement soit si élevé.

Avons-nous répondu à la question du début ? À vous d'en juger. Quant au cabriolet, peut-être que vous en louerez un lors de vos prochaines vacances, question de profiter du soleil en vous baladant nonchalamment sur les boulevards de la Floride.

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